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LES PALAIS

Les palais étaient construits suivant les mêmes principes que les maisons pompéiennes, mais ils occupaient une étendue infiniment plus considérable et comprenaient, ainsi que le dit Vitruve, un appartement spécial pour chaque saison et pour chacun des maîtres. Les chambres à coucher avaient une orientation différente enhiver, en été, au printemps et en automne. Chaque appartement était pourvu d'un escalier spécial et formait ainsi un îlot isolé dans le palais même. Certaines pièces, comme la Pinacothèque (galerie de tableaux), occupaient en hauteur la place de deux étages, afin que le jour ne vint que d'en haut. Les pilastres du premier étage correspondaient aux colonnes du rez-de-chaussée. Cette disposition et la disposition en îlots indiquée précédemment donnaient un aspect pittoresque à l'ensemble du bâtiment, mais empêchaient qu'un escalier unique desservît tous les étages, ainsi que cela a lieu dans nos hôtels modernes. Une fresque de Pompeï, (D'après une fresque de Pompeï

du Musée du Val

que nous reproduisons, représente un premier étage à colonnades donnant sur une cour intûrieure d'un palais.

Les murs des chambres, des salles et des portiques étaient couverts de peintures décoratives du style un peu baroque, mais si gracieux, auquel on a donné le nom de style pompéien. Vitruve, qui écrivait du temps d'Auguste, s'élève plaisamment, mais sans succès, contre cette manie de peindre des motifs d'architecture invraisemblables : « où des roseaux soutiennent des toits, où des chandeliers supportent des palais et de frêles tiges de fleurs des figures humaines ». Il estime que l'on ne doit reproduire que des choses réelles.

Presque tous les palais avaient un ou plusieurs étages au-dessus du rez-de-chaussée. Cornélius Nepos prétend que les femmes habitaient volontiers le premier étage, donnant sur la rue, ce qui leur permettait de recevoir qui elles voulaient. Il est fort possible que cet usage fût courant dans la capitale, où les appartements étaient plus vastes, les, rues plus larges et les habitudes mondaines plus libres que dans les villes de province, mais nous savons que dans la maison pompéienne les femmes étaient, au contraire, reléguées dans les pièces qui entouraient le péristyle, c'est-à-dire la cour du fond.

L'étage supérieur était surmonté soit d'une terrasse, soit d'un toit; lorsqu'il se terminait par une terrasse, on y établissait généralement un jardin avec des treilles formant bosquet, des pergulœ (colonnes avec plantes grimpantes et toits de verdure) et des jets d'eau. Les terrasses étaient parfois à une grande hauteur au-dessus

(Façade

soiBE, A Trêves imentale à étages)

des étages supérieurs étaient ornées de caisses Les palais des empereurs et des grands personnages se composaient, en outre, d'un certain nombre de salles d'audience, de tricliniums, de basiliques, de thermes, de casernes pour la garde, de substructions pour les esclaves, etc.. sans compter les grands vestibules ou cours. garnis de portiques qui devaient, au dire de Vitruve, précéder les palais. Il n'en existait pas dans la petite ville, somme toute assez modeste, de Pompeï, et cela se conçoit.

Lès cours d'honneur de nos grands hôtels du xvnf siècle remplissaient le même rôle que ces atriums.

Nous pouvons nous faire une idée assez exacte des façades des palais antiques en nous reportant aux décorations architecturales encore existantes des scènes théâtrales de l'époque. Nous savons, en effet, par Vitruve que ces décorations

du sol, car Martial parle d'un escalier de deux cents marches conduisant à un solarium, ce qui paraît excessif et doit correspondre à une tour.

La mode de ces jardins aériens est revenue de nos jours àParis. L'exemple le plus curieux nous est donné par le magnifique hôtel de Coislin, qui fait face au Ministère de la Marine, au coin de la rue Royale et de la place de la Concorde.

11 3' avait des fleurs aux fenêtres: Pline nous apprend que les fenêtres pleines de fleurs.

CoLvsËE (Type de façade à étages)

Façade des thermes de Dioclètien, iv« siècle (d'après Piranesi; (Type de façade à ci;i£îesj

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représentaient, en principe, des façades de pa-.

lais. La scène tragique comportait, comme fond, une façade de palais impérial avec des colonnes et des frontons élevés.

Le dccor de la scène comique, au contraire, représentait des façades de maisons particulières avec des balcons et des fenêtres « disposées à la manière des bâtiments ordinaires ». Nous donnons ici, choisi entre beaucoup d'autres du même genre, le fond scénique du théâtre d'Herculanum qui est resté dans son lit de lave ce qu'il était il y a deux mille ans. Une gravure de Piranesi, que nous reproduisons, nous fournit un excellent exemple de façade monumentale: c'est celle des thermes de Dioclétien, â Rome.

On le voit, les façades des palais de l'Empire ne différaient pas sensible-' ment de certaines façades de palais de la Renaissance italienne et française et même de notre Louvre (cour de l'Horloge). 11 est certain que les artistes des xv' et XVI' siècles ont eu sous

I 6 l'habitation byzantine

les 5'eux des ruines importantes qui leur ont servi de modèles et qui, depuis, ont disparu.

L'atavisme ou le climat en ont, dans une certaine mesure, conservé le t3'pe, de nos jours.

Nous donnons ici, comme exemple, la cour intérieure du palais Tursi, à Gênes, qui rappelle d'une façon frappante les cours intérieures des palais de l'ancienne Rome et spécialement de Pompeï. Les colonnades à plein cintre, qui régnaient déjà à la fin du m" siècle et à la fin du iv" siècle, ont remplacé ici les plates-bandes des premiers temps de l'Empire, mais le plan du palais, établi au xvi" siècle, est franchement inspiré par les réminiscences antiques, il comprend un vestibule à colonnes, un atrium ou péristyle, puis des jardins.

On remarquera que les chambres débouchent directement, ainsi qu'à Pompeï, sur les galeries ouvertes du rez-de-chaussée et du premier étage. Gênes, Milan, Venise, Bologne, Florence, Rome et Naples possèdent des quantités de palais du même genre. Tantôt les galeries sont ouvertes seulement au rez-de-chaussée, tantôt elles sont ouvertes au rez-de-chaussée et au premier étage.

Les ruines de trois palais impériaux subsistent encore, ce sont : a) le palais des Empereurs, au mont Palatin ; b) la villa d'Hadrien, dans la campagne romaine ; c) le palais de Dioclétien, à Spalato, en Dalmatie.

a) Palais des Empereurs au mont Palatin. — Les ruines du palais des Empereurs, au mont Palatin, et spécialement celles du palais d'Auguste, dont la distribution des salles de réception est encore parfaitement apparente (voir le plan), ont été mises à jour à la suite de fouilles e.xécutées sous le règne du pape Pie IX, aux frais de l'empereur Napoléon IIL Les travaux, interrompus depuis cette époque, seront repris par le gouvernement italien dès que les circonstances le permettront. Le plan est fort nettement dessiné sur le sol par les fondations et les parties restantes des murs et les piédestaux des colonnes, mais il est encore impossible de se rendre compte de ce qu'étaient les appartements particuliers des empereurs; les pièces d'apparat et de réception, telles que temple particulier, salle de justice, salle du trône, salle à manger, etc. . ., ont seules été dégagées jusqu'ici. Encore la destination de ces salles basilicales n'a-t-elle pas été fixée par les critiques modernes d'une façon définitive.

Nous pensons que vue du Forum et de la Voie sacrée, cette agglomération de palais devait présenter à peu près l'aspect de la grande villa de la page 14.

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b) Villa d'Hadrien. — Ces ruines, singulièrement incohérentes, occupent un immense espace au pied des hauteurs de Tivoh. C'était un immense parc entremêlé d'habitations diverses. Spartien, biographe

Jardin (d'après une fresque de Pompeï)

de l'empereur Hadrien (138 ans ap. Jésus-Christ), nous en a laissé une description très complète, mais que les archéologues romains ont bien de la peine à mettre d'accord avec les ruines existantes. Il y avait des hippodromes en gazon comme dans les jardins du xvf siècle, des théâtres,

JUSQUAU IV" SIÈCLE I9

des bibliothèques, des promenoirs, des bains, des casernes, des temples ; une réduction artificielle de la vallée de Tempe et une autre de la ville de Canope. « L'Empereur, dit Spartien, fit de sa villa, près de Tivoli, une merveille d'arcliitecture ; il donna aux différentes parties les noms des contrées et des lieux les plus célèbres, par exemple ceux de Lycée, d'Académie, de Prj-tanée, de Canope, de Tempe, et, pour qu'il n'y manquât rien, il imita même les enfers. »

Ces réductions de régions célèbres devaient être reprises au xix' siècle, mais à une échelle infiniment moindre et avec moins de goût encore, par nos

Jardin et jets d'eau (D'après une fresque de Pompeï)

bons bourgeois de la capitale. Il est certains jardins de villas moyenâgeuses de la ban lieue de Pans, ornés de boules de verre éclatantes et de statues de plâtre d'après l'antique, que je prends la liberté de recommander à l'archéologue de passage. L'idée mère date d'environ mille neuf cents ans : c'est du vieux neuf à la mesure de notre temps.

Les jardins d'Hadrien ont fait sensation â leur époque, lis n'étaient pas les seuls dans leur genre. Pline nous apprend que l'Italie était couverte de parcs d'agrément qui restreignaient d'autant les terrains réservés à la culture.

Dans Rome même, il n'y avait ni jardins ni parcs, sauf les platesbandes accompagnant les atriums et les péristyles, semblables à ce charmant petit jardin de la villa de Vettii, à Pompeï, que l'on a eu le bon esprit de conserver tel qu'il est apparu au moment des fouilles; sauf aussi les fameux jardins de Néron, qui firent scandale et disparurent immédiatement après la mort de cet empereur.

Hors de Rome, les jardins avaient plus d'ampleur et ressemblaient assez aux jardins italiens du xvi'= siècle qui existent encore en grand nombre à Rome et à Florence : Vatican, Quirinal, Pitti, etc. . . , et qui, visiblement, ont été inspirés par les jardins antiques. lisse composaient de parterres de fleurs, comme nos jardins à la française, dans la partie avoisinant immédiatement l'habitation, puis d'allées sablées ou de charmilles avec des ifs taillés. Mais le genre dit jardin anglais n'existait pas. Tout était régulier et tiré au cordeau : « Est-il rien de plus beau, dit Quintilien, qu'un quinconce disposé de telle manière que, de quelque côté que l'on regarde, on n'aperçoive que des allées droites? » Il y avait des statues, des jets d'eau, des salons de verdure avec tables de marbre, des voûtes de verdure formées à l'aide de vignes et de plantes Fontaine grimpantes moutaut le long des arbres, des arbustes taillés en bas-relief forme d'animaux par les Topiarii, des gazons découpés reprédu Musée du sentant le nom du maître, des pelouses enfermées dans

Vatican) , . . ,

d'énormes haies de buis plus hautes qu'un homme, épaisses comme des murailles et formant des triangles géométriques dont toutes les pointes aboutissaient à un centre. Il y avait, d'après Vitruve, des orgues d'eau, des grottes, des coquillages, des portiques, etc.. Pline nous parle de plantes rares, cultivées dans des caisses à roulettes que l'on rentrait en hiver dans des serres couvertes soit de vitrages, soit de pierres spéculaires.

c) Palais de DioclétieHj à Spalalo. — Ce palais, dont nous donnons dix plans ou coupes empruntés au bel ouvrage d'Adam (Londres, 1763) et huit vues photographiques, a été construit par Dioctétien à Spalato, sa patrie, en 305, au moment de quitter le pouvoir. Ce palais ou château, d'intérêt immense pour l'Archéologie, est le monument le plus complet, encore existant, de la décadence romaine et du style nouveau qui, modifié petit à petit par les architectes chrétiens, devint plus tard le style dit byzantin. C'est là que pour la pre-

{D'après une fresque de Pompeï)

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D'après Adam, 1763

PALAIS DE DIOCLÉTIEN, A SPALATO

IV'' SIÈCLE

jusqu'au IV' SIÈCLE 21

mière fois on vit en Occident l'emploi systématique de l'arcade sur colonne, sans l'intermédiaire d'une imposte ; ce procédé architectonique, d'un usage courant en Syrie, antérieurement à cette époque, fut appliqué à Spalato

Collection des Hautes Études

DioCLÉTiEN, A Spalato

Mission Gabriel Mii

par des architectes asiatiques et des tâcherons grecs, ainsi que semblent l'indiquer les marques relevées sur les pierres des édifices. Des travaux récents, entrepris par le gouvernement autrichien, ont, en outre, mis en évidence ce fait curieux que les voûtes des coupoles étaient revêtues intérieurement de ces mosaïques de verre qui formèrent plus tard l'une des caractéristiques de la décoration intérieure des monuments byzantins.

La palais de Spalato couvrait une superficie de 30,000 mètres carrés et était entouré d'un mur d'enceinte rectangulaire de 215 mètres sur 180 mètres, crénelé et flanqué de tours aux angles et aux portes. Les deux portes des deux grands côtés étaient reliées par une route, ainsi que cela se pratiquait dans tous les camps romains et dans le camp des prétoriens à Rome. De la porte située dans le troisième petit côté (côté nord) partait une route qui coupait la première au milieu pour se continuer jusqu'à la façade opposée du palais. Elle passait entre deux temples et se terminait par un corps de bâtiment qui peut être considéré comme le vestibule de l'habitation impériale proprement dite. Celle-ci semble avoir occupé tout le côté qui regarde la mer; aussi voit-on dans le plan, au lieu d'un simple mur. une galerie à arcades où débouchaient les différents appartements du prince et d'où l'on jouissait d'une vue splendide sur tout le golfe. Cette galerie de 180 mètres de long était surmontée d'une frise dorique soutenue par cinquante colonnes. Il n'existait sur cette face, en guise d'entrée, qu'une étroite poterne dérobée, donnant accès dans un couloir souterrain débouchant à l'intérieur du palais.

Si nous jetons un coup d'œil sur les autres parties de cette superbe construction, nous vo3-ons que les deux voies ci-dessus mentionnées partageaient l'emplacement non occupé par l'habitation en quatre quartiers. Les deux quartiers du nord étaient réservés aux prétoriens et à la suite de l'empereur. Ils furent transformés, au v' siècle, en ateliers de confection des draps nécessaires pour l'habillement de l'armée.

On distingue, sur la coupe d'Adam faite au xviii° siècle, un bâtiment encore existant à l'époque, ayant cinq ouvertures au rez-de-chaussée et cinq fenêtres au premier étage. Ce bâtiment a tout l'aspect d'une caserne.

Au milieu de chacun des deux quartiers du sud se trouvait un temple. L'un (quartier sud-ouest), de forme rectangulaire, était probablement dédié à Jupiter et servait de chapelle au palais. L'autre, aujourd'hui consacré au culte catholique, est octogonal à l'intérieur et rond à l'extérieur. Il est encore en fort bon état et a servi de mausolée à l'empereur.

Ce temple était précédé par une place ornée de portiques dont nous donnons une vue perspective d'après Adam et deux photographies. C'est la grande place actuelle de Spalato. Malheureusement, des constructions modernes ont envahi les colonnades et défiguré l'ensemble. Les dessins d'Adam en donnent une bonne représentation de beaucoup préférable aux photographies.

Un clocher roman, ajouté plusieurs siècles après, vient encore modifier l'aspect du monument primitif.

PALAIS DE DIOCLÉTIEN, A SPALATO

INTÊUIEUR DU DÔME, iV SIÈCLE

Etat actuel

PALAIS DE DIOCLÉTIEN, A SPALATO

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