CONCLUSIONS DE CES ENQUÊTES
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Il est facile de constater, comme nous le faisions remarquer déjà plus haut, que le principal défaut du logement ouvrier, c’est le surpeuplement. Nous y voyons par exemple deux pièces abritant neuf personnes et, par ailleurs, une seule chambre logeant six habitants. II s’ensuit que le cube d’air devient infime par habitant et surtout inférieur au taux minimum exigé par le règlement municipal. Dans l’enquête XVII, ce cube individuel tombe à # mc. Presque partout aussi les escaliers sont obscurs, incommodes ou mal aérés, les W.-C. sont insuffisants en nombre et parfois mal entretenus ; le chauffage laisse à désirer, laération est défectueuse à cause du
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nombre de fenêtres insuffisant. L'eau de Moselle est généralement la seule employée pour tous les usages. L’évacuation des eaux ménagères laisse quelquefois à désirer. Les réparations effectuées par le propriétaire au moment de l’entrée en jouissance du locataire sont souvent nulles.
Il]. -- Conséquences de cet état défectueux.
Au premier rang de ces conséquences, apparaît celle qui doit nous préoccuper particulièrement, nous, médecins, c’est la propagation des maladies contagieuses, l’éclosion de certaines d’entre elles, favorisées par le logement insalubre et surtout celui des grandes agglomérations urbaines. Et parmi ces affections, il en est une qui frappe fatalement et décime journellement la famille ouvrière, c’est la tuberculose. Nancy occupe en France le quatrième rang, avec une mortalité de 3.81 pour 1.000. Dans les Congrès internationaux, cette question a toujours été à l’ordre du jour, car dans le problème de la lutte préventive et curative contre la bacillose, trois points sont définitivement acquis :
1° Le logement insalubre ou surpeuplé est un des facteurs les plus actifs de l’évolution tuberculeuse ; c’est un pourvoyeur de la tuberculose au même titre que le débit d’alcool.
2° L'amélioration des mauvais logements est un moyen efficace de cure de la tuberculose.
3° L’amélioration des habitations populaires est regardée comme le procédé idéal de défense contre la propagation du bacille de Koch.
L’action de l'habitation sur l'ériologie et la propagation de la tuberculose s'exerce de deux manières :
1° Directement, par absence de lumière, en permettant la conservation presque indéfinie du bacille dans les logements infectés par le séjour d’un tuberculeux.
2° Indirectement, par toutes dispositions défectueuses qui anémient l'organisme humain et le mettent dans un état de moindre résistance et tout particulièrement grâce à la mauvaise installation des appareils de chauffage.
Les travaux de Koch, Grancher, Brouardel, ont démontré en effet que le bacille de Koch est détruit par une exposition à la lumière solaire et qu’au contraire dans l'obscurité il conserve indéfiniment sa virulence. Voilà pourquoi M. A. Rey, au Congrès international de la tuberculose en 1905, insiste avec raison sur l’importance de la distribution de la lumière dans nos habitations urbaines, dans nos rues, dans nos cours, dans nos chambres habitées. Ce que noïs voyons dans les villes, nous le constatons également dans les campagnes. Les départements bretons sont décimés par la tuberculose ; mais, quoi d’étonnant si nous songeons que cette population persiste à coucher dans des lits enfouis dans des sortes de niches, d’armoires hermétiquement closes, d’où le bacille de Koch, une fois dans la place, refuse obstinément de disparaître.
L’intoxication oxy-carbonée, empoisonnement incons-
cient dû à l'établissement défectueux des appareils de
chauffe, crée une anémie prédisposante, à souhait, à l'infection tuberculeuse.
Il n’est pas jusqu’au lavage du linge dans l’habitation ouvrière qui n'intervienne aussi comme un facteur de tuberculose, en maintenant dans les logements une humidité dangereuse. Tout le monde a vu « dans les maisons, tout ce linge pendu à travers les chambres au-dessus des lits, au-dessus des berceaux d’enfants (1) ». Nous verrons tout à l'heure que certaine société d'habitations a compris la nécessité d'établir, à côté des logements ouvriers, des buanderies bien éclairées et ventilées et des séchoirs à air libre.
Ajoutons à cela que le tuberculeux va, vient, vaque à ses occupations habituelles ; et pendant ce temps, dans toutes les parties de son logement, partout où il passe et séjourne, il tousse et crache, sème des bacilles par millions. Si nous consultons le tableau récapitulatif des causes de décès publié par l'Annuaire statistique et démographique de la ville de Nancy, nous constatons que le nombre des tuberculoses pulmonaires seules croît d'une façon à peu près progressive et que précisément les centres producteurs sont superposables aux quartiers insalubres énumérés plus haut (2).
Parmi les autres maladies contagieuses, susceptibles d’éclore ou de se propager au sein des logements insalu— bres, citons toutes les fièvres éruptives et surtout la scarlatine, la rougeole, la varicelle et parmi les maladies
(1) A. Rev. — Congres international de tuberculose, 1905. (2) Annuaire statistique et démographique’ (Nancy, 1910), Relevé topographique des décès dus à la tuberculose.
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infectieuses propres à l’homme, le rhumatisme articulaire aigu favorisé par l'humidité, la grippe, la fièvre typhoïde, les oreillons, la diphtérie.
Ajoutons deux mots qui justifieront la présence d’un point particulier du questionnaire lu plus haut, à savoir nos recherches concernant les animaux domestiques, hôtes habituels de nos appartements, et souvent des logements ouvriers. Le docteur Henri Letourneur écrit dans la Revue moderne de médecine et de chirurgie : « Tous les chiens, depuis le lévrier aux allures aristocratiques, jusqu’au « cabot » errant des rues, tous ces chats, depuis les angoras chéris des vieilles filles jusqu'aux chats de gouttière, et aussi les perroquets, les canaris et tous les oiseaux domestiques, sont les commensaux ordinaires de nos appartements ; ils vivent notre vie de tous les jours ; ils sont exposés à con(racter les maladies transmissibles à lPhomre et leur présence est un danger pour notre santé.» Danger d’autant plus grand chez l’ouvrier où la propreté ‘est souvent douteuse, du moins chez quelques uns, et dont les enfants jouent perpétuellement avec les chiens, les chats, se laissant lécher par eux, les laissant rouler partout et dormir dans les lits. Il y a lieu de signaler comme maladies transmissibles, les affections cutanées parasitaires, gale, favus, teigne tonsurante, l’échinoccocose, la diphtérie aviaire, la psittacose et aussi la tuberculose.
L'influence du logement sur le développement des enfants est indéniable: nous en donnerons pour preuve un rapport publié par le Bureau d'éducation d'Ecosse concernant l’état physique des enfants fréquentant les écoles publiques de Glascow pendant l’année scolaire 1905-06.
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L'enquête a porté sur 72.857 enfants.
Parmi ces enfants, 8 0/0 vivaient dans un logement d’une seule chambre ; 58 0/0 dans un logement de deux chambres ; 24 0/0 dans un logement de trois chambres ; 10 0/0 dans un logement de plus de trois chambres.
Ce rapport montre en outre que, pour des enfants du même âge, le poids et la hauteur de chacun s’élèvent en même temps que le nombre des pièces du logement.
A côté de ces conséquences physiques que nous venons d’énumérer, le logement insalubre comporte aussi de fâcheuses conséquences morales, frappant l'individu et la société tout entière. En premier lieu, c’est la promiscuité, l’impudique promiscuité, qui permet que le père révèle trop tôt et inconsciemment, à ses enfants, à ses filles, grâce au voisinage immédiat du lit conjugal, les secrets de la génération ; la promiscuité qui veut que les enfants, même d’un sexe différent, partagent la même couche. Il est facile de concevoir combien cet état de choses favorise la prostitution avec tout son cortège de misères etnous assistons alors à une véritable dislocation de la famille : le père qui s'éloigne de plus en plus du foyer familial, pour passer ses Journées et aussi quelquefois ses soirées aucabaret, la mère qui, lasse de travailler honnêtement, cherche souvent aussi dans Pivresse, une atténuation à sa misère ; les filles qui vont grossir les rangs des prostituées, les fils qui grandissent en suivant l'exemple de leurs parents, fervents habitués des bouges où fermente cette haine de la société ju conduit à l’anarchie et au crime !