‹ L'habitation ouvrière à NancyChapitre 40 sur 56 · IV. — Causes favorisantes · texte numérisé non relu

IV. — Causes favorisantes

« Toute spéculation sur la misère est condamnable et la location des logements insalubres doit être considérée par l'opinion et les pouvoirs publics comme un commerce illicite et attentatoire à la santé et à la moralité du peuple (1). »

Si, maintenant, nous cherchons quelles sont les causes de cet état désastreux du logement ouvrier à Nancy, nous voyons qu’elles se répartissent en deux groupes principaux : nous avons des causes généralcs et des causes locales.

Parmi les premières les unes sont imputables au propriétaire, les autres au locataire lui-même. La négli- .gence de celui-ci dépasse même, quelquefois, l’insouciance de celui-là et son manque d’humanité. À Nancy, comme ailleurs, personne ne tient à loger des familles nombreuses par crainte du bruit et des dégradations ; on n’admet qu’un certain nombre d’enfants, et encore d’un âge déterminé ; et on a vu, ces années dernières, le douloureux exemple de pauvres gens, chassés d’un logement qu’ils habitaient mais payaient, hélas, irrégulièrement, errer lamentablement le long des rues, acceptés nulle part,

(4) Remy CoLLiN.— Pièces sans fenêtres. — Chronique sociale. — Décembre

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essayant d’attendrir les passants par leur misère. De plus le propriétaire, la plupart du temps, se refuse à effectuer la moindre réparation, la moindre remise à neuf d’un appartement qui vient d’être quitté par ses locataires. À Nancy, le bureau d'Hygiène a bien compris qu'il était urgent de s’occuper de cette question capitale et, par ses soins, les logements ayant abrité des tuberculeux sont nettoyés et désinfectés.

Il y a aussi, à Nancy, comme ailleurs, la fâcheuse tendance qu'ont les propriétaires à convertir leurs logements disponibles en garnis. C’est là la pire des calamités et qui dit garni dit insalubrité ; il est facile de le comprendre : les meubles, les tentures, les tapis, les objets de toilette même sont des réceptacles tout désignés pour les organismes pathogènes et spécialement pour Île bacille de Koch ; de plus leur désinfection est difficile et aucun nettoyage sérieux n’est fait au moment des changements fréquents de locataires.

Mais en face de ces grandes fautes commises, ne faut-il pas opposer immédiatement la néghigence du locataire.

Pourquoi refuse-t-on impitoyablement les familles nombreuses ? Pourquoi loue-t-on, comme à regret, un logement à un ménage d’ouvriers ? Mais bien parce que, dans la généralité des cas, les enfants, si redoutés du propriétaire, sont mal élevés, n’ont aucun respect da la pro— priété, se font un malin plaisir de commettre des dégâts dans l’appartement, dans les escaliers, dansles couloirs. Ajoutez à cela l'insécurité du paiement, qui n’est cependant pas chose négligeable, et les charges fiscales qui pèsent de plus en plus sur le propriétaire. M. le professeur

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agrégé Perrin (1), dans un remarquable article, fait justement ressortir « les conséquences fâcheuses pour celui qui ne possède rien, de l'impôt pesant lourdement sur celui qui possède queique chose ». Nous en détachons ces quelques lignes : «les propriétaires plus imposés’ feront moins construire d'immeubles nouveaux ou réparer d'anciens immeubles, d’où diminution de travail et de bien-être pour les ouvriers du bâtiment ; la conservation des vieilles maisons, moins hygiéniques certainement que les nouvelles constructions aura pour conséquence un retard dans les progrès de lassainissement des villes. Peu à peu les loyers augmenteront, même pour les tout petits logements, même pour les logements ouvriers, et les locataires seront souvent obligés de faire à leurs frais certaines réparations que les propriétaires refuseront d'effectuer après l’augmentation de leurs charges. Les familles nombreuses manqueront de place suffisante, à cause de la cherté des loyers. Les propriétaires, ayant vu diminuer leurs revenus, seront moins larges dans leurs souscriptions aux œuvres d’assistance et de philanthropie dont bénéficient les ouvriers. Bref l’impôt qui ne devrait atteindre que les propriétaires, atteindra aussi Jes locataires ; machine de guerre contre le capital, il frappera par ricochet le « prolétaire » qu’il était censé favoriser. »

D’autres impôts sont aussi contraires à l'hygiène, nous citerons seulement celui des portes et fenêtres qui prive d’airles appartements, et aussi les charges fiscales de la

(1) MAURICE PERRIN. — La répercussion des charges fiscales sur l’hygiène. — Presse médicale, 16-10-07.

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