‹ L'habitation ouvrière à NancyChapitre 7 sur 56 · I. — État actuel du logement ouvrier à Nancy · texte numérisé non relu

I. — État actuel du logement ouvrier à Nancy

L'enquête sur l'habitation ouvrière publiée en 1908 par le Ministère du travail (1) nousfait connaître l’état actuel du logement ouvrier à Nancy. Il résulte de cette enquête que dans notre ville il existe 900 logements d’une seule pièce habitée par 3 personnes et plus ; 5.928 logements de 2 pièces, habitées par 4 personnes et plus ; 2.283 logements de 3 pièces habitées par 6 personnes et plus. D’une façon manifeste, ces chiffres, tristementéloquents, affirment l'insuffisance numérique des logements par rapport au chiffre toujours croissant de la popuiation nancéienne.

(1) Recueil de documents sur la prévoyance sociale, réunis par le Ministère du Travail. Enquête sur l'habitation ouvrière. — Paris. Berger- Levrault, 1908, pp. 66-67.

tie

D’un autre côté, il est pénible de constater une tendance nouvelle des ouvriers à quitter la périphérie pour revenir dans certains quartiers empoisonnés de Nancy, à cause de Pélévation exagérée des loyers dans les maisons insalubres qu’ils occupaient.

Le vieux Nancy est malheureusement privilégié au point de vue des quartiers insalubres. Sous le règne de Charles IIT, le terrain sur lequel repose la ville a été morcelé en tranches minces et profondes pour servir de bases à des constructions étroites à longs corridors obscurs prenant Jour de temps en temps sur une cour de quelques! mètres carrés de surface où viennent s’ouvrir trois étages de fenêtres. Maints exemples en existent encore, rue des Quatre-Églises en particulier, où nous n’avons pas constaté moins de trois petites cours l’une à la suite de l’autre en profondeur. Ces cours forment avec les hautes murailles percées de fenêtres de la bâtisse, de véritables puits où la lumière a de la peine à descendre et où toutes les mauvaises odeurs semblent s’être données rendez-vous. L’une de ces maisons mesure 5"50 de largeur sur la rue et 23 mètres en profondeur.

Ce sont surtout les quartiers à cheval sur la 4e et la 5° section, de l’église Saint-Sébastien à la Prison, avec maximu d’insalubrité dans les rues de la Hache, Clodion et Notre-Dame ; puis la Ville-Vieille et les rues adjacentes (7e section) les rues Ste-Anne et des Fabriques (1e section) la rue Dauphine (3° section) presque toute la partie comprise entre le canal et la Meurthe avec d’un côté la Prairie de Tomblaine et de l’autre ce grand rectangle s'étendant entre les deux cours d’eau dela rue du Faubourg Saint- Georges au pont de Malzéville (1'° section). Mentionnons

encore une longue bande de maisons de la rue de Boudonville à la rue de la Colline et enfin un triangle de constructions ayant son sommet vers la porte de la Craffe et sa base allant de la rue Wayringe à l’octroi de la rue de Metz. Il faut cependant ajouter que ces derniers quartiers sont plus sains que les précédents : l’air y est plus pur et plus généreusement distribué qu’ailleurs. D'une façon générale, les maisons, quoique relativement peu élevées sont bâties dans des rues véritablement trop étroites et il suffit de passer une fois dans quelques-uns de ces quartiers pour en conserver un souvenir malodorant, ce qui tend à prouver que l’aération s’y fait d’une façon défectueuse. Mais ce qu’il faut surtout combattre, c’est le surpeuplement. Bertillon (1) appelle surpeuplé tout logement dans lequel le nombre des habitants dépasse du double le nombre des pièces. Nous allons pouvoir juger dans le chapitre qui va suivre de la fréquence de ce facteur d’insalubrité à Nancy. Ajoutons à cela les défauts d'aération et d'éclairage. (M. le professeur agrégé Collin dans son article intitulé : « Pièces sans fenêtres » a calculé que dans 50 villes de France, 7 0/0 des pièces composant les logements ouvriers n’ont pas de fenêtres et 7 0/0 également des travailleurs couchent dans ces pièces sans fenêtres) (2). Le cube d’air par habitant est inférieur aux taux exigé. N'oublions pas non plus les inconvénients provenant des modes de chauffage, des cours trop exiguës, d'escaliers obscurs, d’évacuation mauvaise des eaux et matières usées, toutes choses

(1) BERTILLON. — Les logements à Paris, R. H. 1899, (2) Prof. Remy-CozriN. ( Pièces sans fenêtres ». — Chronique Sociale. Déc. 1910.

visées cependant dans le règlement sanitaire de la ville de Nancy. La question si capitale de l’alimentation en eau potable et la suppression des bornes fontaines d’eau de Moselle occupent actuellement l'Administration municipale. Puisse-t-elle mettre rapidement ses projets à exécution et accroître le nombre insuffisant des 216 fontaines vertes à eau de source actuellement existantes.

Page 1