‹ L'habitation salubre et à bon marchéChapitre 1 sur 18 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Librairie Géoérdie de l'Architecture et des Arts décoratifs Charles SCHMID, Éditeur

Jt, RUE DES ÉCOLES, 51

LES PROBLÈMES SOCIAUX

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La question de Thabitation ouvrière est encore toute récente et n*a reçu jusqu'à présent que des solutions incomplètes ; et cependant, elle est destinée à jouer un rôle important dans l'évolution sociale, imprécise encore aujourd'hui, mais qui promet au travailleur une plus grande somme de bien-être.

Le courant qui pousse l'ouvrier vers la ville, qui groupe les usines dans la banlieue immédiate, est loin de diminuer ; et nous devons nous résigner à voir la population se condenser encore, s'étouffer en quelques points, tandis que le reste du territoire se dépeuple.

Les municipalités ont généralement compris les devoirs que leur impose cette immigration ; et, par des adductions d'eau potable, par des canalisations d'égoûts, par de larges percées amenant l'air et le soleil, par une organisation préventive contre les épidémies, elles ont rendu possibles ces agglomérations d'hommes sur un espace trop étroit sans que la santé générale ait à en souffrir.

Mais l'hygiène de Thabitation n'a pas suivi les progrés de l'hygiène urbaine ; l'élévation du prix des loyers a fait utiliser comme logements ouvriers, et sans que les pouvoirs publics aient pu intervenir, des locaux qui devraient être réservés à la pioche du démolisseur; ainsi le règlement sanitaire tout récent de la Ville de Paris prévoit et accepte pour l'habitation de jour et de nuit des pièces ne prenant jour ni air sur une rue ou sur une cour.

Dans de telles conditions, l'ouvrier n'a pas de chez lui ; il s'attarde de plus en plus au cabaret dont le luxe va sans cesse croissant. Mal nourri, miné par l'alcoolisme, ruiné par le cabaret, il ne tarde pas à contracter dans le taudis où il passe la nuit la tuberculose qui le guette et enlève chaque année loo.ooo Français à la Patrie.

L'idéal serait que chaque ménage ouvrier ait son habitation distincte entourée d'un petit jardin, et qu'il en devienne propriétaire au bout d'un certain nombre d'années de location. Mais cet idéal n'est pas possible aux abords de la grande ville où le prix du terrain est trop cher, et nous devons nous contenter de solutions médiocres, mais immédiatement réalisables.

Un certain nombre de philanthropes ont montré à grand renfort d'argent que Ton pourrait construire des habitations et des cités ouvrières hygiéniques et confortables ; mais pour que de telles pratiques se généralisent, il faut que ces constructions soient rémunératrices.

Le livre que M. Provensal présente au public nous montre qu'il peut «n être ainsi, et que, même sur des terrains d*un prix élevé qui sembleraient interdits à des constructions à bon marché, l'entreprise peut se suffire à elle-même à condition de ne point sacrifier le confort de l'habitation au luxe de la façade.

Mais le principal mérite de M. Provensal est d'avoir tiré le meilleur parti au point de vue de l'hygiène xle terrains défectueux. Il établit d'abord le droit que possède chaque logement à l'air et à la lumière. On doit donc abandonner notre antique conception de la maison en bordure de la rue, quelle que soit l'orientation de celle-ci, avec des courettes constituant de véritables puits, sans soleil ni ventilation. Il préconise une façade avec des cours en retrait, telle que chaque fenêtre utilise le plus possible des rayons solaires. Une telle disposition, offrant une surface plus grande à l'air extérieur, entraine pour les logements des variations de température considérables que l'auteur combat par un choix judicieux des matériaux, par la paroi creuse qu'il établit dans ses murs extérieurs, enfin par un système ingénieux de chauffage commun avec pression d'air chaud.

Mais que de détails doivent être étudiés pour donner aux ouvriers le maximum de confort et leur économiser un temps trop parcimonieusement distribué ; tels sont : la décoration et l'imperméabilisation des murs et planchers, les étuves pour maintenir chauds les aliments, l'aménagement d'un certain nombre de services communs : buanderies, salles de bains, crèches, etc.

Souhaitons que l'ouvrage de M. Provensal pousse les capitalistes à construire des maisons ouvrières hygiéniques et dignes d'un grand pays qui comprend que chacun a droit au bien-être et à la vie de famille.

Enfin, pour que l'œuvre donne son plein résultat, il faudrait inspirer à l'ouvrier le respect de son logement ; mais ici, ce n'est plus l'architecte, ce n'est plus l'hygiéniste qui peuvent intervenir ; c'est le rôle de l'instituteur, et surtout de l'institutrice, qui doivent enseigner à leurs élèves qu'un logement n'est sain que s'il est propre, et ne retiendra l'ouvrier que s'il est gai et bien entretenu.

D»" M. Hanriot, de r Académie de Médecine,

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