CHAPITRE I
Accroissement de la population dans les ^l'^nds centres Insalabrhé des maisons collectives
Parmi les problèmes nombreux qui sollicitent actuellement Tattention de l'architecte, il en est un particulièrement intéressant^ vers lequel doivent converger toutes ses activités.
Depuis un siècle, et après avoir fourni aux besoins de la classe bourgeoise les éléments de rénovation des nouvelles demeures collée^ tives, l'art architectural se transporte intégralement sur un terrain purement utilitaire afin de muer, en réalisations concrètes et adaptées^ les gestes ennoblisseurs des époques précédentes. \
Au surplus, de graves soucis nous obsèdent. Le peuple, cette foule hétéroclite des travailleurs, atteint dans ses moelles, décimé par le fléau terrible de la tuberculose, ravagé par l'alcoolisme, attend des architectes et des groupements capitalistes et communaux un effort décisif.
Faut-il, à ce sujet, énumérer les entreprises colossales faites à Tétranger et montrer en regard du chiffre modeste auquel atteint notre
apport national, les sommes fabuleuses dérivées à ces constructions "Utilitaires, dans les pays d'Euroj>e?
Oserons-nous opposer aux 150 millions de l'Angleterre, aux 57 millions de la Belgique (pays dix fois plus petit que la France), aux 310 millions de l'Allemagne, les 40 millions qui forment approximativement, en France, l'appoint centralisé des différents groupements dont la mission s'exerce à l'édification d'immeubles à bon marché?
C'est là, avouons-le, un effort bien modeste, comparé à celui des autres nations, surtout en un pays où la question sociale, cependant, semble absorber toutes les forces vives de l'Etat.
Il y a donc lieu d'apporter à la solution de ce problème toute notre activité du moment.
Mais, auparavant, il s'agit de poser scientifiquelnent le problème» si nous voulons, par des combinaisons neuves, accuser le parti-pris ■évident de progrès, auquel nous soumettrons, et d'une façon précise, nos conceptions particulières. •
C'est vers ce devenir meilleur que nous tendons de toutes nos forces, et après avoir tracé en un contour idéal les différentes utilités qui nous étreignent, il nous faudra adapter à l'ensemble chacun des besoins immédiats et circonscrire en des alvéoles agglutinées, la vie totale de la ruche.
C'est donc sous cet aspect que nous désirons entreprendre l'étude succincte qui va suivre, en tenant compte, bien entendu, des progrès accomplis par nos prédécesseurs et sans vouloir cependant dégager une vérité définitive, d'un ensemble de lois en perpétuelle évolution.
D'ailleurs, et à la suite d'un concours international retentissant où toutes les idées furent minutieusement examinées, les théories générales prirent-elles une forme plus synthétique. Ces idées, ces théories centralisées^ les besoins nouveaux nettement déterminés, en absolue conformité avec les données scientifiques actuellement connues, la Fondation Rothschild résolui-elle de les appliquer à toutes les constructions qu'elle entreprendrait. Ce sont ces idées générales que nous voulons soumettre ici en les appuyant d'exemples suggestifs et rigoureux.
Aux taudis infects et obscurs, où croupissent à l'heure actuelle tant de familles, pour la plupart déracinées . de milieux plus accueillants, nous opposerons des logis clairs, gais, sains, avec sur chacun d'eux de larges percées d'aération. Les fleurs, la verdure, les arbres répandus le long des squares laissés libres par les constructions, assureront des réserves d'oxygène, en même temps qu'ils dispenseront aux nombreux locataires l'aumône et l'illusion d'un peu de
cette bonne Nature, d'où le hasard, la force impérieuse, les besoins de toute sorte les ont chassés.
Partout Tair, la lumière, le soleil, circuleront à foison au travers de ces demeures simples et harmonieuses, apportant avec eux la bienfaisante action de leur pouvoir rénovateur, stimulant et fécondant les germes de Vie, détruisant les germes de mort, distribuant partout de la joie, accroissant les forces vitales perpétuellement en travail et transformant en beauté les géhennes douloureuses où s anémient et s'exaspèrent les travailleurs pauvres.
La population agricole qui, vers 1850, représente les trois quarts de la France, tombe à 20 millions en 1860. En 1881, elle n'est plus que de 18.249.000. Par contre, dans le même temps, la population commerciale augmente de près de trois millions, chiffre auquel il faut ajouter celui de 1.500.000 cultivateurs qui depuis 1881 désertent les centres ruraux.
C'est que le malheureux journalier, courbé trois heures durant sur son outil de travail, ne trouvant, comme rémunération, de son labeur écrasant, qu'im salaire des plus modestes, salaire réduit encore par le chômage forcé, est las de végéter sur une terre ingrate. Attiré par le luxe et les plaisirs des grandes villes, le travailleur des champs s'en lest allé vers les usines, vers les métiers où la paye fixe le libère de l'inquiétude du lendemain. Et alors commence cet exode terrible et lamentable pour ces pauvres déracinés, exode qui soutire annuellement aux campagnes une population de près de 40.000 habitants, soit une ville moyenne, comme Cherbourg, Poitiers, etc. «On pourrait se figurer, dit M. Cheysson, cet accroissement annuel, en supposant que tous les ans, une de ces villes se vide au profit de la capitale, devient déserte et lui envoie toute sa population, comme par un de ces exodes du passé où des peuplades •entières se déplaçaient en quête de contrées plus fertiles. » (i)
Si l'on consulte le dernier recensement centralisé par le D^ J. Bertillon, on voit l'attraction puissante que constituent les grands centres .de plus de 100.000 habitants et le mouvement marqué de décen- ;tralisation qui affecte si profondément la population rurale.
(i) Les Cités Jardins, par M. E. Cheysson, membre de l'Institut (Jouve, éditeur, a905).
En 1901 En 1906
Marseille compte