Ibid.y p. 193 et
% Discourt de la Méthode, 5« partie. y
Si L*HABITUDC ET L'INSTINCT
tique, rhypothèse cartésienne des animaux-machines est au contraire une opinion très sérieuse et très sincère, de la vérité de laquelle étaient profondément convaincus un grand nombre des esprits les plus éclairés du zvii^ siècle; mais elle a fait son temps et elle ne compte plus depuis bientôt deux siècles un seul partisan. Ce serait presque une raison déjà suffisante pour ne pas s'attarder à en examiner la valeur; mais il en est de meilleures et de plus décisives pour l'écarter promptement.
L'hypothèse de l'automatisme des bêtes est la conséquence, et la conséquence sans rigueur, des principes métaphysiques et de la physique mécanique de DeS'cartes. Si l'on voulait la réfuter méthodiquement, il faudrait tout d^abord remonter jusqu'à sa source et critiquer les principes d'où Descartes l'a fait sortir. Mais il est aisé de montrer que de ces principes mêmes elle ne dérive pas nécessairement. Descartes avance d'excellents arguments pour refuser aux animaux la raison et ruiner la thèse de Montaigne; mais il n*en donne aucun pour leur refuser toute intelligence, et surtout pour leur enlever rinstinct en le réduisant à un jeu de la machine corporelle.
C'est bien à titre de conséquence de. sa physique que Descartes propose l'automatisme dans le Discours de la Méthode, lorsqu'après avoir expliqué le mécanisme de la circulation du sang et le jeu des esprits animaux, il ajoute : « S'il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieure d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de môme nature que ces animaux. > Mais, de ce que la nature aurait pu faire de semblables machines mouvantes^ il ne s'en suit pas que les animaux que nous voyons sont en effet de tels automates.
Les bêtes ne parlent point : « Ceci, dit il, ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu'elles n'en ont point du tout; car on voit qu'il n'en faut que fort peu pour savoir parler. » De ce qu'un être vivant parle, soutient une conversation