THÉORIE DE DESCARTES
suivie, il est bien évident qu'il pense et n'est pas un pur automate : « On peut bien concevoir qu'une machine soit tellement faite qu'elle profère des paroles, et même qu'elle en profère quelques-unes à propos des actions corporelles qui causeront quelque changement en ses organes...., mais non pas qu'elle les arrange diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence, ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire. > Mais, de ce qu'un être ne parle pas, il n'est pas évident de même qu'il n'est qu'une machine ; l'animal peut n'avoir pas assez de raison pour parler sans être absolument dépourvu d'intelligence. Descartes réfute toujours très bien la thèse de Montaigne ; mais il ne démontre jamais la sienne; sa conclusion dépasse de beaucoup la portée des arguments qu'il invoque.
De même, la perfection de certains ouvrages des animaux, qu'il met en regard avec l'ineptie du reste de leurs actions, peut fort bien prouver que cette industrie si parfaite n'est pas une œuvre de la raison; mais elle ne suffit pas à démontrer qu'ils n'ont aucune intelligence, ni sur* tout aucun instinct.
Descartes reconnaît lui-même que l'automatisme n'est qu'une hypothèse,, qu'il ne l'a pas démontré et qu'il est absolument impossible de le démontrer : « Cependant, dh-il, quoique je regarde comme une chose démontrée qu'on ne saurait prouver qu'il y a des pensées dans les bêtes, je ne crois pas qu'on puisse démontrer que le contraire ne soit pas , parce que l'esprit humain ne peut pénétrer dans leur cœur pour savoir ce qui s'y passe t. >
1. lettre à Th. Morus, XXVI% éd. Garnier; tome Xy p. 305, éd. Cousin. — Le cardinal de Polignac, cartésien psssionné, ne s'exprime guère autrement, dans une lettre à Louis Racine, que celui-ci a insérée dans V Avertissement de ses Épitres sur Vâme des hétes : o II m'a paru qu'on ne pouvait pas démontrer qu'elles n'ont aucune pensée, parce qu'il ne serait pas impossible que Oieu les eût créées pensantes; mais seulement que leurs opérations peuvent se faire sans connaissance, et qu'il est même plus vraisemblable qu'elles n'en ont point. » Le cardinal de Polignac croyait amender ainsi l'opinion « des Cartésiens » ; on voit qu'il n'est que strictement d'accord avec le maître lui-même. (V. E.)
La £Qi la plus robuste, à TeioeUence des principe à» Descartes et à la vérité absolue du système des taujrbil*, Iqos ue suffit pas à expliquer comoieiLt d'aus&i bon» esprits que les DirtésieBS oot pu, cocircï toutes ies a|>pi|rleiicos» lie voir jréellemeiit dans les bêtes que dea madbLÛM» et se coaduiie envexs elles en conséquence de cette cenviction. En efiEet, à ces raisons trop peu persuasiv^es,, les Cartésiens en ajoutaient d'autres d'une nature toute dif* Hérente, dont le caractère est plus propie à frapper les espritSp <^n rattackant le problème à celui de notre propre immortalité. Si les bêtes pensent, disaieat-ils, elles ont ujie âme; si elles ont une âm^, elle est immatérielle; si elle est iai«matérielle, ou elle périt avec te corps, mais^ alors rame humaine elle-même pourrait bien aussi périt avec lui; ou elle lui suivit, m^s alors on ne comprend ni pourquoi) ni CK>aunent. Et quelques-uns aj outrent, ne pouvant expliquer la douleur que par les dogmes de la chute du prenàktr homme et de la rédemption : les bêt^ ont-elles donc mangé du foin défendu * î Atten dentelles un Messie?
Descartes lui-même n'a jamais proposé ces considératioQS morales ou théologiq ues sous kt forme d'un raiaonnement scientifique; par la place qu'il leur donne et la manière presque subi^ptice dont il les intdooduit toutà^Ui fin de la cinquième partie du, Discours de la Méthode, en. dehors de son argumentation régulière et par une sorte de retour sur les considérations précédentes, il est évident qu'il ne leur accordait pas une grande vertu démen»^ tratâve» Il se contente de remarquer que son hypothèse est plus favorable que toute autre à la croyance en la spiritualité et en rimmoTt^tité de notre âme : « Après l'erïeur de ceux qui nient Dieu,..., il n'y en a point qui éloigne plutôt les esprits faibles du droit chemin de la vertu, que d'imaginer que Tâme des bêtes soit de même nature que la nôtre, et que par conséq^uent nous n'avons rien à craindre ni à espérer en cette vie, non plus que le»
L Ce mot est attribué à MalebcaaGlie. — Voir,; pour plus de dé^atlsh sur ce sujet, Bouillier, Philosophie cartésitrmey chap..?». (V. E,)
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mendies et les fourmis; au lieu que, lorsqu'on sait coiobieii elles diffisreut, on comprend beaucoup mieux kslaisoBS qui prouTent que la nôtre est d'une nature entiè-* m&eni indépendante du corps, et par conséquent qu'elle s'eâ point sujette à mourir avec lui. »
Les considérations théologiques sont étrangères à la^ jÀilosopliie ; quant aux eoi^déraùons morales, elles doiiRent également être écartées, parce que, en général, il ne faut jamais juger de la Tenté d'une opinion par les con-^ séquences qui en peurent résulter; quelles que soient ces (KMnéqueiices, elles suivront le principe, s'il est vrai et si elies sont rigoureuses ; elles tombent dans le néant^ si le pnacipe est faux ou ne les emporte pas. Les coaséct^enoi^ ne prouvent contre les principes que si elles sont kl négation de faits acquis ou de vérités évidentes ou dé» montrées, de telle sorte que l'on paisse condamner sûre* ment les principes en faisant remonter jusqu'à sa sourœ Terreur flagrante des conséqtœnoes. C'est ce que font légitimement les géomètres, et c'est en cela que conffiste la démonstration par l'absurde. Mais il n'en est pas ainsi, dans le ct& présent. La destinée future de 1 âme humaine est un problème ; admettons que son immortalité soit plus qu'une espérance, qu'elle soit une c^titade; au moins la destinée des bêtes est-elle le plus obscur de tous les problèmes, et la connexion nécessaire que l'on prél^d voir entre les deux destinées n'e^ rien moins qu'évidente.
Donc, veut-on critiquer rigoureusement l'automatisme, il faut critiquer la doctrine métaphysique d'où il dérive &t dont il n'est même pas la conséquence nécessaire. Veut-on se contenter d'en estimer la valeur en le considérant à part et détaché de cette doctrine , c est asse& pour en faire justice, sinon des railleries faciles du P. Daniel ^ ou du P. Bougeant 2, au moins du bon sens de La Fontaine.
Elle est en effet si invraisemblable, cette hypothèse de