‹ L'habitude et l'instinct: études de psychologie comparéeChapitre 19 sur 51 · Mémoires de Tabbé Trublet sur Fonteselie · texte numérisé non relu

Mémoires de Tabbé Trublet sur Fonteselie

%, TraiU des antmaux, 1** partie, 1** chap.

a. IM., 2« chap.

i. Di cours sur la ntUure des animaux.

5. F\o\iTens,D9 Vinslinct et de V intelligence des animaux, 1845: p. 18 et 14. ■

méat deè bêles est le pàaisti et la doolesc, c'est le sentiiBenideriàoasixke ; qoe^si le plaisir et laéeoieursont ebes ThoinBie des êenêaiiom spiriiuêlles, il est ÎDeooiprékea^ «ible<iQ'elles soient chez les bêtes des ienikttions cmrpo^ Tellm. L'idée d'une sensation, eoarfxnelle implique conira- ^ctioB. Si les bêles sont des êtses {Ntrement matének, <edies ae peuvent sentb. « Il ne 8»ffît pas de prouver d'un cùté que les bêtes sont sensibles, et de supposer de Tautie ipie ce sont des êtMS pusement siaténels; il faut eipliqœr ces deta propositions Tune parrautfe...,et la cbose est impossible^ . » Lors donc que Buffon prétend expliquer par le seol jeu de la machise corporelle toutes les aciioDS des animaux, il ne fait pas auire chose que Descanes ; lorsqu'il semtïte se séparer de Descartes, en attribuant aux aniuiaux [e plaisir et la douleur, l'appétit et ]a répugnance, lesseatiments de la peur, de la colère, de i'amoiir, de la jalousie, de TambÊtion, elc.t il ne fait que prononcer des mots vides de sens et ajouter à la doctrine de Descartes une contradiction, paisqu'il n'y a pas de sentiment ni d*appétit possible dans une machine, dans un être tout matériel, mais seulemeut du mouvement.

tfft«ff>tT.t.Ar. : l'instikct expuqué par l'expâkebnge et l'habitude.

Montaigne et Descartes suppriment l'instinct en le -confondant l'nn avec la raison, Tautie avec les mouve* ments d*une machine. Leurs doctri«nes heurtent trop le bon sens, et la science le repousse. La théorie de Condillac se rapproche singulièrement de celle de Montaigne dont elle est comme un tempérament. Mais, pour mériter et soutenir un eicamen plus long et plus séorieux, elle ne résiste pas cependant à la critique et peut être mise aisément hors de cause.

r 1. Trmiêéémtmiwmmûf^ 1«* parti». S* «kap.

Suivant Condillac, Tinstînct serait le fruit de Texpélience individuelle et se confondrait avec l'habitude. Cotte nouvelle thèse a une grande apparence de vérité quand on se renferme exclusivement dans la considéra* tion des actions humaines. En effet presque toutes les actions de Thomme, quand elles ne sont pas déterminées par la volonté, dérivent de l'expérience et par conséquent de l'habitude. Il suffit de citer pour le moment, d'une manière générale, l'usage que l'homme fait de presque tous ses organes, de ceux qui ne participent pas directement à la vie de nutrition, pour se convaincre que c'est Texpérience et la volonté qui le dirigent* L'homme apprend à marcher; il apprend à diriger les mouvements de ses bras, de ses mains, de ses doigts, de sa tête, de son corps; il apprend, sinon à voir, du moins à regarder, à diriger ses yeux vers des points déterminés de l'espace ; il apprend à mesurer la grandeur et Téloi* gnement des objets, à juger de leurs formes et de leurs diverses qualités; il apprend à parler. Il ne sait presque rien qu*il ne l'apprenne, soit avec ses parents ou ses semblables pour maîtres, soit à l'école de la vie et de l'expérience personnelle, par imitation ou par raisonnement. On peut donc être tenté de conclure par analogie en voyant tant d'actions, qui passent généralement pour toutes naturelles, se résoudre en habitudes acquises par l'expérience individuelle, qu'il en est de même de toutes^ de celles-là même que nous croyons avoir toujours accomplies avec la même aisance et la même précision, parce que nous n'avons pas souvenir d'avoir appris à les accomplir, parce que l'origine s'en perd dans la nuit de la première enfance, ou parce que notre apprentissage a été d'autant plus court que la nécessité même de vivre hâtait Tacquisition de Thabitude et de la science. Il n'y a pas en effet jusqu'à l'action de téter où une observation attentive ne puisse découvrir une certaine maladresse de l'enfant tout nouveau-né, des tâtonnemsnts, des efforts réels et de rapides progrès sous l'empire de cette dure et ingénieuse maîtresse, la nécessité.

Procédant toujours par voie d'analogie, descendant de

THÉORIE DE GONDILLAG ffl

rhomme aux animaux supérieurs qui lui ressemblent si fort pour les principaux actes de U vie matérielle, on remarque qu'un certain nombre d'actions ne sont accomplies par ces animaux avec précision et facilité que par suite d*un exercice plus ou moins prolongé, que Toiseau, par exemple, apprend à voler à peu près comme nous apprenons à marcher; et Ton en conclut avec une certaine vraisemblance qu'il en est de même de tous leurs actes, qu'il en est des animaux supérieurs comme de rhomme, qu'ils apprennent tout avec plus ou moins de rapidité, qu'ils n'ont aucune science infuse, ce qui n'est guère contestable, ni aucune adresse naturelle, aucun instinct primitif, ce qui l'est moins. Enfin, de degrés en degrés, on en arrive, après avoir exclu l'instinct inné des actions humaines et de celles des animaux qui nous ressemblent le plus, à l'exclure aussi successivement de toutes les espèces inférieures, à le réduire à néant au profit du raisonnement, de l'expérience ou de l'habitude. Cette théorie renferme beaucoup d'observations justes et une certaine part de vérité; mais la conclusion en est tout au moins exagérée, et la méthode qui conduit à cette conclusion est vicieuse et pleine de périls. En effet, si on l'applique en sens inverse,ce qu'on a le même droit de faire, on arrive à une conclusion opposée et tout aussi légituiM, c'est-à-dire aussi peu légitime. Au lieu de presâie p&xt point dft départ et' peur terme dft compft^ raison l'homme et ses actes d'hadl>itude, pour leur assimiler d'autres actes qui ne sont pas aussi manifestement le résultat de l'expérience, pour faire descendre i'intel* ligence^ l'expérience, l'habitude de degrés en degrés jusjusqu'aux derniers échelons de la série des animaux, comme explication de leurs moindres actes; plaçonsnous tout d'abord au bas de cette échelle et remontons-la lentement jusqu'à Thomme; prenons pour terme de comparaison les mouvements si manifestement inintelligents de l'éponge ou de l'huître; procédant par assimilations successives, nous pourrons aussi bien faire remonter avec nous les forces aveugles de la nature ou de l'instinct pour expliquer par elles toutes les.actions^

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S6 l'habitude et l'instinct

humaines et exclure la raison et la volonté de la con^nite de rhomim«

Le vice de eette méthode, en quelqtie sens qci*OB i'apK plique, consiste en ce qu'il est fort possible que le même acte matériel, accompli par un individu ou p^ uae «espèce animale, ait une cause, le raisonjiement, la V9* lonté, Texpértence, l'habitude, et, accompli par une autre espèce ou un individu différent, une tout autre cause^un instinct naturel. A plus forte raison des actes seulement dialogues, surtout des actes aussi sensiblement diffirents, malgré leur ressemblance superficielle, que la con0trw^tion d'une ruche et celle d'une ville,que la configumtioa des cellules de Tabeille et la géométrie des polygones, peuvent-ils être les uns naturels et les autres appris.

Il ne faut done pas se laisser tromper par l'apparence, tout confondre, et simplifier la nature pour la plus grau^ régularité de nos systèmes philosophiques. Quels que soient le vice du procédé et l'erreur de la conclnsioii dernière, il est vrai que beaucoup d'actions qui paraissent chez rhomme instinctives, ne le sont pas en réalité, mais résultent de l'expérience, et que Phabitude leur donne tous les dehors d'actes absolument naturels. Mais il ne s'ensuit pas qu'il en soit de môme des moindres actions de l'enfant, et, quand bien même il serait possible qu'il n'y eût dans toute la conduite de l'homme aucun instinct primitif, il ne s'ensuivrait pas nécessairement qu'il en fût ainsi chez les animaux^ chez tous les animaux et pour leurs moindres actes. L'instinct, exclu dé toute participation aux actes de l'homme fait, du jeune homme, même de l'enfant, pourrait bien commander encore quelques-uns des mouvements du nouveau-né. Exclu de l'humanité, à tout âge et en toute circonstance, il pourrait bien avoir sa place dans l'animalité à un degré quelconque de l'échelle. Il se pourrait enfin que l'instinct fût perf^tible, progressif, variable, que Texpérience intervînt pour une part dans les moindres actes du dernier des vivants, que l'habitude et même t'intellîgenoe fassent toujours mêlées à Tinstinct. Tout ce qu'on aurait le droit de conclure, c'est que Tinstinct n'est pas

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ua principe d'action aussi répandu, aussi absolu , aiisiî îmaintMft qn« l'on peut croire, c'est qu'il £aut réformer ridée qu'on s'en fait généralement, c'est que son rôle, Bttl ou à peu près chez riiommey doit aussi être amoin-^ dri chez les animaux, jusque chez les plus humbles; Hiaie l'instinct subsisterait toujours comme le mobile de quelques actions animales, distinct de l'inteUigeBoe» da Texpérience, de l'habitude, tout insuffisant qu'il fût et tout restreint qu'on le fit.

Pour exclure absolument l'instinct primitif eoœme une hjpothèse inutile, il faudrait prouver que toutes les actions de l'homme ou de Tanimal sont suffisammei^ expliquées par Texpérience. Mais, s'il existe un fait» us seul bat qui ne puisse recevoir oette explication, qui ne puisse dériver de l'imitation, de la raison, de la volonté ou de rbabitude, Tinstinct existe quelque part dans le rè^gne animal. La question n'est plus alors que de lui assigner sa place, large ou étroite, de le définir, de luieux connaître sa nature, d'énumérer ses formes priacipalss*

Si l'instinct ne résulte pas pour .chaque animal desoa ^périence individuelle, comme l'a prétendu Condillae, ne lui viendrait-il pas de l'imitation de ses semblables ou de l'influence éducatrice de ses parents?

Il est inutile d'insister sur l'explication de teutoi les Motions d'un animal par l'imitation de ses semblables, Condillae lui-même a fait bonne justice de cette opinion, que Buffon introduisait tant bien que mal dans son autor matisme, l'imitation elle-même étant, selon lui» un résultat de la machine. Condillae a même ingénieuse* ment démontré, au moins en partie, la vérité de cettft psoposition paradoxah», mais seulement exagérée, que: «les individus d'une même espèee agissent d'une ma**^ nière d'autant plus uniforme qu'ils cherchent moins à se: copier, et que les hommes ne sont si différents les unA des autres que parce que ce sont de tous les animaux, ceux qui sont le plus portés à l'imitation. » Un homme, dh*41, ne se borne pas à copier un seul homme; il copift tous ceux qui l'approchent, et c'est pourquoi il ne ressemble exactement à aucun; tandis que^ les animaux

d'une même espèce n'ayant pas au même point que nous le pouvoir de se copier, chaque individu se contente de rechercher la satisfaction de ses rares besoins, et, borné à sa seule expérience, recommence, avec les mêmes facultés, les mêmes études que ceux qui l'ont précédé, arrive aux mêmes résultats et s'arrête après avoir refait les mêmes progrès ^

A ces ingénieuses considérations on peut ajouter que la théorie combattue par Condillac s'expose au reproche <ie tomber dans un cercle vicieux-, en négligeant de poser et de résoudre tout d'abord cette question : la faculté d'imiter elle-même ne serait-elle pas, comme le pensent plusieurs savants ou philosophes, un instinct, que posséderaient au plus haut degré les singes elles hommes?

Quant à ce genre spécial d'imitation qui est l'éducation des générations les unes par les autres, c'est un fait incontestable dans plus d'une espèce et pour plus d'une action, comme le vol et la chasse ; mais il serait déraisonnable et par trop contraire à l'observation journalière de le généraliser. Outre que c'est un lieu commun Tobattu par les naturalistes et même par les poètes, que la plupart des insectes et beaucoup d'animaux d'un ordre supérieur, poissons ou reptiles, ne connaissent pas la génération ou les individus qui les produisent, c'est un véritable cercle vicieux que de donner à un animal quelconque ses semblables ou ses parents pour maîtres et de croire qu'on a ainsi rendu compte des mœurs d'une espèce. Ces maîtres, à leur tour, de qui sont-ils les disciples? Ils ne peuvent l'être que de la nature ou de Pexpérience. Mais on récuse la nature, c'est-à-dire l'ini»tinct, jusqu'à la dernière extrémité. Ce sera donc de l'expérience? Mais l'expérience est le fruit du passé; l'habitude, si facile et si prompte qu'on la fasse, si tôt qu'elle intervienne, ne peut commander tout au plus que le second acte; elle est de toute nécessité étrangère au premier, qui s'accomplit sans, elle. Ce premier acte

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