‹ L'habitude et l'instinct: études de psychologie comparéeChapitre 29 sur 51 · THÉORIE DE DARWIN · texte numérisé non relu

THÉORIE DE DARWIN

rait les compter, car on sait exactement à quels moments elle les exécute : c'est au passage d'une génération à une autre. La doctrine qui explique par l'habitude héréditaire les variations de l'instinct est bien plus conforme à l'esprit et à la lettre de la loi Leibnitienjie, puisque le progrès de l'habitude est continu et ne connaît pas ses époques critiques.

Enfin, non seulement prétendre expliquer l'instinct par rhérédité à la façon de M. Darwin ou de toute autre manière, c'est faire une pétition de principe, parce que l'hérédité suppose nécessairement la conquête ou la possession naturelle de quelque bien à transmettre; mais c'est encore faire un cercle vicieux. Car cette transmission par voie d'hérédité implique comme véhicule Tacte même de la génération. Or à cet acte de la génération semble bien présider le plus manifeste, le plus impérieux, le moins progressif, le plus général et le plus inexplicable de tous les instincts. L'expliquer par l'hérédité est contradictoire, puisqu'il est lui-même la raison de la possibilité de l'hérédité.

Un esprit aussi ingénieux et aussi fécond en ressources que M. Darwin pourrait le tenter à la rigueur, si les hommes, les grands animaux et tous les insectes se multipliaient à la façon de quelques pucerons par fissiparité, ou à celle des polypes par bourgeons, ou même comme se multiplient les mollusques hermaphrodites. Mais cet instinct à deux, qui fait concourir à un même acte des individus dissemblables, précisément parce qu'ils diffèrent, et par ce en quoi ils difièrent, cet instinct qui gouverne le monde, qui soumet à son empire les espèces animales les plus diverses, et dont les plantes ellesmêmes offrent au moins l'analogue, la raison se refuse à la pensée qu'il soit l'effet et non la cause de la génération, un accident et non une loi nécessaire, une heureuse erreur de la nature. On comprend mieux que les antiques genèses des poètes, des théologiens et des philosophes en aient fait un Dieu éternel et toujours jeune, antérieur à l'univers, ordonnateur du chaos, principe de tous les êtres, la source même de la vie.

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*SÔ l'habitude et l*instinct

L'habitude et Phérédité, unies ou séparées^ sont radicalement impuissantes à expliquer la formation de l'instinct. Ce n'est plus qu'une question secondaire et peutêtre une simple question de mesure, que de savoir si l'instinct est capable de Tariation et de progrès, et dans quelles limites la transformation en est possible, et c'est la seule qu'ait réellement traitée M. Darwin.

Donc il existe certainement quelque instinct qui n'est ni une habitude, ni un héritage, qui n'est pas acquis, mais primitif, immuable ou non, général ou individuel, précis ou vague, savant ou grossier, aveugle ou intelligent, quels qu'en soient les autres caractères.

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