‹ L'habitude et l'instinct: études de psychologie comparéeChapitre 28 sur 51 · De Vorigine des espèces, p · texte numérisé non relu

De Vorigine des espèces, p

que nous lui voyoDS aujourd'hui, et danstous les individus en même temps, elle procède par degrés, s*y prend à plusieurs fois par créations successives, partielles et inaividuelles.

2® L'hérédité explique si peu cette tendance naturelle que l'instinct se produit au contraire comme une violation flagrante des lois de l'hérédité. La loi générale et régulière serait que tous les individus héritassent des caractères de leurs parents et leur ressemblassent en tout. Ce pigeon qui naît avec une tendance naturelle à faire le saut périlleux, ne ressemble pas en cela à ceux dont il est né ; il n'a pas hérité d'eux cette tendance. Cet instinct qui apparaît chez lui pour la première fois dans la suite des générations, il est une exception à la règle, une sorte de monstruosité, un accident, comme dit Darwin, c'est-à-dire une irrégularité; c'est, disent quelques physiologistes, une idiosyncrasiey à savoir quelque chose de particulier au tempérament de l'individu, sa diflférence propre, son originalité. Un instinct est donc à l'origine essentiellement individuel et exceptionnel. L'hérédité, qui ne Ta pas produit ni transmis encore, s'en empare, et son œuvre consiste à le multiplier et à le généraliser en le transmettant à d'autres individus nés de celui-là ; la sélection et la concurrence vitale à leur tour font de cette exception la règle, de cette monstruosité une chose ordinaire, en la respectant chez les individus qui en ont hérité et en supprimant les autres. Il est donc rigoureusement exact de dire que l'apparition d'un instinct est une violation de la loi commune de l'hérédité, que l'instinct ne varie et ne se perfectionne que par une série de violations nouvelles, que l'hérédité ne fait que le transmettre et le propager. C'est une vraie génération spontanée.

Disons encore en passant que cette théorie n'est même pas bien conforme à la fameuse loi de continuité empruntée à Leibnitz et si chère à M. Darvvrin et à son école : natura non agit saltatim. En effet, c'est par sauts et par saccades au contraire que procède ici la nature: les sauts qu'elle fait sont petits et nombreux, mais on pour-

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