‹ L'habitude et l'instinct: études de psychologie comparéeChapitre 9 sur 51 · CONCLUSION. — IMPORTANCE DE L*HABITUDE DANS LA VIE HUMAINE · texte numérisé non relu

CONCLUSION. — IMPORTANCE DE L*HABITUDE DANS LA VIE HUMAINE

^ U noua semblait en commençant que I^^posaihilitéib U 'Jàabitude était la co ndition de la possibilité du progcès; kl nous apparaît maintenant que rbabitudei est le progrès

« Tout est bien sortant des mains de la nature, disait Rousseau; entre les mains de Thomme tout dégénère; » il ne faut donc rien ajouter à la nature et se contenter de ia suivre. C'est un singulier paradoxe et une étraa^ erreur que nous donne l'auteur à^Éndle comme ia conséquence d'une grande vérité. Tout est bien sortant des mains de la nature; mais cette nature n'a pas achevé son CBuvre, elle n^a créé en nouj?. qu'une éhiuche. C'est là précisément ce qui lait la dignité de l'homme; c'est qu'il participe «n quelque sorte à sa propre création; c'est à lui 'qu'il appartient de continuer et de parfaire, s'il est pofisibte, rébauche de la nature, de se faire lui-même une seconde nature qui s'ajoute à la première,^ nne natore d'h abitude.

Ce n'est pas seulement un fait, c'est une nécessité que le concours de ces deux natures, l'une innéei l'autre

agi)jaia% pour former ud homme; et la seconde s*ente si £ieQ sur la première qu'on ne sait bien souvent parmi les qualités, comme parmi les actions humaines, lesquelles nous tenons de la naissance et lesquelles nous devons à la vie. Dans tout individu il y a réellement deux hommes ; nous avons deux tempéraments et deux visages, deux intelligences et deux caractères. Si heureusement que soit doué 'en nous l'homme naturel, le peu que Thabitude y ajoute a plus de prix que les plus beaux dons; car, si Ta nature donne le talent et môme le génie, c*estThabitudë qui crée la science; si la naissance nous fait débonnaires et innocents, c'est la volonté qui nous rend bons et méritants. La nature est comme la matière, l'habitude est comme lajorme de l'homme et de la vie, La nature n'est pas plus compréhensible sans rhàBitude que l'habitude sans la nature. Aussi, dès que l'enfant naît, rhabitgde commence avec la vie, qui sani

elle se rait impossible. " ~~ ' """"'

""STTÎallait que notre corps fût toujours aussi sensible qu'aux premiers jours à toutes les influences du dedans) et du dehors, s [ij fallait toujo urs r essentir avec la m ême violence Joutes les douleurs physiqug s et morale s, la vie' serait la plus ^misérable, et la m ort suivrai t da p^^y la naissance. S'il fallait que la volonté fît toujours lesl mômes efforts pour diriger les mouvements des membres, s'il ne restait aucune trace aujourd' hui de l'exe r- ' gice d*EteP, l'homme né'marcherait pas, i l se trafiae rait à peine «emne l'enfant en bas âge. Il ne parlerait pas, il bSgaièrart; il vetimil sans regarder; il apprendrait toujours sans jamais savoir. S'il loi faUaii toujôu» vaincre la môme résistance des instincts et des pasaions, sans . que la passion perdit de sa force, sans que celle de )a volonté s'accrût, quelques bonnes actions pourraient çà et là distinguer la vie d'un homme, mais le plus vaiflant'i serait vite à bout d'énergie morale, et il succomberait à | cette lutte sans cesse, renouvelée ; alors vraiment la ' vertu ne serait qu'un mot. C'est parce que l'habitude ajoute à la puissance de l'énergie qui s'exerce, chaque '^ fois qu'elle s'exerce, et rend ainsi plus facile l'action pro-

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ehaine, que l'homme peut courir au lieu de ramper, que les sciences se constituent et s'enrichissent, que la vertu s'acquiert, qu'en toutes choses le ^progrè^ est possible et s'accomplit en e£Fet. A mesure qu'un acte, devenant moins pénible, n'exige plus pour être répété qu'un moindre effort, l'e xcédant de puissanc e que la cause ne dépense pas pour le reproduire et le surcroît de force qu'elle a conquis par Texercice deviennent en quelques façon disppnijbjes^ pour des efforts nouveaux et supérieurs. • -

Oh flétrît quelquefois l'habitude du nom de routine, parce qu'elle jette toutes les actions dans le môme moule et usurpe souvent la place de la raison et de la volonté. Ce n'est pas L'habitude, cause et essence môme du progrès, qui mérite ce blâme et arrête la marche de la science ou le perfectionDemem do la vie, c'est le mauvais usage qu'en peut faire Ja parfsse de Tesprit et de la volonté, lorsque l'agent, qui a acquis par l'habitude un surcroît de force et d'habileté pour agir, se contente de faire avec un moindre effort ce qu'il fait plus facilement, et n'emploie pas ce surcroît de puissance à accomplir des actes de plus en plus dilEciles. Si la vie, la science, la moralité, la civilisation, le progrès en tout genre s'arrête en quelque point, ce n'est pas par le fait de Thabitude, c'est que le développement en est arrêté par quelque cause étrangère qui Àxe et immobilise Fhabitude elle-même avec le progrès. Il n'y arien dans la nature de l'habitude ou dans ses lois qui p uisse être un êHcause de recul^ de retard ou de repos. Elle est essentiellement Paugmentation de^la puissance ; elle tend essentiellèinënTa^raudir fUujuui'S et i perfeclionner sans cesse la condition humaine. Elle a toute sa force et tout son prix, lorsque, se chargeant d'exécuter avec promptitude et précision tous les actes de la vie, qui s'offrent dans des circonstances connues et dont le nombre augmente chaque jour, elle étend à la fois spn propre domaine et celui de la raison et de la volonté, lorsqu'elle leur ouvre ainsi dans le présent et dans l'avenir une plus noble carrière, en leur donnant le pouvoir de décider et d'accomplir, avec le

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loiiir de la réflexion et la libre dispositioa de leurs forée» accrues, des actee supérieurs appelés par des circons* telles nouvelles.

L'habitude et le progrès se connaissent nécessaîrCTeiest d'autres limites que celles que peut leur imposer quel* que force supérieure, par exemple ces lois impérieuses de la yie physique, de la fatigue, de la faim, du soraf&eol, de la yiei liesse, de la mort. Comme elles Tiennent à chaque instant contrarier les progrès de Thabitude, ea compliquer les effets et en embarrasser l'analyse, dles peuvent aussi l'arrêter court à quelque point indét^miné dé son développement. Mak il n'y a pas de raison pour que les puissances qui ne sont pas soumises directen^nt À ces lois doivent jamais s'arrêter nécessairement dans leur marche progressive. Que l'habitude de la boisson,, de la veille, du mouvement musculaire, du poison,, reu* contre une limite infranchissable dans les conditions matérielles de la vie, cela est évident et coœpréhensibte. Que le développement même de l'intelligenoe, autant qu'il est attaché à un instrument organique, trouve ua etnpéohement à ses progrès dans les conditions de cet organe, on doit aussi le reconnaître. Mais s'il est vrai que rame n'est point le corps, que la pensée n'est pas le Mouvement, que l'esprit n'est pas la matière, is'il est possible que la mort ne frappe que l'instrumeat de la piensée et de la volonté, en respectant Tâme elle^naôrne^ s'il est possible que celle-ci continue d'être dans des oonditions nouvelles et inconnues, pourquoi le progrès de riotelUgeace vers la perfection de la raison et dfe la science, pourquoi le progrès de la volonté vers la per* faction de la vertu ^pp^^"tr?Js^.arrê tés nécessairemen t» L'habitude n'est pas seulement le progrès, la science acquise et le bien accompli; elle est pour l'âme intelligente et libre l'espérance, sinon la promesse d'un progrès sans fin et de l'immortalité.

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