XVI NOTICE HISTORIQUE
Jacques Ogé, homme de couleur, doué d'un caractère entreprenant, habitait alors la France. Affilié à la Société des Amis des Noirs par les négrophiles Brissot, Grégoire et Barnave, il fut désigné pour changer la face des événements dans un pays où grondait déjà la foudre révolutionnaire, il partit, débarqua à Saint-Domingue le 12 octobre 1790, poussa le premier cri de guerre, établit son camp à la Grande-Rivière, et fit trembler les oppresseurs. Le sang coula, les révoltés furent dispersés, Ogé se réfugia dans la Partie espagnole, et, livré peu de temps après à ses bourreaux, il fut jugé, condamné et périt du supplice réservé aux infâmes, en 1791.
Bientôt l'autorité de la métropole fut méconnue au Cap Français, et le cri d'indépendance retentit au plus haut des mornes sauvages.
Un décret du i5 mai 1791 donnait aux hommes de couleur le titre et les privilèges de citoyen français, et son effet avait été d'accroître la haine et Tindignation des Colons planteurs. Une Assemblée générale fut convoquée, composée de cent soixante-seize membres, tous choisis parmi les Européens; il y eut uniformité d'opinion, et il fut décidé qu'on n'obéirait pas au décret émané de l'Assemblée nationale.
Les hommes de couleur prirent les armes ; ils excitèrent les Noirs à la révolte, et la guerre civile déploya ses étendards sur le territoire d'Haïti.
Excès affreux, consternation générale, carnage, incendie, égorgement des Européens : tels furent les malheurs qui signalèrent cette funeste époque.
Le 20 septembre 1792, l'Assemblée nationale crut remédier à tant de maux en accordant aux hommes nés de parents esclaves les plus nobles privilèges ; ce remède arrivait trop tard, l'exaspération était à son terme, et déjà