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SE BIEN COMPRENDRE

Pour bien s'entendre, il faut se bien comprendre. C’est évident. En ce bas monde, combien de chagrins, de peines,

de rancune:, de haines, de malheurs de toutes sortes, ne sont que le produit de simples malentendus.

Le malentendu crée la prévention. S'il persiste, il accentue la prévention presque au préjugé. Et le préjugé entretenu, nourri, caressé même par l’âme qui le subit, gravite rapidement jusqu’au fanatisme qu’il engendre tout naturellement.

Done, il faut se bien comprendre. C’est une nécessité au Canada, comme dans le monde entier.

Et à quel propos spécial, faut-il se bien comprendre ?

Je réponds : Sur un point principal au sujet duquel la même arrière-pensée existe également dans les deux provinces d’Ontario et de Québec, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets.

Dans notre province, trop de geas sont sous l’impression très sérieuse que même les citoyens de langue anglaise les mieux disposés à l'égard de nos compatriotes Canadiens-français, ne le sont que par

esprit de tolérance, nourrissant dans leur for intérieur le regret d’être forcés de nous accepter pour compagnons de routé vers l'avenir, Beaucoup des nôtres se rendent malheureux par l’obsession que nos concitoyens des races britanniques nous sont, et nous seront, absolument antipathiques, quoi que nous fassions pour leur être agréables.

Cette mentalité, cet état d'âme, découle d’un malentendu qui a développé une prévention très regrettable.

Faites le tour du monde, et dites-moi si vous pouvez trouver sur notre ronde planète un seul groupe ethnique, un seul groupe national, qui n’a pas solidement ancré au fond du cœur le désir, l'ambition, de faire sa place plus large sous le soleil ?

Ce qui se passe depuis un an à la conférence de la paix est, je crois, assez significatif pour que personne ne s’y trompe.

Où est le Canadien-français qui n’a pas, au fond du cœur, le regret de ce que sa race ne s’épanouit pas, dans son admira-

ble fécondité, éminemment morale, sur un territoire, son héritage unique, son apanage spécial, son glorieux domaine, —sur lequel elle exercerait exclusivement tous les droits de la souveraineté par des institutions politiques basées solidement sur les deux principes d’une juste autorité et d’une saine liberté ? Mais soumis avec . tout le respect religieux à l’enseignement chrétien sur lés destinées providentielles des races comme des individus, il se résigne loyalement à l’acceptation du fait accompli, et se dit qu’appelé à partager avec d’autres le sol qui autrefois était son patrimoine national, il doit s’efforcer de travailler de concert avec eux pour le bien de son pays. (C’est ce que nos compatriotes ont généreusement fait depuis le jour— cent cinquante ans écoulés — où ils ont vu, après une lutte homérique, le drapeau.anglais arboré à la place du français qui repassait les mers.

Si la Providencz l’eut voulu, nous aurions été non seulement une nation parti-

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