CHAPITRE V
J’affirme, sans la moindre hésitation, ma sincère et profonde conviction que, considérée dans son ensemble, la population d’Ontario ne nourrit pas de sentiments d’hostilité redoutable, d’animosité invétérée, encore moins de haine implacable, contre notre race, comme trop dès nôtres s'efforcent si imprudemment de le faire croire. Je persiste à dire que les esprits naturellement bien disposés sont de beaucoup les plus nombreux.
Je n’en conclus pas que tous là-bas sont nos amis. dévoués. On retrouve à Ontario ce qui existe danstous les pays du monde et, dans plusieurs, a un degré beaucoup plus élevé.
Les trois microbes dont j'ai parlé existent à Ontario, et produisent les maladies de l'organisme social et politique qui faudrait s’efforcer de guérir. On y ren-
contre des esprits fanatiques, des esprits préjugés, des esprits prévenus.
Les esprits prévenus seraient assez faciles à persuader.
Le vrai préjugé est plus difficile à combattre que la simple prévention. Toutefois, il ne ferme pas absolument l’intelligence à la saine influence de raisons convaincantes, de sentiments élevés, d’actes dignes d’approbation et d’éloges.
Le fanatisme est l’ennemi très: dangereux. S'il est de bonne foi il est presque incurable. S'il est hypocrite, il est aussi tenace que les intérêts sordides qu’il entend bien servir.
Qu'il existe des fanatiques à Ontario, .
il serait puéril de le nier. Mais je me hâte d’ajouter que je suis revenu de Toronto encore plus convaincu qu'ils sont moins nombreux qu’on le suppose généralement dans notre province. C’est une erreur d'apprécier le nombre des violents
par le bruit qu'ils font.
= Cent exaltés, hors de contrôle, suffi-
DÉTRUIRE Les TROIS MICROBES 67
sent à troubler l'harmonie d’une réunion de dix mille citoyens paisibles.
Ce qu’un groupe de fanatisés peut faire, ne le savons-nous pas par notre propre expérience !
Les citoye1s d’Ontario bien disposés ne demanderaient pas mieux que d'isoler les fanatiques, pour favoriser la concorde entre les deux grandes races du Canada.
Notre devoir est de les seconder et d’accroître leur nombre en nous efforçant de persuader les esprits prévenus, et en
éclairant les esprits préjugés.
Si nous réussissons dans cette tâche aussi louable qu'importante, nous aurons fait beaucoup pour détruire l'influence des fanatiques et les réduire à l'impuissance.