PRÉ VENTION DOUBLEMENT INJUSTE Û
Cinquante ans passés, aux jours où le fanatisme religieux haut-canadien était exploité contre le Bas-Canada, on prétendait que les Canadiens-français étaient dominés par leur clergé dans l'exercice de leurs droits politiques. Nous étions “a Priest ridden country”, affirmait-on à tout instant.
Cette funeste mentalité trop générale chez nos voisins à l’ouest, contribua beaucoup au conflit arrivé à la phase aigûë, en 1864, et alors solutionné comme je l’ai exuliqué.
Il s’en suivit une détente très réconfor-
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tante. Le nouveau régime fédératif fut inauguré sous des auspices favorables, au milieu de légitimes espérances produites par l’apaisement des esprits, et de la confiance générale d’un meilleur avenir,
adversaires mêmes du nouvel ordre rendre la très louable
Le rôle de notre clergé national, comme .
toujours, avant et depuis la conquête, avait été admirable de tact, de prudence
et de dévouement. Aussi longtemps que le règlement de la crise politique fut le sujet de l'étude des hommes publics du parlement et de l'opinion, il s’abstint de toute intervention.
Mais lorsque le pays fut doté d’un nouveau régime de gouvernement, adopté après ample discussion et dans toutes les formes alors reconnues de rigueur, notre clergé national, par la voie autorisée de l’épiscopat, recommanda, comme c'était
son droit et son devoir, la loyauté à la nouvelle constitution.
Sans toutefois disparaître entièrement, le préjugé ontarien contre l'influence politique supposée indue du clergé sur nos compatriotes, devint assez mitigé pour être inoffensif.
Tout allait bien, et tout pouvait continuer à bien aller sous ce rapport, si la guerre n’avait pas, comme conséquence inévitable des écarts de fanatiques laïques insuffisamment répudiés, ravivé à Ontario une prévention qu’il importe d’autant plus de détruire qu’elle est également injuste pour notre clergé national et pour nos compatriotes.
J'ai rencontré nombre de personnes, à Toronto, qui m'ont fait part de leurs anxiétés relatives à l’action dominante de notre clergé sur leurs concitoyens canadiens-français, privés pour ainsi dire, selon elles, de leur liberté politique.
Comme bien l’on pense, je me suis efforcé de les désabuser, en leur prouvant, ce
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qui m'était facile, que ce préjugé était doublement injuste.
Il l’est d’abord pour notre clergé national.
Le moment est très opportun pour moi de dire à mes lecteurs quelle a été, sur le point que je tiens à expliquer, la règle invariable de ma conduite au cours de mes nombreuses années de vie publique.
En rapport constant, dès le début, avec un groupe de laïques, journalistes et autres, beaucoup trop portés à s’ingérer
le gouvernement de l'Eglise, je réalisai très vite les dangers du procédé. Je me décidai en conséquence. Et de cette position, je n’ai jamais varié d’un cheveu.
À ceux qui ont voulu m'entraîner à prendre part à leurs initiatives intempestives, j’ai répondu invariablement :
Si Dieu eût voulu que je gouverne l’Eglise, il lui était bien facile de m’y appeler. Evidemment, il ne l’a pas voulu, Parce que je suis laïque, marié et père de famille.
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Mon mot d'ordre, le voici : Je suis entièrement soumis à l’autorité de l’enseignement de l’Eglise, de son chef suprême, de l’épiscopat qui les représente tous deux dans mon pays.
Dans tout le domaine de mes droits politiques, je prétends exercer et j’exerce mon entière liberté d'opinion, de jugement et d’action, n’oubliant jamais que mes actes politiques, comme tous les autres, relèvent de ma conscience, et que je dois m’efforcer de les rendre méritoires.
Et toujours, j’ai positivement et fermement refusé de prendre part à ces mouvements qui trop souvent n’ont pour but que de satisfaire des ambitions et des intérêts personnels sous le prétexte hypocrite de servir l'Eglise et la religion. J'ai coudoyé trop de ces laïques outrés cherchant à s’ingérer dans le gouvernement religieux, mais peu portés à prêcher d’exemple et à édifier ceux qu’ils prétendent diriger, pour ne pas me rendre compte du mal qui toujours en découle.