‹ L'harmonie dans l'Union [microforme]Chapitre 25 sur 40 · SURPRENANTE PRÉVENTION · texte numérisé non relu

SURPRENANTE PRÉVENTION

À ma grande surprise, j'ai constaté, à Toronto, que ces vantardises aussi injustifiables qu’insensées, avaient fini, après de fréquentes répétitions, par créer un sérieux malaise là-bas, en inspirant à un grand nombre de personnes des craintes sur l'intention des nôtres de supplanter les descendants des races britanniques dans l’Ontario.

Que devais-je leur dire pour les rassurer ? La tâche m'était vraiment facile,

En premier lieu, il me fallait leur faire bien comprendre qu’elles s’alarmaient vainement des dires extravagants d’un très petit groupe d’exaltés, dont l’ignorance égale la prétention, et qui n’expriment nullement la saine opinion de notre race qui, autant que toute autre, se compose de gens très sensés, très raîsonnables.

En effet, que voulons-nous, nous, Canadiens-français, lorsque nous réfléchiss0ns à l'avenir des nôtres, citoyens des

ent, nous souhai-

Nous désirons, nous souhaitons, la re- Connaissance par la majorité de leur droit

de parler et d’apprencre la langue de leurs ancêtres, et celui Le transmettre intact à leurs descendants ce précieux héritage.

Pas un homme sensé parmi nous ne caresse la chimère coupable d’une tentative d'organisation pour que notre élément s'empare des autres provinces en forçant les majorités de langue anglaise à déguerpir.

Je sais qu’il existe parmi nous des cervaux déséquilibrés qui s’hallucinent au point de voir, dans un avenir qu’ils croient prochain, notre race dominant Ontario, le Manitoba, l’Alberta, etc., etc.

J'en ai même entendu me dire, avec un grand sérieux, que du fait que les nôtres et leur descendance comptent plus d’un million et demi aux Etats-Unis, ils concluaient que la grande République était certainement destinée à être dominée par notre race. Et pour peu que leur rêve s’agrandisse, il englobera sans hésiter toute l’Amérique—Nord et Sud.

Si ces chimères n’ il serait bien inutile

volumes des recensements décennaux au Canada ?

En 1871, la population totale d’Ontario était de 1,600,851.

Les Canadiens-français étaient au nombre de 75,383. ;

Il y avait donc un excédent de langue anglaise et autres,

1911, le recense- Ontario, une popula-

Le nombre de nos compatriotes s'était accru au total de 202, 442 : une augmentation de 124,383 en 40 ans : moyenne annuelle de 3,176.

Par contre, la population de langue anlaiser et autres, s'élevait au chiffre de 2,320,832 : une augmentation de 775,364 durant les mêmes quarante années : soit une augmentation annuelle moyenne de 19,384 faisant ressortir un excédent annuel moyen de 16,208 dans l'accroissement relatif des deux groupes de population.

Il me semble que j'avais parfaitement raison de demander à mes concitoyens de Toronto d'apprécier ces chiffres avec le bon sens avec lequel tout homme doit juger toutes choses, et de me dire quel danger d’absorption par nos compatriotes ils courraient aussi longtemps qu’ils augmenteraient èn nombre dans la proportion de plus de SIX contre UN.

M'est avis que si ces conditions se main tiennent—et rien n'indique qu’elles changeront—il s’écoulera bien des siècles avant

que nos compatriotes deviennent la majorité à Ontario. S'il est vrai que deux lignes droites parallèles ne se rencontrent jamais, à plus forte raison les extrémités des deux côtés d’un angle, quelque aiqu qu’il soit, ne Peuvent pas se rejoindre.

En se prolongeant, elles s’écartent davantage

Les espérances vaines, insensées, ne produisent que de cuisantes déceptions.

Il est très mal d’exalter l'imagination de no8 compatriotes par de ridicules chimères qui ont le double inconvénient de leur préparer d’amers lendemains, et, en attendant l’écroulement certain de leurs rêves, de leur faire subir les représailles inspirées par les préventions créées par des vantar-

ises parfois insolemment exprimées.

il raisonnable d i » et où ils resteront certainement la minorité en présence d’une majorité de plus en plus nombreuse, l'accroissement régulier de leur nombre,

ja

en prédisant, contre tout bon sens, leur prochaine prédominance ? Ne serait-il pas cent fois plus sage, plus prudent de juger leur situation telle QU'ELLE EST, et RESTERA, d'éviter des provocations intempestives qui leur aliènent le bon vouloir des esprits les mieux disposés à leur égard et alimentent le fanatisme du groupe des extrémistes ?

Sans doute—et pour un j'y compte beaucoup—l’accroissement relatif du nombre des nôtres, dans l'Ontario et ailleurs, augmentera graduellement leur influence politique qui s’exercera avec d'autant plus de succès qu’ils seront plus sagement et plus habilement dirigés.

Le suffrage des citoyens libres d’une minorité croissante en nombre et en ressources est, dans un régime représentatif, une arme défensive puissante, lorsqu'elle est maniée avec souplesse et dextérité.

Mais elle devient dangereuse pour ceux qui s’en servent aveuglément pour une offensive qui rallie contre eux des forces

BOOM: Dm. 1

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toutes disposées à les protéger, à la condition de ne pas les provoquer à une ferme résistance par des manœuvres aussi fausses que follement couyues,

La province d’Ontario est vaste en étendue, très riche en ressources variées.

Il est facile de prévoir le Pulation d’une dizaine de

des conditions

nos compatriotes la proportion de un contre neuf, et l’heure de leur prédomi- Dance serait toujurs aussi éloignée. Mais à tous les points de vue, l'influence relative d’un million contre neuf serait beaucoup plus grande que celle de mille contre neuf mille. Ht des chefs habiles, éclairés, dévoués, Pourraient leur rendre d’im-

menses services. Avec nos libres institutions, l'influence

d’un groupe national, au milieu de races diverses, ne se mesure pas seulement par le nombre. Elle est également en proportion de la situation que ce groupe réussit à se faire dans les affaires financières, industrielles, commerciales ; surtout dans la partie plus ou moins considérable qu’il acquiert dans la propriété du sol, base fondamentale de son avenir, dans l'intelligence avec laquelle il tire de ce sol la plus grande somme de produits possible. l'influence d’un groupe national se mesure aussi, et principalement par sa culture intellectuelle, par son sens des choses publiques, par le patriotisme éclairé dont il fait preuve, par la largeur de ses vues, par sa fermeté à se tenir bien au-dessus des atteintes perverses d’un fanatisme farouche, par sa détermination de ne jamais ouvrir son cœur aux injustes inspirationsdu préjugé—toujours si étroit, si ténébreux, de sa nature,—par sa volonté constante de ne pas céder aux faux

sentiments que les ridicules préventions produisent.

Exemple. Dans notre province la minorité n’a-t-elle pas une influence beaucoup plus considérable que celle qu’elle tirerait du nombre, si seul il comptait.

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