CHAPITRE VIII LES CANTONS DE L'EST
Les vantardises outrées au sujet de l’augmentat'on du nombre des nôtres dans les Cantons de l’Est, ont beaucoup contribué au malaise grandissant à Ontario relativement au danger de l’envahissement de cette province par la marée montante de l'invasion canadienne-française. Je viens de prouver toute la puérilité de cette crainte que je crois avoir réussi à détruire dans l'esprit de tous ceux qui m'en ont fait part à Toronto.
Je tenais beaucoup à désabuser mes interlocuteurs sur les notions erronées qu’ils avaient déduites des illusions extravagantes des enthousiastes qui espèrent vivre assez longtemps pour voir le jour où il ne restera plus un citoyen de langue
anglaise dans les Cantons de l'Est.
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Je m'attachais à leur bien expliquer que l’accroissement des nôtres, dans cette impcrtante région, suit un cours absolument régulier et normal. Il n’est nullement—ni de près ni de loin—la résultante d’un vaste plan, d’une conspiration réelle Pour chasser nos compatriotes de langue anglaise de la partie de notre province qu'ils ont faite prospère, en ajoutant, par leurs travaux aussi tenaces qu'’intelligents, au pittoresque des lieux le charme particulier des champs très bien cultivés, des Constructions —résidences et dépendances—remarquables de goût, de propreté, de confort.
bien faite, les moissons abondantes. Il y existe plusieurs centres industriels en
dant, le travail de la ferme, de l’usine, rémunérateur.
A tous ces avantages matériels, toujours à la hausse, s'ajoutent les bienfaits inappréciables dont tous sont favorisés par la plus louable cordialité des relations, le plus large esprit de justice, l’absence complète de préjugés nationaux ou religieux.
Pourquoi les' Canadiens-français croissent-ils graduellement plus en nombre dans ces florissants cantons ? La réponse est facile.
Composée en premier lieu des descendants de loyalistes américains, —qui traversèrent la frontière après la proclamation de la République voisine—, subséquemment, de la fleur de l’émigration nous arrivant d'Angleterre, d’'Ecosse et d'Irlande, la population atteint vite un degré supérieur de prospérité. Quand les vastes prairies de l’'Ouest—Américain et Canadien—se revélèrent au monde émerveillé de leurs promesses d'avenir, les
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riches cultivateurs anglais, écossais, irlandais, des Cantons de l'Est, firent comme leurs frères de l’Est et du Centre de la République voisine. Ils tournèrent leurs regards vers cet Eldorado incomparable, qui, de l’ouest des lacs majestueux, inon-
uropéens de ses céréales, Ils ne tardèrent pas à les suivre dans la nouvelle terre promise. Un peu à l’étroit sur leurs riches domaines, les Vases espaces de l’ouest les séduisaient par le grand avantage qu’ils leur assuraient d’y établir leurs enfants sur des terres neuves de beaucoup plus grande étendue.
Ils ne désertaient pas leurs fermes des Cantons de l'Est. Ils les vendaient bon prix aux acheteurs heureux de les acquérir. Ces acheteurs, pour la plupart, étaient des Canadiens-français, souvent, leurs amis d’enfance, avec lesquels ils avaient toujours vécu en paix, dans L'HARMONIE DE L'UNION. Les nôtres, au contact de ces fermiers modèles venus du Royaume-Uni, avaient acquis leur
habileté, s'étaient nourris de leur expérience, épanouissement et fruit des siècles, possédaient des ressources suffisantes pour acquérir les superbes propriétés de ceux qui allaient sous d’autres cieux, mais, le plus grand nombre, sous le même drapeau, renouveler, dans des proportions agrandies, les succès de fortune obtenus dans la province qu'ils laissaient tout de même avec regret, en souhaitant bonheur et prospérité à leurs successeurs.
Telle est, dans toute son exacte vérité, la nature du mouvement d’expansion de notre race dans les Cantons de l'Est, et l'explication du phénomène, —qui, assurément,. ne doit alarmer personne, — du déplacement, ou plutôt du remplacement graduel de la population de langue anglaise des Cantons de l’Est par nos gens, par notre race.
Supposer que ce mouvement, non d’absorption mais de remplacement, est l’œuvre d’une propagande fanatique, suscitée et encouragée dans un dessein de pré-
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dominance, par notre clergé national, serait aussi déraisonnable, absurde, injuste, que de dire que ceux qui ont remplacé, dans les Etats de l'Est et du Centre, chez nos voisins, les anciens propriétaires partis pour les vastes prairies de l’ouest, fascinés par des perspectives enivrantes de succès, les chassaient, par préjugés; pour s'emparer de leurs foyers et de leurs patrimoines.
De même autant vaudrait dire que les millions d’émigrants, qui depuis cinquante ans, ont dit adieu aux Pays européens, où ils avaient vu le jour, pour aller partager les labeurs de la création de l'immense empire occidental de l'Amérique du Nord,—empire à la forme républicaine, ou constitutionnelle, si l’on veut—mais empire tout de même par l’énorme étendue territoriale—ont traversé l’océan dans l'unique et fanatique dessein d'empêcher les citoyens de la République de se multiplier dans les régions de l’ouest.
Nos prêtres ont suivi les nôtres dans les Cantons de l’Est, comme ils les avaient suivis sur les bords du St-Laurent, sur les rives du Richelieu, de l'Outaouais, du Saguenay, du lac St-Jean, de la Rivière Rouge. Avec eux, ils ont pénétré dans les profondeurs de la forêt sombre, encourageant de leur parole sainte, et souvent de leurs bras vigoureux, l’héroïque défricheur s’attaquant avec force aux arbres géants terrassés pour faire place à l’humble cabane de bois rond où enfants grandissaient bénis par Dieu.
Mes interlocuteurs, très satisfaits de ce que je leur avais appris, se déclaraient heureux de constater que les propriétés de grande valeur de leurs concitoyens allant à l’Ouest passaient aux mains de loyaux Canadiens-français, dont les ancétres leur avaient bien mérité cette preférence par leurs héroïques travaux.
Combien de fois je me suis demandé pourquoi certains de nos publicistes se
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inventer des causes ion des nôtres dans st, au risque de créer