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CHAPITRE IX LES NÔTRES A TORONTO

Notre race est représentée par plusieurs milliers des nôtres à Toronto. Ils y font bonne figure, y sont bien traités, gagnent beaucoup d'argent ; un certain nombre d’entre eux sont portés à le dépenser trop vite.

Une paroisse a été spécialement érigée pour eux dans l’est de la capitale. On m’a dit que tous les Canadiens-français de la cité en sont les paroissiens, sont tenus d'y faire la communion pascale, à moins d’une permission spéciale accordée pour valable raison.

Quant à l'assistance à la messe et aux autres exercices religieux, la cité étant très vaste, il leur est permis de fréquenter les nombreuses églises catholiques de Toronto—plus d’une vingtaine—vu qu'ils sont disséminés un peu dans tous les quartiers.

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L'église paroissiale de l'est a pour curé M. l'Abbé Lamarche, aussi aimé de ses bons paroissiens qu'il leur est dévoué. C’est un apôtre dans toute l’acception du mot. Comme bien l’on pense, je me suis empressé d’aller lui présenter mes plus respectueux hommages.

L’accomplissement de ce devoir très agréable m'a valu le plus cordial accueil possible.

Dans des entretiens prolongés—mais toujours trop courts—nous avons beaucoup causé de l’avenir de notre race, de la situation des nôtres dans les provinces anglaises, notamment à Ontario. Je sortais chaque fois de ces intéressants colloques, encouragé, confiant dans l’aveair et de plus en plus déterminé à conseiller la bonne entente comme le plus sûr.et le plus sage moyen de conduire efficacement nos compatriotes à l’heureuse destinée qu’ils doivent s’efforcer de mériter.

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Plusieurs des nôtres occupent une position enviable dans les affaires à Toronto.

Un jour, je fus agréablement surpris en lisant, de la fenêtre d’une voiture de tramway, sur une large et haute enseigne, à l'étage supérieur d’un vaste établissement industriel, les mots :—‘7'he Gendron Manufacturing Company,)

Je ne me scandalisai pas de l’annonce anglaise, très satisfait de constater que l’on avait tenu à conserver le nom bien

| canadien de: Gendron.

J'interrompis ma course en tramway pour descendre de voiture au premier arrêt réglementaire, et je me dirigeai vers l'enseigne qui pouvait se lire d’un mille de distance.

En entrant dans le vaste bureau d’affaires, j’eus l'illusion de me trouver au plein milieu de St-Roch de Québec, Une trentaine au moins d'employés, des deux sexes, teneurs de livres, comptables, commis, sténographes, clavigraphistes, ete., y travaillaient comme dans une ruche, et

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Pas en affirmant que je

plaisir. Tous ma vie je me

suis profondémen réjoui des succès tant bonheur à tous.

La compagnie industrielle Gendron porte le nom de sen fondateur, décédé depuis plusieurs annéc: déjà. M. Dussault, son gendre, en continue les opérations sous la même raison sociale, avec

un français, M. Rochereau, comme ussocié.

Les affaires de cette compagnie sont florissantes, Les prejugés n’en entravent pas le succès, Preuve que partout où le bon sens domine, il est facile à des gens de races différentes de bien s’entendre.

Le bon sens, article rare mais si utile.

Thiers, l'illustre historien du Consulat et de l’Empire, a écrit un jour qu’au cours de sa longue carrière il avait ren-

contré bien des hommes supérieurs, brillants, mais que la qualité la plus difficile à trouver, c'était le bon sens. Il avait certes raison.

Pouvaient-ils se vanter d’avoir du bon sens ceux parmi nous qui se sont imaginés qu'ils forceraient Ontario à régler favorablement l’épineuse question scolaire en boycottant les produits de cette province et leurs vendeurs dans la nôtre ? Dans leur aveuglement, ils ne prévoyaient pas les représailles, et que, dans un pareil conflit, les plus forts seraient certains de l'emporter.

Nos ouvriers canadiens-français à Toronto, comme dans tout l’Ontario, sont très appréciés et très bien payés. Les gages élevés leur permettraient de faire de larges économies, ce à quoi ils ne pensent pas tous. L’abondance engendre gi facilement. l’imprévoyance.

C'est pour leur faire contracter l’habitude de l'épargne que M. le curé Lamarche, M. Dussault et autres s’occupaient,

ce ww 1!

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mon frère, M. Al-

de Lévis, à ce sujet.

’est tant dévoué, tant dépensé,

Pour cette œuvre éminemment patrioti-

que et nationale des Caisses Populaires,

qu’il m’est bien permis de joindre mes

félicitations à celles qu’il a reçues de

tous côtés. Si les liens du sang imposent

parfois une certaine réserve, ils ne doi-

vent pas défendre d’être juste et de savoir

reconnaître le mérite, surtout lorsqu'il est

si incontestable et si universellement admis

J’ai souhaité grand succès aux fondateurs de la Caisse populaire de Toronto, dans l'intérêt de nos compatriotes de l’opulente capitale ontarienne,

Un jour, j’eus le plaisir de rencontrer M. Adjutor Amyot, au “National Club”, fils de l’honorable G.-E. Amyot, conseiller législatif. Il était à Toronto s’occupant activement des affaires de la grande

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manufacture québecoise, fondée et dirigée par son père avec tout le succès connu, non-seulement au Canada, mais aussi dans toute l'Amérique, et même en Australie. Il me confirma, ce dont je fus très heureux sans en être surpris, que l’importante maison :—“Dominion Corset Company” a les relations d’affaires les plus satisfaisantes, sous tous les rapports, à Toronto. Tous ceux qui se donnent un peu la peine de se renseigner sur les progrès du mouvement industriel de notre province, savent quels avantages nos manufacturiers,—et leurs nombreux ouvriers,-trouvent dans le marché grandissant d’Ontario et de tout l'Ouest Canadien.

Seul le fanatisme le plus étroit pouvait assez détruire le sens commun pour proposer à nos compatriotes de rompre toutes relations d’affaires avec nos concitoyens anglais des autres provinces, pour les contraindre au règlement des questions

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scolaires Ontarienne et Manitobaine et les obliger tous à apprendre le français.

La meilleure preuve que je puisse donner de mon dévouement à la cause de l’enseignement du français au Canada, suivant les droits q! nous sont garantis par les traités et par notre grande charte constitutionnelle, interprétés largement et avec le sens politique le plus éclairé et le plus juste, c’est que je ne voudrais pas, Pour aucune considération, exploiter cette brûlante question pour une vaine gloriole aussi intempestive que ridicule, pour l’odieuse satisfaction de poser en défenseur de droits certains sans m'occuper si, par mes actes et mes paroles, je les compromets et leur suscite des ennemis.

Sachons réclamer fermement la reconnaissance de notre langue et exiger que, dans tous les services publics, et semipublics, les officiers puissent parler, répondre, écrire aux nôtres en français.

Mais n’exagérons pas en descendant à de futiles taquineries qui agacent les

nerfs de ceux qu’elles irritent, et font perdre toute chance de les persuader en gagnant d’abord leurs sympathies.

Si ce n’était entrer dans trop de détails, j'amuserais à coup sûr mes lecteurs— tous intelligents, j'en suis certain—en leur racontant ce que j’ai appris à Toronto sur les faits et gestes de certains extrémistes de notre province, facilement endoctrinés par de prétendus habiles, dans leurs rapports d’affaires avec des maisons d’Ontario.

Tel faisait l’outragé d’avoir re u une circulaire en langue anglaise, la renvoyait avec accompagnement d’injures à l’expéditeur et dans sa réponse brutale, ne respectait pas plus la grammaire française que les règles les plus élémentaires du sayoir-vivre.

Et ce parvenu gonflé s’imaginait avoir fait acte de grand patriote et avoir rendu un service signalé à sa race.

Je suis en correspondance suivie avec le distingué professeur John Squair, de

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une longue et Il a enseigné notre langue pendant trente

quelle correction, quelle élégance, quelle facilité !

Je suis flatté, honoré, du compliment.

Je le paie de r:tour

en lui répondant en

anglais. Je plaindrais l’extrémiste qui me le reprocherait, prouvant ainsi qu'il serait aussi dépourvu du sens des con nances qu’incapable de secouer le tisme qui atrophie son cerveau.

vefana-

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