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CHAPITRE XII AMIS DE NOTRE RACE

Avons-nous raison d’espérer trouver chez la grande majorité de nos voisins :

d'Ontario la bonne volonté et les excellentes dispositions nécessaires au rétablissement de cordiales relations ? L'harmonie dans l'union des esprits et des cœurs est-elle possible ?

Je le crois sincèrement. Je le souhaite ardemment, Je suis déterminé à y contribuer avec toute l'énergie et l’activité d’un patriotisme persévérant, avec tout l’enthousiasme que mon âge avancé, loin d’amoindrir, ne fait qu’accroître, à la vue du bien à accomplir, du but si louable à atteindre.

Durant mon séjour prolongé à Toronto, j'ai recueilli, avec la plus vive satisfaction, des preuves nombreuses de bon vouloir se traduisant par des actes importants, par des travaux très méritoires,

Nous avons certainement des amis sincères et nombreux à Ontario. Plusicurs s’affirment, avec une initiative qui mérite toute notre reconnaissance, les défenseurs énergiques de notre race. De plus, —ce qui doit nous inspirer grande confiance—ils s'adressent, dans des œuvres remarquables, à un public qu’ils étaient loin de supposer aussi sympathique à ceux pour lesquels ils plaïident la cause et demandent justice.

Au dîner de bienvenue qui me fut donné au “National Club”, qui compte plus de 1500 membres recrutés parmi l'élite de la population torontonienne et des autres principales villes de la province—professionnelle, financière, industrielle, commerciale—j'ai été hautement honoré de la présence de Monseigneur McNeil, Archevêque de Toronto. Je m'étais bien proposé d'aller présenter mes plus respectueux hommages à Sa Grandeur. Monseigneur me prévint très cordialement en m'invitant à lui faire visite. Comme

bien l’on pense, je me suis rendu avec empressement à son désir, qui venait très à point au-devant du mien.

Sa Grandeur m’a accordé une entrevue que son amabilité si courtoise a prolongée plus d’une heure durant. Quel entretien réconfortant nous avons eu !

Monseigneur McNeil m’a parlé avec une réelle affection de nos compatriotes, m'a dit combien il s'intéressait à leur avenir, tout le bien qu’il leur voulait, qu’il priait Dieu de les bénir eux etleurs descendants. Il m'a informé que très souvent encore il recevait des renseignements précieux qui le persuadaient que la visite de la nombreuse délégation de cultivateurs canadiens-français qui est allée rencontrer les cultivateurs ontariens, l’année dernière, a produit l'effet le plus favorable, et laissé dans l'esprit de cette très importante partie de la population de sa province le meilleur souvenir. Toute la presse d’Ontario a commenté l’heureux

événement dans les termes les plus appréciateurs. |

Monseigneur MeNeil m’a exprimé son souhait ardent que de semblables rapports entre les citoyens des deux provinces se multiplient. Il en augure, avec infiniment de raison, les meilleurs résultats. Il y voit le gage assuré de la restauration de la BONNE ENTENTE et de l’harmonie, si nécessaires à l’avenir de tous. Il m’a prié avec effusion de faire part à nos compatriotes de ses souhaits, de ses désirs, de ses vœux. Jeleluiaipromis avec une profonde reconnaissance.

Avec quel vrai bonheur j’accomplis ma promesse, et je dis aux nôtres qu’à la tête de leurs amis dévoués je place l’éminent archevêque de Toronto.

Nous avons aussi de vrais amis dans la majorité protestante d'Ontario.

M. le professeur John Squair, de l’Université de Toronto, m’honore de sa plus franche amitié. C'était pour moi un profond plaisir —toujours nouveau—de le

visiter souvent pendant mon séjour à Toronto.

Ce professeur si distingué, —âme d’élite —8 enseigné la langue française trentetrois années durant à la grande Université de Toronto. Pour un homme comme lui, le professorat était un véritable apostolat. Ce qu’ila fait pour inspirer à sesnombreux élèves l’amour du doux parler de Friuce lui mériterait une superbe statue. A défaut du monument de marbre, proclamant à tous son mérite, nous devons lui vouer dans nos cœurs une vraie reconnaissance, aussi durable que les bienfaits dont il restera l’auteur éminemment fécond. É

Comprenant toute l'importance pour ses élèves de bien connaître les monuments impérissables de la littérature fran- Gaise, il a réussi à obtenir des autorités de l’Université de Toronto la création d’un département français dans la superbe bibliothèque universitaire.

Avec quel soin vraiment paternel, avec

quel dévouement, il a, des années durant, perfectionné ce département français, où il a réuni les chefs-d’œuvres des plus illustres écrivains de notre chère France !

Le professeur Squair a stimulél’ardeur de ses élèves à l'étude de la langue française par La fondation de plusieurs prix, légitime récompense de leurs succès.

L'éminent professeur écrit et parle beaucoup en faveur de l’enseignement du français. A deb articles dans la presse de Toronto, il ajoutait encore récemment une très importante brochure cireuléeà un grand nombre d'exemplaires dans la province et dans tout le pays.

“THE CLASH”

Ce très remarquabie ouvrage est bien connu. Il a trouvé un grand nombre de lecteurs dans notre province.

J'ai fait la connaissance de son auteur, M. W.-H. Moore, à Toronto. Je l'y ai rencontré souvent pendant mon séjour.

Tout ce qu’il m’a dit au cours de nos entretiens marqués d’une franche et réciproque amitié, m’a confirmé dans l'opinion que la lecture de son livre intéressant m'avait formée. Le distingué auteur,

comme son œuvre le prouve, souhaite

l’harmonie entre les deux grandes races au Canada. Pour l'obtenir, il veut que la majorité de langue anglaise rende pleine justice aux nôtres dans l'Ontario et partout dans le pays.

Les nombreux milliers du volume de M. Moore—plus de 10,000—qui ont trouvé des lecteurs aussi empressés qu’intéressés à Ontario, prouvent le succès de l'auteur. Les éditions se multiplient.

Une nouvelle devait être prochainement livrée à la publicité lorsque j'ai quitté Toronto.

Je n'ai pas besoin d'affirmer que M.

Moore a plaidé notre cause avec talent, le plus large esprit de justice, et beaucoup d’élévation. Il a prouvé toute l’impor-

tance des travaux de notre race dans la

D. TNT PS

colonisation et !: ‘développement des ressources du Canaux. Il a soutenu avec force que le sublime rôle de nos missionnaires, l’héroïsme de nos ancêtres, l’œuvre de nos défricheurs et de nos explorateurs, nous donnent le droit le plus incontestable à notre existence nationale sur le sol canadien, sur ce vaste territoire américain que des nôtres ont parcouru en tous sens, défendu contre la barbarie indienne, arrosé de leurs sueurs et de leur sang.

M. Moore n’a pas déposé sa plume habile, juste et patriotique. Nous pouvons compter sur lui.

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