UN PROGRAMME
En décembre dernier, le comité exécutif ontarien de la “Bonne Entente” définissait, dans la série de propositions suivantes, le programme de ses travaux futurs qu’il souhaitait activer le plus
tôt possible.
(A)—Organisation par laquelle des :
ORATEURS”” — ‘‘SPRAKERS” — adresse-
raient la parole à des réunions publiques
dans les deux Provinces d’Ontario et de Québec.
(B)—Echange d'articles de journaux des deux provinces.
(C)—Echange de brochures—dans les deux langues.
‘ (D)—Enquête sur l’état présent des écoles françaises —anglaises—écoles bilingues—à Ontario.
(E)—Organisation de Bourses—scholarships—pour encourager l’enseignement de l'anglais dans la province de Québec,
(F)—La publicatie a en volumes des discours faits sous les . 8pices de la ‘“Bonne Entente” dans G.s visites inter-provinciales.
Il est certain que la mise à exécution de ce Programme produirait d’excellents résultats. Les citoyens des deux provinces vivent trop isolés les uns des autres. Il s’en suit qu’ils ne se connaissent pas assez, qu’ignorant leurs bonnes qualités — assurément nombreuses — ils
sont portés à s’exagérer leurs défauts, bien moins graves qu'ils le supposent. Et les extrémistes, toujours sur le qui-vive, ont beau jeu de nier les unes et de grossir les autres. Ainsi se créent, se développent, se propagent des préventions qui tomberaient aisémentsous l'influence bienfaisante de relations suivies, qui deviendraient vite amicales en substituant la confiance réciproque à la défiance mutuelle.
A preuve l'effet si heureux de la rencontreà Ottawa, le printemps dernier, des nombreux cultivateurs éanadiens-fraiçais avec ceux d’Ontario, dans la grarde convention qui a fait époque et laissé de si bons souvenirs.
Monseigneur l’Archevêque de Toronto, dans l’entrevue qu’il me fit l'honneur, et eut la bonté, de m’accorder, me disait combien il était heureux de constater, encore tous les jours, que le contact des représentants de la classe agricole des deux provinces, délibérant, avec le meil-
leur esprit, sur leurs intérêts communs, avait produit de très bons fruits qui promettaient d’être durables.
Il m'’assurait que nos braves cultivateurs avaient fait la meilleure impression sur leurs confrères d'Ontario qui en parlaient avec beaucoup d’éloges. Il m’exprimait le désir de voir ces visites se répéter, ces relations se continuer, parce qu’il en augurait d'importants résultats bien favorables au rétablissement de la concorde entre les deux provinces.
Causant du premier article du programme formulé par le comité Exécutif ontarien de la ‘“‘Bonne Entente”, plusieurs citoyens de Toronto me dirent que nous, de la province de Québec, avions sur eux, d’Ontario, le grand avantage de pouvoir parler l’anglais publiquement, tandis que personne, à peu d’exceptions près, parmi eux, pouvaient s'adresser en français à un auditoire de notre province. Je leur répondis que par le fait qu’ils déploraient, ils reconnaissaient l'extrême importance,
pour tous nos hommes publes, nos professionnels, nos hommes d’affaires, de parler et d'écrire les deux langues officielles au Canada. J'étais heureux d'ajouter que, toutefois, la difficulté qu’ils me signalaient n’était pas aussi sérieuse qu'ils le croyaient. Je les rassurai en leur affirmant que leurs “ SPEAKERS ”’—“ ORA- TEURS ’—pouvaient sans crainte venir adresser: publiquement la parole en ahglais à nos auditoires canadiens-français, certains qu'ils seraient d'être parfsitement compris. En effet, il est bien connu qu’un SPEAKER anglais parlant à une réunion publique à Québec, à Montréal, Lévis, Trois-Rivières, Sherbrooke, St.
Hyacinthe, St. Jean, Valleyfield, Hull, Joliette, Shawinigan, Grand-Mère, Fraserville, Rimouski, partout dans la région des cantons de l'Est, Coaticook, Richmond, Farnham, Magog, etc. etc., est très bien compris par nos compatriotes.
Il suffit, leur disais-je, qu’il puisse le mieux
qu’il le pourra articuler quelques mots en français, les bons canadiens, toujours si sensibles à tout acte de considération, de déférence, seront enchantés du compliment, accueilleront l’orateur avec chaleur et seront tout oreilles pour écouter son, discours anglais. 1] constatera lui-même qu'il est bien Compris par les applaudissements qui le salueront s’il sait parler à leur intelligence et à leur cœur le langage patriotique qui les enthousiasme toujours.
Qu'il leur affirme qu'il est leur ami; qu’il souhaite l'épanouissement de leur racesur le sol arrosé du sang de leurs héros et de leurs martyrs, défrichés par leurs courageux ancêtres ; qu’il veut que partout, au Canada, leurs enfants apprennent, à l’école comme au f
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velle force dans les Rocheuses altières, vibrer jusque sur les rives du Pacifique.
Le secret de la ‘Bonne Entente’ est là.
Pourquoi tous ne voudraient-ils pas le pénétrer, et le faire patriotiquement servir à asseoir l’avenir du Canada sur les. bases les plus solides ?