S 62. LE CARACTÈRE DES DIFFÉRENTS VERS GRECS OU LATINS
L'auteur continue celte discussion adniirative et oujours sans comprendre davantage ce qu'il dit. « Le ^ers hexamètre, écrit-il, a quelque chose de grave t de majestueux, mais il devient plus simple et plus amiliersi on lui associe le vers pentamètre. L'alcaique, surtout quand il est soutenu par les deux espèces dil- 'érentes devers qu'on y joint, est plein de force et de grandeur. Au contraire, le vers sa[thique n'a rien que de doux et de coulant, et il tire beaucoup de grâce du vers adonique qui termine la strophe. A examiner la cadence du vers phaleuque, on dirait qu'il est fait exprès pour le badinage et pour l'amusement. >•
Je dirai tout à l'heure à quoi se réduit tout ce verbiage. Je remarque pour le moment que ce qui est dit de riiexamèlre et des distiques, nous est attesté par les anciens eux-mêmes, en particulier par Ovide dans ses Amours (I, i). Nous pouvons donc le croire, quoique nous ne le sentions pas précisément comme nous sentons nos propres vers. Mais la suite n'a pas de bon sens. « Le vers alcaïque, dit Rollin, est plein de force et de grandeur. » — Voici un alcaïque.
Velox amœnum ssepe Lucretilem....
En quoi ce vers est-il pour nous plus grand et plus fort qu'une ligne de prose d'égale dimension ?
« Le vers saphique, ajoute-t-il, n'a rien au contraire, que de doux et de coulant. » — Voici un vers saphique.
Vidimus tlavura Tiberim relorlis...
En quoi est-il moins grand ou moins fort, en quoi estil P us doux ou plus coulant que le vers alcaïque cité tout a l'heure ? ^
Je sais bien que Rollin ajoute à l'alcaïque les deux vers qui le suivent, et aux trois saphiques qui commencent la strophe latine, l'adonique qui la termine- et cela seul prouve qu'en nous parlant de ces deux vers il a eu surtout en vue les strophes du même nom : mais n est-ce pas déjà une faute inexcusable chez un métricien d'attribuer aux vers isolés ce qui ne convient qu'à leur ensemble? Que dirait-on chez nous d'un prosodiste qui nous donnerait le vers de trois pieds et demi comme plein de majesté, parce qu'il y a chez Malherbe et chez Rousseau des odes très-majestueuses écrites dans ce mètre?
Ce qui est dit du vers phaleuque, plus correctement nomme Phalécien ' est une autre puérihté. Voici un vers phalécien :
Veranni omnibus e raeis amicis.
Qu'y a-t-il là dedans de spécialement propre au badinage et à l'amusement ?
Il n'y a donc dans toute celte doctrine du bon recteur, qu'une confusion perpétuelle du prétendu caractère physique des vers examinés, avec la signification morale des pièces où ces vers entraient. Horace a en effet composé ses odes les plus grandioses en strophes alcaïques ; il en a composé plusieurs en strophes saphiques, qui sont d'un genre plus doux et plus coulant. Catulle et Martial, qui ont souvent employé le vers phalécien, l'ont fait entrer dans des pièces badines- et Rollin s'est imaginé qu'il fallait trouver dans la su'ite des syllabes formant chaque vers, l'expression en quel-