‹ L'Harmonie du langage chez les Grecs et les Romains, ou, Étude sur la prononciation de la prose élevée et des vers dans les langues classiquesChapitre 9 sur 82 · Cours supérieur de grammaire , 1. I, ch. vi · texte numérisé non relu

Cours supérieur de grammaire , 1. I, ch. vi

3. C'est là tout ce que fait et doit faire notre h aspirée. Quelques personnes qui pensent qu'elle doit avoir un son particulier, exagèrent leur prononciation dans certains mots qui peuvent exprimer un sentiment passionné. Elles citent comme exemples ?a /î/i/iat ne, je le hhhais, en forçant comme je le marque ici, la consonne initiale. Elles ne fout pjs attention que ce forcement de la voix représente, non pas le son de la lettre, mais l'énergie de Icui sentiment actuel. Qu'elles essayent de prononcer de même des mots indifférents comm» le hameau, le harevg, le haricot, elles verront tout de suite combien

Je n'ai pas besoin d'ajouter que m, n eign sont d^'s nasales; b,p,d,t,g,kôc.s inuolles; v yf, z,sj ,ch des sifjlantcs; qu'enfin b, d,g, v, z, j sont des consonnes douces ou faibles, et p, t, k, /", 5, ch, des fortes. Ces dislinctiuns sontadmises à peu près partout; et les noms sont ox|)li qués dans les grammaires philosophiques.

Plusieurs de ces articulations manquaient aux Grecs. Ils n'avaient pas le v, puisque les noms lalins connne Varro, Virgilius sont traduits en f^i'ec tantôt par ou, tantôt par ê; Oùtxppwv, Bipyi^^ioç. Ils n'avaient p;is Vf, puisque Cicéron se moquait d'un témoin grec qui ne pouvait prononcer le nom latin de Fundanius qu'en donnant à Vf le son du 9 *.

Les Grecs avaient-ils le 2? Je le crois, quoique le Ç nous soil donné et que nous le prononcions comme une lettre double. Les GreCvS modernes donnent le z pui ; et il paraît bien probable que les anciens le donnaiciit aussi.

Mais ils n'avaient ni nos consonnes chuintajil.'s; et 'II, ni la palatale nasale gn, ni la liquide ill. Cette dernière, très-commune en espagnol, en italien et en français, n'est pas toujours bien prononcée chez nous. Beaucoup la confondent avec le mouillé faible rej)ré-sente par y, et prononcent meilleur^ pillé, comme s'il y avait mé-yeur, pi-yè. D'autres la prononcent comme s'il ■y avait une / suivie de Vi, mé-lieur, pi-lié. Ces deux prononciations, surtout la première, sont fautives. Ul pure se prononce en appuyant le bout de la langue sur les

cette aspiration est mauvaise. Il n'y a donc dans leur manière d'aspirer la haine et je le hais que l'expiession d'un sentiment qu'elles éprouvent ou veulent figurer, et non une règle générale de la langue française. Cela devient évident du reste, si ces mots haine et hàir entrent par exemple dans un dictionnaire où on les lit sans les appliquer à personne : on prononce simplement ène et air. 1. QuiNTiLiEN, Inst. orat., I, iv, n" 14.

dents d'eu haut; et le mouillé fort ill laisse le bout de la langue sur les dents d'en bas, et appuie le milieu sur celles d'en haut, bouillon, tailleu7\ C'est le gli des Italiens, où la palatale g montre bien qu'en effet la langue se rapproche du palais.

Ce que les Grecs avaient de plus que nous ce sont les trois aspirées ©, /, 6. Il est visible par l'exemple cité de Gicéron que le -p n'avait pas le son de Vf latine, que c'était un son plus rude, quoiqu'il soit devenu exactement le même chez les Grecs modernes. Le / est resté un peu aspiré chez eux et répond au c/i allemand. Le 6 devait être aspiré aussi, et ne pas répondre comme dans le romaïque au th anglais, qui n'est qu'une s prononcée avec le bout de la langue entre les dents. Car dans ce système, il n'aurait pas été plus aspiré que le S qui est aujourd'hui le th anglais faible.

Les Grecs avaient encore l'esprit rude opposé à l'esprit doux, qu'on a quelquefois assimilé à notre h aspirée. Quelle qu'ait été sa signification première, elle a disparu aujourd'hui; l'esprit rude n'est qu'un pur signe orthographique, comme autrefois Yh en italien et en espagnol, et Vh muette chez nous.

De tout cela il faut conclure que les aspirations véritables, celles qui consistent dans un effort du gosier pour donner un son dur à la consonne émise, tendent constamment à s'effacer des langues à mesure qu'elles s'adoucissent et se perfectionnent. Les aspirées du grec ancien et l'esprit rude, s'ils avaient dans le principe un son très-distinct des muettes correspondantes et de l'esprit doux, l'ont certainement perdu plus tard, ou y ont substitué des sons moins durs, et qui se rapprochent des nôtres.

Les Grecs avaient trois consonnts doubles, entre lesquelles le ^ que les Latins leur ont emprunté et que

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nous avons reçu des Lutins : mais si celle articulation double a seule une ligure particulière dans l'a-, les Grecs, les Latins et nous, avons en t'ait toutes les combinaisons que l'on [)eut faire d'une consonne avec uneautre, pSf tSfSp, st, e[c. , (\dnspsaume, tsar, spacieux, stance,clc. Nous avons des consonnes triples dans extase (ecstase), soustraire^ etc.; quelquefois même des consonnes quadruples comme dans extrême (ecsirôme), etc. Les Lalins et les Grecs les avaient comme nous.

Voilà donc les sons admis dans les trois langues dont je parle. Ils ne sont pas exactement les mêmes; mais en somme, nous en avons plusieurs que les Grecs et les Romains n'avaient pas; et ceux qu'ils avaient de plus que nous, ont disparu petit à petit de I leurs langues, de sorte qu'on ne les trouve plus ni dans le romaïque ni dans l'ilalien.

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