AVANT-PROPOS
En prenant la plume , je voulais n’écrire que quelques pages et me borner à discuter les objections dirigées par M. Saisset et M. Janet contre la philosophie hégélienne. Mais il s’est trouvé que la discussion m’a entraîné au delà de la limite que je m’étais d’abord marquée, et que ce qui ne devait être qu’une brochure a pris les proportions d’un livre. Comment s’est opérée cette traiisformalion, c’est le livre lui-même qui l’apprendra au lecteur.
On sera peut-être surpris de voir qu’à mesure que j’avance l’encre de ma plume prend une couleur de plus en plus foncée. C’est cependant assez naturel. L’ardeur des combattants s’anime avec le combat. Il y a dans ses adversaires des traits qui échappent lorsqu’on en est éloigné, et qu’on découvre à mesure qu’on s’en approche, et qu'on se prend corps à corps avec eux. Et puis, lorsque pendant le combat de nouveaux adversaires
descendent dans l’arène, il faut redoubler les coups et frapper plus fort, si l’on veut en sortir avec honneur. C’est là ce qui m’est arrivé, et c’est ce qui expliquera pourquoi j’ai trempé ma plume dans une encre de plus en plus foncée. Qu’il me soit cependant permis d’exprimer la confiance que si l’encre de ma plume a par fois une teinte trop noire, elle n’en contient pas moins une bonne dose de la teinte contraire, je veux dire qu’elle est claire aussi.
Milan, le 23 avril 1861.