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CHAPITRE PREMIER

Newton et Hégel.

Dans deux écrits récemment publiés (1) M. Janet et M. Saisset se sont occupés de Hégel , et à cette occasion ils se sont également occupés de mes travaux sur la doctrine et les œuvres de ce philosophe. Pour ce qui me concerne personnellement, Je n’ai qu’à les remercier d’avoir bien voulu attirer l’attention sur mes écrits. Mais, pour ce qui concerne le fond même de leurs observations, qu’il me soit permis de dire que je suis loin , fort loin d’en reconnaître la justesse. J’ajouterai même que si leur critique a produit un effet sur moi , ç’a été de me raffermir dans ma conviction, qu’en dehors de l’hégélianisme, ou, pour

(t) Etudes sur la Dialectique dans Platon et dans Hégel, par Paul Janet. Paris, chez Ladrange — Leibnitz et Hégel, d’après de nouveaux documents , par Emile Saisset. Revue des Deux Mondes. ('IS décembre 1860).

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employer une expression plus indépendante, de l’idéalisme absolu , il n’y a pas de grande et vraie philosophie. Cette impression que la leeture du livre de M. Janet avait déjà laissée dans mon esprit , l’écrit de M. Saisset l’a, pour ainsi dire, doublée. Et c’est ce qui me fait prendre la plume aujourd’hui. Cependant , ce n’est qu’à mon corps défendant que je la prends , d’abord parceque j’ai peu de goût pour la polémique; car quelque modération et quelque tempérament que l’on y mette, on est toujours emporté, même malgré soi, au delà de la limite, et il s’y glisse un ton, ou des expressions qui font croire qu’on obéit plutôt à des préoccupations personnelles qu’à l’amour désintéressé de la vérité. Je me disais ensuite que pour ceux qui ne sont pas initiés à la doctrine hégélienne les observations nécessairement incomplètes que je pourrais présenter dans quelques pages ne les éclaireraient point sur le mérite de la question, et que, par suite de la profondeur et de la complexité de cette doctrine , elles pourraient même produire dans leur esprit une impression contraire à celle que j’aurais voulu y faire naître ; tandis que pour ceux qui ont donné une attention sérieuse, soit a cette doctrine, soit a mes trivvaux, j’avais la confiance qu’ils pourraient trouver par eux-mêmes les arguments propres à éclaircir les difficultés, et à combattre les ob}ections soulevées dans les deux écrits en question. Enfin, il me répugnait d’engager une polémique avec deux hommes auxquels m’unissent les liens d’une vieille confraternité, et pour lesquels je n’ai personnellement que des sentiments de sincère estime et de vraie sympathie. C’est, je dois le dire, un passage de l’écrit

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de M. Saieset qui a fait taire ces scrupules, et a mis un terme à mes hésitations. Ce passage le voici, u Suivant lui (Hégel) dit M. Saisset, l’homme est le dernier mot de la nature, et la terre est le séjour nécessaire de l’esprit universel. Cette idolâtrie de l’homme est poussée h. un tel point que Hégel n’a jamais admis le système de Newton, qui fait de la terre une planète, et qu’il a toujours considéré le système de Ptolémée, qui place la terre au centre, comme plus philosophique. Ceci touche au ridicule. ^lais c’est le propre de certains esprits de ne pas s’arrêter devant le ridicule, qui n’est, après tout, que le sourire du sens commun. Aussi bien, tout panthéiste conséquent doit s’étonner que l’homme habite une planète aussi modeste que la terre, et il y a dans le système de Newton une grande leçon pour l’esprit humain, rt J’ai dû, je l’avoue lire et relire plusieurs fois ce passage pour m'assurer que mes yeux ne me trompaient pas, et que c’était bien de Hégel, do C. W. F. Hégel, de mon idole (car M. Saisset m’appelle un dévot de ce philosophe, qualification dont je Je remercie, et dont je m’honore), et non d’une contrefaçon du véritable Hégel, ou d’un Hégel qui n’existerait que dans la fécondé imagination de mon honorable adversaire. Et cet étonnement a été d’autant plus grand que je suis en ce moment occupé à mettre la dernière main à mon travail sur la philosophie de la Nature (œuvre originale et profonde, où non seulement les philosophes mais les physiciens eux-mêmes ont beaucoup ù apprendre, ainsi que j’espère le démontrer dans ma prochaine publication) , que ma pensée en est pour ainsi dire remplie, et que tous les détails des théories hégéliennes sont présents

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à mon esprit. Ce qu’il y a de certain c’est que si l’on met ce passage en regard de la théorie hégélienne, la conclusion à laquelle on est forcément conduit est que ce n’est pas au véritable Hégel qu’ il peut s’appliquer.

En outre, il me semble qu’en tout état de cause le mot ridicule devrait être employé avec une extrême reserve, mais qu’il faudrait le bannir du vocabulaire lorsqu’il s’agit d’un homme de la taille de Hégel; et surtout, en l’employant, on devrait bien prendre ses précautions pour que le ridicule ne retombât pas sur nous. Où M. Saisset a-t-il trouvé que Hégel rejette le système de Copernic et: de Newton, et qu’il nous ramène au vieux système de Ptolémée ? Où, dans quel livre a-t-il puisé cette étonnante révélation ? Est-ce qu’il l’aurait puisé à la même source d’où l’on tire certains mots qu’on colporte pour tourner en ridicule sa doctrine, comme lorsqu’on lui fait dire qu’il n’ y avait qu’ un seul disciple qui l’eût compris, lequel ne l’avait pas non plus compris, ou bien lorsqu’on lui fait comparer les étoiles à une efflorescence de la peau ? Mais M. Saisset est trop conscientieux et trop sérieux pour aller démander ses renseignements à de pereilles sources. Et cependant sa révélation est encore moins fondée que ces mots qu’on attribue à Hégel (1) En effet, si avant

(1) El, en ellel, si l’dn considère le rapport du maître et de l’élève, et la difficulté qu’il y a pour le maître de communiquer sa pensée, et pour l’élève de la saisir, difficulté qui naît de l’imperfection de l'instrument par lequel la pensée peut être communiquée, ainsi que de l’inégalité de l’intelligence du maître et de l’élève, si l’on considère, dis-je, les conditions de ce rapport, on verra que ce mol qu’on attribue à Hégel (qu’il l’ait, d’ail-

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de nous la faire, il avait éprouvé quelque doute , et qu’il eût voulu l’éclaircir, comme c’était, je crois, son

leurs, ou qu’il ne l’ait pas prononcé), et qui paraît si étrange aux esprits superficiels, peint au contraire admirablement le rapport du maître et de ses disciples. Ceux-ci, par cela môme qu’ils sont ses disciples, ne peuvent pas saisir sa pensée dans toute son étendue et dans toute sa profondeur. Parmi eux il y en a un dont la pensée approche le plus de la pensée du maître , sans cependant pouvoir la saisir complètement. C’est, si puis dire ainsi, le disciple bien aimé. Le génie doit , par la-méme qu’il est le génie, être, jusqu’à un certain point, inintelligible. H n’est pas inintelligible parcequ'il ne s'entend pas lui-rnémc, ou parceque ses pensées sont inintelligibles , puisque le faux lui-même est intelligible, mais parceque ses pensées ne peuvent pas devenir complètement les pensées d’une autre intelligence, du moins pour un temps, car dans la suite des temps elles le deviennent, et elles sont même complétées et dépassées. Est-ce que Platon ne nous enseigne pas, bien que sous une autre forme, la même chose, lorsqu’il nous dit (Rep. L. I, et Timée) que, si la connaissance de la nature divine est difScile, il est non seulement difficile, mais impossible de la communiquer à tous? Et le Christ lui-même ne se plaint-il pas que ses disciples n'entendent pas complètement le sens de son enseignement 7 — Voy. S. Math. XVI, 9-12, 23, S. Luc, XVIII, 54, S. John XVI, 12-13. - Quant à l’autre mot, il se trouve, il est vrai, dans sa phüosophin de la Nature, mais lorsqu’on le voit à sa place, et comme résultat d’un système d’idées , il n’est pas moins exact que le précédent, et il exprime très-bien la pensée de Hégel. Ce mot s’applique aux étoiles , mais plus encore à la matière nébuleuse. . Celte expension , ou éruption de lumière (Licht- Ausschlag) dit Hégel, (Phil. de la Nature g 268, p. 92) doit si peu nous étonner qu’une éruption de la peau dans l’homme , ou qu’uii essaim de mouches. » Et, comme, à ce qu’il paraît, celle expression fit du bruit, il y revient plus loin en traitant de la nature organique (| 341, p. 461). • On colporte, dit-il, dans la ville que j’ai comparé les étoiles à une éruption dans

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devoir, il aurait vu que Ilégel admet parfaitement la théorie newtonienne du double mouvement de la terre et des planètes, je veux dire, du mouvement autour de leur axe et autour du soleil, et que non-seulement il l’admet, mais qu’il a besoin de l’admettre pour la justification et la démonstration de sa théorie de la terre, puisque, dans sa pensée, une des perfections de la terre consiste en ce qu’elle est douée de ce double mouvement. Il y a, il est vrai, des points sur lesquels il n’est pas d’accord avec Newton, mais ces points ne concernent nullement la révolution de la terre autour du soleil. C’est la manière dont Newton a conçu l’attraction et la pesanteur, c’est l’importance exagérée qu’il a donnée aux mathématiques dans l’explication de la nature , c’est la part véritable qui revient à Kepler dans la découverte des lois du système céleste, et de l’attraction universelle, voilà les points principaux que Hégel a soumis à une nouvelle critique, et sur lesquels il s’écarte de Newton, et de la physique moderne. A-t-il raison , ou a-t-il

un corps organique, où à une infinité de points rouges apparaissant à la surface de la peau, ou à une fourmilière où l’on rencontre cependant déjà la marque de l’in tel ligence et de la loi, {worin auch Versland und Nolhwendigkeil ist; c’est-à-dire, la nécessité de la forme et des rapports, qui n’existe pas encore dans la matière diffuse). Ma pensée est qu’il y a plus de réalité dans l’être concret que dans l’être abstrait, et qu’une simple substance gélatineuse d’où se dégage l’animalité vaut mieux qu’un amas d'étoiles. • Ce qui est parfaitement rationnel, lorsqu’on considère la nature systématiquement. Car , de même qu’il y a plus de réalité dans la matière planétaire, que dans la matière diffuse, de même il y a plus de réalité dans l’animalité, que dans la matière purement planétaire et mécanique.

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tort? C’eat là une question dont l’examen trouvera naturellement sa place dans mon travail sur la philosophie de la nature, où j’espère établir que sur les points principaux il a raison. Mais en tout cas c’est là une question qui ne concerne nullement le mouvement de la terre autour du soleil. Car ce mouvement, je le répète, est un des points essentiels de sa théorie, bien qu’il y arrive par d’autres déductions, que par la déduction purement mathématique , et fondée sur la proportionnalité des masses. — Quant à l’autre reproche par M. Saisset adresse à Hégel, savoir, qu’il considère la terre comme le plus parfait des corps célestes, ce reproche est fondé en ce sans que telle est en effet l’opinion de Hégel. Mais qu’ y a-t-il, je le demande, de si absurde et de si contraire aux lois de la raison dans cette théorie, pour que 1\I. Saisset se soit cru obligé d’invoquer le sourire du bon sens à son secours? Et qu’ y a-t-il de commun entre le système de Newton et l’humilité de l’esprit humain ? Estce qu’il y a plus d’humilité en ce monde depuis qu’on a découvert que la terre tourne autour du soleil? Que la terre tourne autour du soleil , ou que le soleil tourne autour de la terre , que la terre soit la plus parfaite , ou qu’elle soit la moins parfaite des planètes, et des corps célestes, il n’ y aura, à sa surface, ni plus ni moins d’orgueil, ni plus ni moins d’ignorance, ni plus ni moins de sottise. C’est parcequ’on se laisse séduire par l’apparence, par l’opinion , par de vieilles habitudes d’esprit , et surtout parcequ’on n’examine pas la question systématiquement que la théorie hégélienne de la perfection de la terre paraît étrange. La terre tourne autour du

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soleil^ donc elle est moins parfaite que le soleil. Ou bien , la masse du soleil est un certain nombre de millions de fois plus grande que celle de la terre, donc celle-ci vaut moins que le soleil. C’est ainsi que l’on raisonne. Il est évident que ces raisonnements reposent, le premier sur le principe qu’il y a plus de perfection dans l’immobilité que dans le mouvement, et le second sur l’autre principe que la quantité est la mesure de la perfection. Mais d’abord il n’est pas vrai que l’être immobile vaille mieux que l’étre qui se meut , ou que l’être qui est doué d’un moindre mouvement, vaille mieux que celui qui est doué d’un plus grand mouvement. Il est des cas où l’immobilité vaut mieux que le mouvement, il en est d’autres, et ils sont les plus nombreux , où le mouvement vaut mieux que l’immobilité, ou qu’un moindre mouvement. On peut même dire qu’en général dans les choses de la nature, et même dans celles de l’esprit, le mouvement est pour nous le signe de la perfection. Un cheval qui l’emporte sur un autre à la course vaut mieux que celui qu’il laisse derrière lui. Nous condamnons la fénéantise et la mollesse, et nous admirons l’activité et l’energie de l’ame et du corps. Un peuple immobile est à nos yeux, et avec raison, une sorte de superfétation dans la grande famille humaine, un membre atrophié d’où la vie s’est retirée, et qui est un obstacle aux progrès de l’humanité, et à l'accomplissement des ses destinées. C’est ce qui fait que Sparte et Athènes , c’est-à-dire , les monuments et les souvenirs laissés par quelques milliers d’hommes qui ne sont plus vivent immortels dans notre pensée, et font, en quelque sorte , partie de nous mêmes , tandis que

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nous n’éprouvons que du dédain ou de rindiflférence pour ces vastes agglomérations d’hommes, qu’on appelle l’Inde et la Chine, qui ont précédé la Grèce, et qui lui ont survécu , mais dont la civilisation immobile est pour nous l’image de l’épuisement et de la mort. C’est que la force, la beauté et la perfection ne résident pas seulement dans l’immobilité et dans la masse ou la quantité, mais aussi, et avant tout, dans le mouvement, dans la mesure et la qualité. Un diamant a plus de prix qu’un quartier de roche ; c’est du moins ainsi que nous le jugeons ; et le général vaut, tout au moins, autant que son armée. La valeur d’un champ n’est pas seulement déterminée par son étendue, mais aussi, et surtout par sa fertilité, c’est-à-dire, par la qualité du sol. Et tel champ plus petit peut de beaucoup l’emporter en valeur sur un champ beaucoup plus grand ; de même que la valeur d’une œuvre d’art ne se mesure pas sur ses dimensions; car si nous suivions cette règle dans nos appréciations des œuvres d’art, il fondrait dire que l’art oriental vaut mieux que l’art grec ou chrétien. Enfin alors même qu’on admettrait que c’est la masse du soleil qui est la cause, et la seule cause du mouvement des planètes, ce qui n’est pas démontré — car il y a dans les planètes des mouvements qui ne peuvent pas être expliqués par les attractions solaires ; par exemple, l’accélération du mouvement des planètes autour de leur axe à mesure qu’elles s’éloignent du soleil — lors même, dis-je, qu’on admettrait que le mouvement de la terre est dû à la masse du soleil, il ne suit nullement que la terre soit moins parfaite que le soleil. Ce qui constitue la perfection d’un être

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c’est avant tout, je le répète, sa qualité; ce sont, en d’autres termes, ses attributs, ses modes et ses rapports. Plus un être est complexe, et plus il est parfait (1). Le minéral est plus parfait que l’être purement mécanique, l’être organique est plus parfait que le minéral , et l’être vivant est encore plus parfait que l’être purement organique, et l’être le plus parfait, VEns realissimum , est l’être qui enveloppe tous ces êtres et tous ces modes, ou degrés de l’existence dans son unité. Par conséquent, de ce que la masse du soleil l’emporte sur la masse du globe que nous habitons, l’on n’est nullement fondé à en conclure que le soleil est plus parfait que ce dernier. C’est même à une conclusion contraire que l’on arri\ e , lorsqu’on étudie la question systématiquement, et qu’on ne se place pas en dehors de la science, en se jettant dans le champ de l’imagination. Car le globe terrestre est un être plus complexe, et partant plus parfait que le soleil. Si sa masse est moindre, et s’il n’est pas lumineux comme lui, il a d’autres, et de plus nombreuses propriétés, qui, par cela-même qu’elles constituent son être, ne se retrouvent pas, et ne peuvent pas se retrouver ailleurs. Dans la nature, c’est-à-dire, dans un système bien ordonné, et dans une œuvre vraiment rationnelle, les êtres ne se répètent pas de tout point, et ils ne peuvent pas se répéter. (2) Car la répétition monotone et identique du même principe, ou de la même propriété dans les diverses sphères de la nature, non

(1) Voy. sur le point mon InlroducHon à la philosophie de Hégel. Ch. VI, § 5.

(2) Conf. mon Irilroduetion à la Logique de Hégel. Ch. XI , et mon Introduction à la philosophie de Hégel. Ch. IV, | 4.

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sealement est contraire à la notion même de système, qui suppose la différence et la variété dans l’unité , mais elle porterait, si elle était possible , le trouble dans le système entier (1). Ainsi la terre possède le double mouvement de rotation et de translation qui est une perfection par lui-même, et par ses rapports avec les autres parties, avec les saisons, l'alternation des jours et des nuits, etc.; elle possède une athmosphère, la solidité, l’opacité, la chaleur, le feu (qu’il ne faut pas confondre avec la lumière) (2), les trois

(\) Ainsi, par exemple, si la terre était un corps lumineux, comme le soleil, ou comme les étoiles, son économie générale en serait bouleversée. El ceci ne prouve nullement qu’elle est moins parfaite que le soleil, mais bien le contraire. Car cette absence de lumière propre amène en elle le mélangé , ou la succession de lumière et d'ombre, du jour et de la nuit, et toutes les conséquences concernant le règne végétal et animal qui s’ y rattachent.

(2) C’est une question de savoir si le soleil est un corps igné, par cela même qu’il est lumineux. Les deux arguments qui conduisent à penser qu'il est igné sont fondés l’un sur inexpérience et l’analogie, et l’autre sur le principe ordinaire de causalité. Comme dans le globe que nous habitons les corps lumineux sont chauds on en conclut qu'il en doit être de meme du soleil et des étoiles. Et comme la chaleur revient, ou augmente avec le retour du soleil sur l’horizon, on en conclut aussi que le soleil est la cause de ce phénomène, et parlant que c’est un corps à-la-fois lumineux et incandescent. Kepler s’était posé celle question , et voici comment il y répond : • Lucis proprium est calor : sydera omnia calefaciunl. De syderum luce clarilatis ratio testalur, calorem universorum in minort esse proportione ad calorem unius solis, quam ut ab homine, cujui est certa caloris mensura, ulerque simul percipi et judicare possit: De cieindularum lucula tenuissima negare non potes, quin cum colore sit. Fiount enim et motentur ; hoc aulem non sine

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règnes minéral, végétal, animal, etc., et enfin clic est le siège de l’homme et de la pensée, de cet homme

calefaelione per/icitur. Sed neque pulresccnlinm lignorum /ux $uo calore desliluilur; nam ipsaputredo quidam lenlus ignis est. Inest et stirpibus suus calor. • {Paralipomena in Vitell. Astron., pars oplica 1604. Prop. XXXII, p. 25. Cf. aussi Kepler, Epii. Astron. Copernicanae, 1618, I. I. Lib. I, p. 55). Si l'on examine altenlivement ce raisonnement du grand astronome on verra qu’il contient une espèce de pétition de principe. Car ce qu’il faut démontrer c’est précisément que la lumière et la chaleur sont inséparables partout, et absolument, parcequ’elles sont inséparables dans notre globe. Or, tout son raisonnement consiste a dire que les étoiles et le soleil possèdent la chaleur, et qu’ils la possèdent proportionnellement à l'intensité de leur lumière, pareeque dans tous les phénomènes qui se produisent dans notre globe, la lumière est accompagnée de chaleur; et il cite , comme exemple , — et cet exemple fait ici toute la force de l’argument — le ver luisant, et le bois pourri, qui, dit-il, contiennent eux aussi du calorique ; voulant dire, parla, qu’ils le contiennent, bien qu’ici l’o» ne rencontre pas le rapport ordinaire qui existe entre l’intensité de la lumière et l’intensité de la chaleur. Mais d'abord , on pourrait dire que si le ver et le bois luisants possèdent delà chaleur, c’est parcequ’ils font partie du système terrestre, et qu’ils la possèdent non pas en tant que luisants , mais en tant qu’êtres organiques, par exemple. Ensuite cet exemple va jusqu'à un certain point, contre la conséquence qu’on en veut déduire. Car si l'intensité Je la chaleur n’est pas proportionelle à celle do la lumière, ainsi que cel.i a lieu dans le ver et le bois luisants, il suit que les deux phénomènes ont deux sources distinctes, et qu’ils peuvent se produire séparément. En outre, l’expérience nous montre plutôt que le seleil n’est pas un corpe igné , qu’elle ne nous montre qu’il l’est. Car à mesure qu'on s’élève dans les espaces célestes, le froid augmente; et ce devrait être le contraire si le soleil était une source de chaleur. De plus, si l’on se représente la masse immense du soleil comme un corps

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et de cette pensée que M. Saisset paraît si effrayé de voir déifiés. Pour moi j’avoue que je ne partage

incandescent , et incandescent proportionnellement à sa masse et à sa lumière, on conçoit difficilement comment les planètes intérieures, Vénus et Mercure , et d’autres planètes plus rapprochées de lui, s'il y en a , comme il peut y en avoir, et surtout certaines comètes , telle que la comète d’Encke , et mieux encore, la grande comète de 1811 , pourraient résister à l’action de sa chaleur. On calcule que cette dernière comète, à son périhélie, est 166 fois plus près du soleil que la terre, que le diamètre du soleil y est vu sous un angle de plus de 75 “ , et qu’elle y est soumise à une action de la chaleur solaire 27,500 fois plus grande que celle qu'on épiouve sur la terre, c’est-à-dire, à une action capable de fondre et volatiliser la terre. Enfin il faudrait supposer que la substance solaire elle-même fut dans un état perpétuel de fusion, de volatilisation et de renouvellement, ce qui ne saurait se concilier avec la forme fixe et permanente du soleil, et cela en admettant même un noyau intérieur qui ne fût ni lumiueux ni incandescent. — Quant à l’autre argument , savoir que l'apparaition et la durée de la marche du soleil au-dessus de l’horizon ramène et augmente la chaleur, il prouve que le soleil est une des conditions de la production de la chaleur, ou d’une partie de la chaleur de notre globe , mais nullement qu'il est lui-même un corps igné. Il y a des effets, ou des phénomènes (et la plupart des phénomènes sont dans cette condition) qui sont le résultat de l’action combinée de deux forces, ou principes, de telle sorte que ce n’est ni l’un ni l’autre de ces principes, pris séparément, mais tous les deux, pris conjointement, qui sont les principes générateurs de ces phénomènes ; et d’un autre côté , par là-meme que le phénomène est le résultat de l'action combinée des deux principes, il y a en lui ce qui ne se trouve pas dans les deux principes. Tel est, par exemple , le rapport de l’enfant avec le père et la mère. L’enfant est autre que le père et la mère , et ceux-ci ne constituent le principe de l’enfant que conjointement. Il en est de même de

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non-seolement vulgaires , mais scientifiques et réligieux qui entourent cette question , sont aussi nombreux et aussi vivaces en Angleterre qu’ailleurs. Cependant ce voile était si transparent que personne ne se méprit sur le véritable auteur du livre, et que bientôt il n’ y eut plus de doute à cet égard. Or , l’auteur de ce livre n’est autre que le Rev. Whewel. Et s’il y en a parmi mes lecteurs à qui ce nom soit inconnu , je lui dirai , que M. Whewell est non seulement un des hommes les plus considérables de l’Angleterre par son savoir et par sa position sociale, que non seulement il est membre de l’église anglicane , et strict newtonien , bien entendu , mais qu’îl est le chef du premier collège de l’Université de Cambridge , et , qui plus est , du collège même d’où est sorti Newton, c’est-à-dire, du collège de la Trinité. M. Saisset peut voir par-là que, même aux yeux de l’église newtonienne, ce point de la doctrine de Hégel n’est pas aussi hétérodoxe qu’il a paru le ' croire. C’est ce qui me suffit aujourd’hui. Car lorsque nous aurons devant nous toutes la pièces du procès , je veux dire, la Philosophie de la Nature , non verrons si Hégel est justifié dans les objections qu’il adresse à d’autres points de la théorie newtonienne.

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