CRITIQUE DE M. JANET
Et d’abord, je commencerai par rappeler deux principes qui me paraissent bien simples , mais que M. Janet semble avoir oubliés, peut-être à cause de leur simplicité même. Le premier c’est, qu’avant de réfuter une doctrine, il faut l’entendre. La vieille logique nous l’apprend avec son ignoratio elenchi , et don Quichotte nous en fournit un exemple en se battant contre des moulins à vent. Le second c’est, qn’en réfutant une doctrine on ne doit pas sc servir d'une .'uitre doctrine qui est tout aussi contestable que celle que l’on réfute, mais d’une doctrine qui est incontestable , ou qui du moins n’est pas aussi contestable que celle que l’on réfute. A plus forte raison ne doit-on pas se servir, pour combattre une doctrine, d’une autre doctrine qui est plus contestable que celle que l’on combat. Ainsi, si pour combattre la logique de Hégel on se sert de l’ancienne logique, des règles de la conversion et de la proposition, ou de la définition, ou du syllogisme, Hégel pourra dire d’abord et avec raison, que logique pour logique, la sienne vaut autant que la logique ordinaire, et qu’il n’accepte pas, par conséquent, une critique fondée sur les principes de cette dernière. Bien plus, il pourrît dire que sa logique vaut mieux que l’ancienne , parcequ’elle est fondée sur la critique de l’ancienne logique. Et c’est précisément cette critique, que Hégel n’a pas développée, mais qui se trouve implicitement contenue dans sa logique , critique qui met au jour , comme je l’ai dit plus haut , tout ce qu’il y a d’insuffisant , de faux et d'illogique dans l’ancienne logique, c’est cette critique que j’ai faite dans mon Introduction à la Logique de Hégel; et cette critique, je le répète
CRITIQUE
tiucore, je la considère comme inattaquable et démonstrative, tant qu’on ne me démontrera pas le contraire.
Or, ce sont -ces. deux principes que M. Janet paraît avoir oubliés. Il n’entend pas ïïégel, et il dirige ses attaques contre une pensée, qui n’est pas la pensée de Hégel; et, de plus, dans ces attaques il se -sert d’une règle et d’une mesure dont ,il n’a pas le droit de se servir. Ces considérations s’appliquent surtout à sa critique du point de départ de la logique hégélienne, je veux dire, à l’être, au non-être et au devenir. Ce point, et un autre point concernant la conception hégélienne de l’être absolu, ou de l’Esprit du monde, suivant l’expression de Hégel, ce sont là les deux points qu’il a choisis et, si je puis ainsi dire, taillés dans le système entier pour en faire l’objet de sa critique, dans l’espoir, je suppose, que s’il parvenait à couper à la doctrine hégélienne les pieds et la tête, il n’en resterait que le tronc mutilé et sanglant. J’accepte la discussion telle que nous l’a faite M. Janet, espérant montrer, à mon tour, que les pieds et la tête tiennent très- solidement au tronc, mais me rappelant aussi, que, lors même qu’il faudrait se résigner à voir nous enlever de cette belle statue les pieds et la tête, il y a des torses qui valent, et que nous admirons tout autant que les plus belles statues. J’accepte donc la discussion telle que nous l’a faite M. Janet. Mais je ne puis en même temps m’empêcher de me plaindre un peu, et pour Hégel, et pour la science, du procédé, je ne dirai paa peu loyal, mais peu scientifique que M. Janet a cru devoir adopter dans sa critique. Si j’étais un de ces