HELLÉNIQUE
Cest la peut-être un des plus difficiles problèmes que soulevé 1 étude du monde antique. Limité à la période hellénistique, selon notre programme, il n'a fait l'objet d aucun travail d'ensemble ; on chercherait vainement une simple allusion dans les conférences de J. P Mahaffy ' • on peut glaner quelques remarques de détail dans Drovsen -' A. von Gutschmid ^ Bevan % Jul. Kaerst ^ ; mais' c'est tout. Aucun ne semble avoir même soupçonné qu'une question d'art comparé était impliquée dans le sujet. Pour en traiter vraiment, il faudrait une double compétence dans les choses grecques et celles de l'Orient. On ne trouvera donc ICI que de simples notes, d'un caractère tout provisoire et forcément décousues.
AVANT ALEXANDRK
Borné aux trois derniers siècles avant notre ère, le sujet serait tronqué et mal posé. L'influence réciproque entre
mj'" '"'"^'''^ "'' ''^"«««'« '•» Alexanders Empire. Chicago-London. 2. Histoire de IHellénisme. trad. Bouché-Leclercq, Paris, 1883-85
01» -i/m Vntergang der Armciden, Tûbingen, 1888. ♦• The House of Seleueus. London, dSOÎ
278 l'hRLLÉNISATION DU MONDE ANTIQUE
Hellade et Iran remonte bien plus haut qu'Alexandre, et les projets du conquérant en ont été facilités. Laissons la Chaldée et TAssyrie ; tous les manuels d'histoire de Part, avec quelques menues discordances, résument l'apport de ces contrées à la Grèce archaïque. Ils signalent moins régulièrement les traces bien plus légères, et fugitives, de « l'action en retour », selon l'heureuse expression de M. Heuzey, qu'exerça au vi^ siècle la Grèce sur l'Orient. L'avénement des Achéménides (560) marque, semble- t-il, un renversement complet des situations. Quel profit retira la culture hellénique des relations du monde grec avec l'empire des Perses ? Aucun, à en juger par le silence des historiens ; il
fut du moins sans importance, si un léger doute reste permis. En sens inverse, nous Talions voir, on doit s'exprimer tout
autrement.
Ces relations de la Grèce avec les régions iraniennes ont été ininterrompues et ont affecté bien des formes diverses. Nous n'en avons, à peu près, aucun souvenir direct pour l'époque antérieure à l'empire achéménide. La tradition qui fait de Pythagore un élève des Chaldéens et des mages remonte à peine au ii^ siècle, mais une influence de la religion si pure de l'Iran sur la pensée ionienne n'a rien d'invraisemblable*. En revanche, on doit admettre qu'un Grec d'Asie, Antiménidas, frère du poète Alcée, qui lui adressa des vers à ce propos, prit du service dans l'armée de Nabuchodonosor '. Plusieurs de sa race auront dû Jaire comme lui. On a retrouvé en Babylonie un cyhndre, du plus pur style grec archaïque, au type de Persée et de la Méduse \ qui atteste des rapports entre ce pays et les Ioniens. Fut-il des-
1. G. Maspéro, Histoire ancienne des peuples de l Orient classique, Paris, ni (1899), p. 78o. Pourtant on a proposé de reconnaître que la religion iranienne a inflaé sur lOrphisme en contribuant é, épurer les dieux grées et à les identilier aux grands phénomènes météorologiques, cf. J. llarrison. Theinis (1912), p. 46l^ et R. Eisler, Weltenmanfel und llimmelsbild (191:2).
2. Rapprocher les matelots grecs (probablement ciliciens et cypriotes) au service de Sennachérih (Maspéro. Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 6- éd., 1904, p. ail).
3. Ad. Furtwaengler. Z)!-? antiken Gemmen, Berlin, 1900, lll, p. Ti sq. Cf. le cachet conique de Berlin également venu d'Orient (ibid.). Add. J. de Morgan, Hevue arctiéologique, 1890, II, p. 13.
Une à un Grec de ces contrées ? Peu probablement ; un Babylonien vrai pouvait plus aisément, sans se rendre suspect, porter un cachet de type non indigène
Les Achéménides, plus encore, ont pu connaître les Grecs et de très près. Cette monarchie a constamment recruta des mercenaires helléniques, à qui elle se fiait plus qu'aux troupes perses et aux milices locales, et qui l'ont aidée à apaiser les révoltes sans fin des peuples conquis, puis à porter la guerre en Europe. Il y eut aussi d'innombrable^ délégations diplomatiques et des missions d'agents secrets
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Oanus, des envoyés perses, avec Démokédès, allèrent jusqu'au sud de l'Italie «. Mais la Perse reçut de la Gr^ce en particuher de Sparte et de Gorinthe, d'Athènes edJ rhebes bien plus d'ambassadeurs qu'elle ne lui en en
lu' ve si.^''' "'' ""' P'''^"' inépuisable, principalement au ve siècle - ; or on ne faisait pas un tel voyage pour quelques jours. En outre, la cour de Perse, ou le gouverne' ment de quelque satrape, devint l'asile choisi des réfugiés î't Td •' 7" I """^ ^--tratides, d'Histiée de M^e
rhan-H ?"t' '" ^'"^^ '^ ^^ Démarate, Thémistocle
Gharideme, etc., de tous ceux que les révolutions chassaien de leurs cités ^ Le Roi des rois se faisait une joie de le
:Sf dis ''' ^^"''^'' '''''-''' '''-' ^'-^ ^-^^i'Euronp H "^'^^^^^"^^^^^^ ^^iles touchant les choses d Europe H,pp,as reçut le domaine de Sigée en Troade ^ - Darios lui dut nombre d'informations durant la première guerre persique. Après la défaite de Xerxès, des gTcs'
Oeschichle des IV JalZ-ku derl^.Th ""'"^f'"''"'"S"' »"'• griech. pe,-s. X Hérodote, VI. £t ' "'"'■"' ''''' P' '•
imcr. allie. I "i il L, h , ', ** ^.'y"""""^' *" '«"'P^ de Cimon {Corp. 5. Maspéro, op. cit., \\\, 700
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LHELLKNISATION DU MONDE ANTlgUE
complices des Perses, s'enfuirent chez ces derniers, afin d'éviter les châtiments sévères que les Athéniens et leurs alliés faisaient subir à ceux qui avaient trahi la cause de rhellénisme. De plus, les Perses emmenèrent chez eux des bandes de prisonniers grecs; les Milésiens exilés après la soumission de Tlonie allèrent peupler la ville d'Ampé, à l'embouchure du Tigre' ; une troupe d'Erétriens fut établie en Kissie-. A Kélônai en Médie (Kalah), au temps de Diodore ', il y avait encore toute une colonie de Béotiens, chassés. du pays natal lors de l'expédition de Xerxès ; lorsqu' Alexandre approcha de Persépohs, il vit venir à lui 800 supphants : c'étaient des Grecs capturés dans les guerres récentes, et auxquels les Perses avaient infligé de cruelles mutilations • ; et on sait comment il fit massacrer les Branchides en Soggiane. Il y eut donc de la colonisation
hellénique en Perse, forcée, il est vrai, longtemps avant la conquête macédonienne.
Enfin, quantité de Grecs furent attirés en ces pays, individuellement, en raison de leurs mérites et de leurs talents personnels. Hérodote '' en mentionne même un qui devint satrape, Xénagorasd'Halicarnasse. Pausanias, roi de Sparte, aurait souhaité la même qualité ; aussi demanda-t-il la main d'une princesse perse ^ Donnons une brève mention aux harems princiers, qui ne se peuplaient pas que d'Orientales ; les femmes grecques n'y étaient pas rares '. Le jeune
1. nôro<lotr, VI, 20.1. Cf. Andréas. *-. c. dans Pauly-Wissowa, I, p. 18
i. Hérodote, VI, 119, \-±.
S. Diodore, XVII, ilO.
4. Diod. XVII, 61», 3: Quinl«-Cunt', V, 5. 5 s.j. ; Justin, XI. 14. il.
u. IX, 107, 5.
r». Thucydide, 1, 128, T.
7. Dans les villes d'Ionie, après la répression qui précéda les guerres inédiques, les oiaciers perses s'emparèrent des beaux jeunes gardons, pour en faire des eunuques, et envoyèrent au Grand Roi les plus belles ûlles du pays (Hérodote. VI, Wt, "2; add., VIII, 105, t). Thémistocle quitta Aigai (petite place en Kolide) sur un chariot fermé ; son escorte devait répondre à toute question que c'était une Grecque d'Ionie que l'on menait à un seigneur de la cour du Grand Roi (Plutaniue, Thémistocle, 26, 5). Le capitaine perse Artaban entretenait uno rourUsan»' d'Krétrie (Ihid.y il, 8). Un
Cyrus les appréciait particulièrement ; sa favorite était une Phocéenne, Milto, qu'il avait dénommée Aspasie comme la célèbre amie de Périclès ; son frère Artaxerxès se 1 appropria et subit à son tour l'ascendant de Milto ' Dans 1 entourage de Cyrus il y avait encore une jeune Milesienne qui, après la bataille de Cunaxa, se sauva, dit-on toue nue au camp des Grecs ^ Parmi les prisonniers d Alexandre, après Issos, on trouva une jeune beauté de Pydna, Antigone \ C'est une courtisane d'Ionie, Thargélia qui au ve siècle, par ses relations avec les hommes influents de la Grèce, gagna à la cause médique, dans les cités, le plus de partisans •. Parfois des rapports suivis se nouaient entre notables d lonie et grands seigneurs de Perse : on le vit pour Nikogénès d'Aigai, l'ami de Thémistocle •
Quand le Grand Roi voulait attirer quelque Grec à son service, il lu, écrivait, lui promettant une situation supérieure a celle de Thémistocle auprès de Xerxès \ Il prenait des conseillers comme Antalcidas de Sparte et Timagoras d Athènes ' ; des sortes de baladins ou de flatteurs » -mais surtout des techniciens, qui semblent avoir manqué à la Perse ; par exemple des médecins, Démokédés', Polvkritos de Mendé'» et Ktésias, qui plus tard s'improvisa histo'rtn" On ne saurait énumérer les généraux '^ que l'Iran emprunta
::' tru^Kl^^ot^llf: ^r^-' - '•'™- "« ^os pour e„ faire ^^,l.^Xénopl.o„. Ana6ase, ,, )0, 2: Plutarque. Périolè., 2i. ,2: Arla.er:és.