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vemont de peuples qui devait donner à la carte de THellade son apparence classique et infuser dans l'Hellénisme le troisième des éléments qui le constituent essentiellement, l'élément dorien.
Jusqu'ici, nous avons vu deux éléments ethniques se fondre harmonieusement. D'abord, les indigènes — Pélasges, Lélèges, Dryopes, Arcadiens des anciens — probablement établis sur le sol grec depuis le début de l'âge de la pierre polie, et qui, pénétrés à partir du début du Ile millénaire par la civilisation qui a son foyer en Crète, l'ont reflétée, non sans originalité, dans les capitales de laGrèce mycénienne : Mycènes et Tirynthe, Amyclées et Pvlos dans le Péloponèse, Thèbes, Orchomène, Pagases ou loîkos dans la Grèce du Nord. Puis, les envahisseurs indo-européens, divisés en nombreuses tribus où dominent les Achéens^ et où figurent les Hellènes, ils occupent la Thessalie à partir du milieu du Ile millénaire. Au xii^ siècle, ces premiers Hellènes paraissent avoir été répandus dans toute la Grèce,
submergeant la population indigène qui ne se maintient à peu près intacte que dans les îlots montagneux, surtout l'Arcadie au Sud, et, au Nord, le massif tourmenté qui s'enchevêtre du Parnasse à l'Oeta, les deux clefs de voûte de la Grèce septentrionale.
C'est alors, on l'a vu, que les Achéens vont être chassés, ou soumis à leur tour, par de nouveaux envahisseurs. Au heu d'arriver comme eux de la Thrace,ces nouveaux venus descendent de rillyrie comme en descendront, au Moyen âge, les Albanais. Ils ont commencé par enlever aux Achéens l'Epire et l'Etolie : là, les populations conquises ont disparu de l'histoire; la prise de Kalydon par les sauvages Kourètes est sans doute un de ces^ faits qui ont poussé les Hellènes vers l'Est, les amenant à assiéger Thèbes, puis Troie.
Déjà, dans V Iliade, le Zeus de Dodone paraît appartenir aux temps héroïques ; il s'est avancé vers l'Orient et s journe désormais sur les Olympe de Thessalie et de Mysie, les Ida de Crète et de Troade ; le temps où la civilisation hellé-
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nique dominait de Dodone à Kalydon n'est plus, pour Thucydide, qu'un passé légendaire. Les Acarnaniens sont
à peine hellénisés ; les Etoliens, les Epirotes, les Macédoniens, presque aussi barbares que le reste des Illyriens. On touche là à un fait essentiel à l'histoire de l'hellénisation : ce n'est qu'au cours du iv® siècle que la Macédoine s'est hellénisée, et, jusqu'en plein m® siècle, la nation hellénique n'a pu, ni par conquête, ni par assimilation, faire sienne toute cette bande occidentale de la péninsule que, du Skardos au Korax, une chaîne continue sépare de la Macédoine, de la Thessalie et de la Phocide. C'est un domaine illyrien qui, pour les contemporains de Thucydide, est, au point de vue grec, au même titre que les côtes de Scythie ou de Ligurie, un pays étranger et sauvage. C'est un pays à exploiter par colonies et factoreries, un pays dont, par suite, la côte s'hellénisera à tous les débouchés de vallées importantes, un pays qui, par là, contribuera à la richesse de l'hellénisme, mais qui ne contribuera ni à sa force ni à sa grandeur. Jusqu'à Pyrrhus et jusqu'à la Ligue étolienne, la côte de l'Adriatique restera plus ou moins fermée aux Grecs et, au nord d'Epidamme (Durazzo), les Romains leurs enlèveront le littoral istro-dalmate avant qu'ils aient eu le temps de l'helléniser. On voit aussitôt la conséquence de cette illyrisation de la côte de l'Adriatique, étendue des bouches de Cattaro jusqu'à l'entrée du golfe de Corinthe : la côte opposite s'est vue en même temps occupée, de la Vénétie à l'Apulie, par des populations belliqueuses du même groupe que les lllvriens ; elle restera fermée, elle aussi, à l'hellénisme. Si la Grande Grèce n'a pas dépassé à l'est la presqu'île de Tarente, s'il n'y a pas eu, sur la côte italienne, de Brindes à Adria, une Grèce d'Italie correspondant à la Grèce d'Asie, (•'est parce que cette venue des Illyriens en a fait le domaine de populations aussi hostiles aux Grecs et aussi aptes à résister à leur pénétration que le peuvent être les Albanais d'aujourd'hui ; et la question albanaise, écueil de l'hellénisme moderne, plonge ses racines dans cette invasion illyrienne du xii® siècle avant notre ère.
HKLLKNISATION.
^^ i/hellknisation du monde antique
Si les Albanais non assimilés sont restés parmi les plus redoutables adversaires de Thellénisme, les Albanais assimilés—et ils forment, on le sait, presque un qurt de la population grecque — en sont devenus une des forées intégrantes. Il en fut de même dans l'antiquité : il suffît, pour
qu'on s'en rende compte, de rappeler que ceux qui correspondent aux Albanais assimilés d'aujourd'hui sont les Doriens. Dans le reste de la Grèce, en effet, cette nouvelle invasion n'a pas entraîné, comme sur la côte de l'Adriatique, la ruine de l'hellénisme; l'invasion dorienne a marqué à peine un léger recul, suivi d'un nouvel essor. Les conquérants, divisés en petites bandes, n'ont pas tardé à être d'abord canalisés, puis assimilés. Ce n'est plus le torrent dévastateur qui arrache l'humus jusqu'au roc; ce sont autant de ruisselets aux eaux vives qui fécondent les terres où ils se sont épandus \
Nous pouvons maintenant résumer les trois phases sous lesquelles se présente successivement cette histoire des débuts de l'hellénisme en Orient :
1. Au temps delà civilisation minoenne,on a vu la mer Egée devenue le creuset, avec la Crète pour foyer, d'une culture qui a rayonné delà Gappadoce à l'Ibérie et de la
Scythie à la Haute-Egypte, ouvrant les voies que le commerce, l'industrie et l'art de la Grèce reprendront tant de fois.
2. Avec la migration thraco-phrygienne, des populations étroitement apparentées ont occupé tout le pourtour de la
1. On trouvera plus loin les rensci^'nenjents indispensables sur l'invasion ilorienne. Il sullit .le signaler ici qu'un des résultats les plus importants des recherches récentes est d'avoir montré l'étroite parenté que présentent es Albanais d'une part, et, de l'autre, les Tsakoniens ou Maïnotes de Laconie, et les Sphakiotes de la Crète occidentale ; ce sont tous de grands brachycéphales blonds. Comme il est certain que Sphakiotes et Tsakoniens descendent des Doriens, cette similitude ne s'explique que si Ion admt t que les Albanais sont les représentants des lllvriens, le peuple dont les Doriens ne seraient qu'une branche : conclusion que conlirment de nombreux indices onomasiiques et linguistiques. Voir d'une part les recherches sur les Albanais de E. Fischer. ZeHschrift fur Etknologie, l'JH et 1913 (f. Nopsca, ^M//i/'o/)05, 11)13), d'autre part, sur les Sphakiotes et Tsakoniens, celles de F. von Luschan, ihid , 1912, et de Ch. H. Hawes. Annual of Ihe brihsh School, XVI, p. 258 ; pour les Macédoniens et les Epirotes, G. Kazarow, Revue des études grecques. 1910, p. 253.