‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 26 sur 140 · L INVASION DORIENNE · texte numérisé non relu

L INVASION DORIENNE

Erétrie, qui doit sa prospérité première aux pêcheries de

pourpre, et Ghalcis, qui doit son nom au bronze que les filons cuprifères voisins lui permirent de fabriquer dès le milieu du xi^ siècle, lorsque, prenant part à la mi-ration éolienne, elle fondait Kymé d'Eolide, puis Gumes d"ltalie. Le mélange fut plus encore au profit des envahisseurs en Béotie : c'est une de leurs tribus, venue du Mont-Boion en Epire, qui, gagnant par Elatée, Ghéronée et Coronée, les plaines du Képhisos et de l'Asôpos, leur donna le nom de Béotie, lorsqu'elle se fut rendue maîtresse de Thèbes et en eut fait, au viii^ siècle, par la ruine d'Orchomène, la capitale du pays. Une autre des tribus doriennes a laissé son nom à la Doride, district montagneux aux sources du Képhisos dont une des bourgades s'appelle Boion — d'où peut-être, les Béotiens — et dont deux autres portent les noms significatifs de Pindos et de Métropolis. C'est de là que les Doriens seraient partis pour envahir le Péloponèse qui, à l^époque classique, restera le centre de leur puissance. Ils prétendaient revendiquer l'héritage d'Héraklès, né à Thèbes, et successeur légitime des rois d'Argos. Si les titres tirés dii héros étaient sans doute bien difficiles à fonder en droit, du moins ses pseudo-descendants avaient-ils sa force et sa vaillance. En un siècle, le Péloponèse fut conquis.

Déjà, sans doute, les Etoliens, passant le canal de Fatras, avaient conquis sur les Epéens, Pisates et Arcadiens, les plaines du Pénée et de l'AIphée qui devinrent l'Elide ; <lojà ils avaient, à l'Olympie qui remplaça Pise ruinée,' substitué Zeus et Héra à Pélops et à Hippodamie; déjà ils avaient ainsi fondé ce qui devait être le plus grand <i<^s sanctuaires panhelléniques, quand les Doriens s'ébrani^'rent à leur suite. Dans une première étape, ils paraissent avoir gagné le bras de mer qui scinde la Grèce en deux. D'une part, passant le Parnasse, où ils laissèrent à l'Hélikon les Muses originaires de Piérie, ils atteignirent le golfe de Corinthe, de la baie de Krisa à celle de Boulis, et mirent ia main sur Delphes : là, leur Apollon remplaça, comme 7.011s à Olympie, un vieux culte de la Terre-Mère et de

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Python, son époux serpentif orme ; devenu pylhien, le dieu rendit pour longtemps favorable aux Doriens Toracle qui devait être le deuxième sanctuaire du monde grec. ■ Maîtres de toute la Grèce du nord-est, les Doriens, passant le Cithéron, occupèrent, de la baie d'Aigosthènes à la baie de Salamine, cette Mégaride qui sera plus tard la base d'opération des Lacédémoniens contre la Béotie et contre TAttique. Repoussés de TAttique, les Doriens passèrent

risthme de Corinthe.

Ici commence la deuxième étape de leur conquête qui eut comme contre-coup la migration vers l'Asie des Ioniens, nom collectif que prirent les bandes, d'origine diverse, qui, sous la pression dorienne, partirent alors des péninsules d'Attique, d'Argolide, de Kynurie et de Messénie. Cette

invasion, qui remplit tout le x^ siècle, livra d'abord anx Doriens l'Argolide, où Argos remplaça Mycènes ruinée; de là ils s'étendirent do Trézène et d'Hermione à Sicyone et Phlionte, amenant à Epidaure le fils d'Apollon, le dieu guérisseur, Asklépios de Trikka. Puis, par la vallée de Mantinée et de Tégée, qui devait rester la pomme de discorde entrelesDoriensetles Arcadiens, ils gagnèrent le sud du Péloponèse, et s'arrêtèrent au milieu de la riche vallée de l'Eurotas; l'Apollon dorien remplaça les vieux dieux, Karnos et Hyakinthos, dont les noms restèrent à ses fêtes, Karneia et Hyakinthia, Sparte remplaça Amyclées (soumise en 740) et devint le centre du seul des Etats doriens qui conserva sans mélange sa pureté et sa vigueur premières. Vers l'an 900, la conquête dorienne était achevée en Grèce. A la suite et à l'instar des Eoliens et des Ioniens repoussés par eux des côtes, les Doriens allaient s'étendre à leur tour vers les îles et vers l'Asie. De Crète, par Rhodes, ils gagnèrent, dès le ix^ siècle, la péninsule de Carie et, comme leur Idoménée succède à la Hgnée de Minos en Crète, on a vu que leur Tlépolème avait disputé la Lycie à Sarpédon*.

4 Sur la mij^ration dorienne. le dernier travail est celui de Léo Heidomann, Oas prohlem der dorisclien Wanderumf (fasc. i>0 des Quellen und Forschungen zur ant. Géographie).

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