DE NAUKRATIS EN CRIMÉE
(VIII«-VIo SIÈCLES)
Un premier courant d'émigration, dont l'histoire se devine au travers des légendes, avait conduit les barques des Hellènes vers la rive orientale de l'Archipel. Au début du viiie siècle, les diverses tribus établies sur la côte d'Asie Mineure formaient une nouvelle Grèce en possession de villes florissantes, de terres fertiles et de ports excellents. Pendant deux siècles, ces villes d'Asie resteront pour l'hellénisme les centres les plus actifs de culture et d'expansion. Rompus désormais aux travaux de la mer, les Grecs d'Ionie sont prêts pour les grandes courses maritimes. Durant deux siècles ils ne cesseront plus d'équiper des escadres pour la conquête des terres inconnues. C'est par eux que la Méditerranée, où le commerce phénicien décline, va devenir une mer hellène. Nulle autre époque ne verra se disperser aux vents de l'Archipel un pareil vol de conquista-
dors.
Dans cet admirable essor de la Grèce asiatique et dans cette diffusion de l'hellénisme, la ville ionienne de Milet joue le premier rôle. La colonisation de la Méditerranée orientale est presque entièrement son œuvre. De la mer d'Azov aux bouches du Nil, les Milésiens se vantaient d'avoir fondé quatre-vingt colonies ; et non pas de simples comptoirs pour les échanges, comme ceux des Phéniciens, mais des cités bien vivantes et jalouses de leur autonomie.
C'est par une visite à Milet qu'il faut commencer un voyage dans les colonies grecques du vi^ siècle. Avant de le suivre sur les mers, il faut considérer chez lui, à son port d'attache, ce peuple vivace et curieux, qu'agitait si violemment l'esprit d'aventures et qui représenta un moment, entre l'Orient vieilHet l'Hellade naissante, l'avant-garde de l'humanité. On a vu comment Tlonie s'était formée et quel r(51o elle avait joué entre les Eoliens du nord et les Doriens du sud. Il nous faut voir maintenant ce que fut une ville ionienne au temps de son premier et plus brillant essor. Milet, appuyé sur son temple d'Apollon Didyméen, paraît avoir été alors le centre politique, économique et religieux de l'Ionie. En même temps, aucune ville ionienne de cette époque ne nous est mieux connue par les textes et par les monuments. C'est donc de Milet, métropole de Tlonie, que
nous esquisserons à grands traits un tableau pour donner une idée de ce que furent alors les cités ioniennes de la côte d'Asie : ah una disce omnes '.