‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 47 sur 140 · LA COLONISATION IONIENNE EN EGYPTE · texte numérisé non relu

LA COLONISATION IONIENNE EN EGYPTE

fondée une seconde fois et restaurée dans toute sa puissance par l'arrivée de nouveaux colons.

Partout dans ces parages les Milésiens furent les pionniers de l'hellénisme, mais, avec moins d'hommes et moins d'audace, d'autres peuples grecs les suivaient à courte distance. Sur l'Hellespont, des Eoliens occupaient Sestos en face d'Abydos, l'escale milésienne. Les Phocéens s'établirent à Lampsaque. Mégare, dont les marchands trafiquaient surtout des blés de la Thraee, fonda des postes permanents sur la route du Pont, à Chalcédoine et à Byzance sur les rives du Bosphore. Des marins de Téos donnèrent à Panticapée une rivale dans la colonie de Phanagorias à l'entrée de la mer d'Azov. Au v^ siècle, après la chute de la puissance milésienne, ce sont les vaisseaux d'Athènes qui accapareront le commerce de ces régions ; toute la côte de Crimée rend aujourd'hui aux fouilleurs les beaux débris des vases attiques dans lesquels on emportait au loin l'huile, le vin et les parfums \

La route maritime du Sud conduisait vers des colonies uioins nombreuses, mais d'un tout autre caractère. Dans la Méditerrannée orientale, sur les côtes d'Egypte ou de Syrie, les Ioniens n'avaient plus affaire à des peuples barbares et à des terres neuves. C'étaient eux au contraire qui représentaient la moindre puissance et le moindre degré de civilisation. Il leur fallait bien plus de patience pour prendre pied chez des nations organisées et ombrageuses que chez les demi-sauvages du Pont. L'Egypte surtout attira les Milésiens; il semble qu'ils y possédaient des comptoirs dès le viiie siècle, au même temps où se fondaient Sinope et Cyzique. Mais ils se souvenaient de débuts difficiles, de tra-

1. Sur la colonisation milésienne en général voir J. L. Myres, The geographical aspect of greek colonizalion [Class. Assoc. Proc. VIH, 1911) Sur là colonisation du Pont, C. Burchner. Besiedelung der Kusten des Pontos durch die Milesier (1585) ; D.-M. Robinson, Sinope (1906) ; Hasluck, Cyzicus • IJlï) ; sur la civilisation ionienne dans le Pont, !<:. von Stern, Klio 1909, p. 139 et Ellis H. Minns, Scylhians and Greeks (1913).

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casseries des gouverneurs égyptiens hostiles à tout trafic étranger comme le furent les Chinois dans les temps modernes. Longtemps sans doute la factorerie milésienne établie sur le bras de Ganope, fut simplement tolérée par les Pharaons, comme un refuge maritime plutôt qu'un poste commercial.

La pénétration ne commença que dans la seconde moitié

du vii^ siècle, quand l'anarchie intérieure mit fin à la jalouse surveillance des fonctionnaires égyptiens. Les Grecs, jusque-là timides et pacifiques, jugèrent le moment venu de recourir à la manière forte. Une escadre milésienne de trente vaisseaux entra dans la bouche de Bolbitis et y établit un camp fortifié. Une escadre égyptienne, envoyée pour lui livrer bataille, fut nettement défaite. Il fallut dès lors compter avec les nouveaux venus. Pour refaire l'unité de l'empire pharaonique morcelé, Psammétique se servit d'eux comme auxiliaires. Ils se payèrent en fondant, non loin de Sais, sa capitale, un port fortifié et cette fois une ville véritable, Naukratis K Et de ce jour les marchands grecs, puis les colons en quête de terres à cultiver commencèrent de remonter le fleuve. Le bras de Péluse arrosa bientôt de nombreux villages hellènes. Des soldats grecs servirent dans la garde royale et, dans une campagne sur le Haut-Nil, allèrent graver leurs noms sur les colosses

d'Abou-Simbel.

L'entente fut prompte, à ce qu'il semble entre les colons et les habitants du Delta. Psammétique, dit Hérodote, favorisa l'union des deux peuples et confia aux Grecs, pour leur apprendre leur langue, des enfants égyptiens ^ Les Hellènes se mêlèrent par des mariages à la population

^ 1. Sur la date de la fondation de Naukratis et le crédit (jue niériteut les traditions recueillies par Hérodote et Strabon, cf. A. Wiedemann. Ge-

schichle Aer/yptens, p. 113etsuiv. et D. Mallet, Les premiers élablissemenls des Grecs en Egypte (1893). Sur Naukratis, son industrie et son commerce, voir Flinders Pétrie, Naukratis, I et II; H. Prinz, Die Funde aus Naukratis (supplément VII à Klio, 1908) et les aperçus d'ensemble sur la ooterie de Naukratis de R Pottier, Catalogue des Vases du Louvre, p. 486 et suiv. et A. Reinach. Journal des Savants, lUOl), p. 354-64.

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