‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 48 sur 140 · I.A COLONISATION lONIENNK EN ÉGYPTR · texte numérisé non relu

I.A COLONISATION lONIENNK EN ÉGYPTR

indigène, et de là prit naissance la race mixte parmi laquelle se recrutaient les interprètes.

Sous Amasis, dont le règne débute en 570, on vit reparaître quelque méfiance à l'égard des étrangers et restreindre quelques-uns de leurs privilèges. Les mercenaires grecs établis à l'est du Delta, qui avaient fondé près de leurs camps la ville de Daphné, semblent alors avoir été rappelés vers Naukratis. Mais le courant d'immigration était déjà trop fort pour qu'on pût réussira l'endiguer. Ge furent surtout les Milésiens qui souffrirent du nouvel état de choses. Naukratis cessa d'être uniquement le port de Milet et dut accueillir des colons grecs de tout bord. Neuf villes grecques y eurent dès lors un comptoir et s'y unirent en une association commerciale d'un caractère nouveau,

soumise pour certains litiges à une direction centrale. Ce

fut là cet Hellénion, que visita plus tard Hérodote. Chaque colonie de marchands occupait un quartier délimité, avait sa vie propre et ses tribunaux, qui en appelaient, le cas échéant, à la juridiction de la métropole. Mais, aux jours de fête, tous ces Grecs se réunissaient dans un même sanctuaire et y retrouvaient le sentiment de la patrie commune. Pourtant la colonie milésienne, jalouse de ses rivales et de son prestige amoindri, célébrait le culte d'Apollon dans un temple qui lui appartenait en propre. Les Samiens et les Eginètes constituèrent eux aussi deux groupements séparés. Nulle part dans le monde antique l'Hellénisme n'avait ainsi un commun foyer. Les murs de Naukratis entouraient une sorte de petite Hellade et chaque voyageur venu de Grèce retrouvait là ses frères, ses coutumes, son dialecte et ses dieux.

Tout n'a pas disparu de cette ville d'industrie et de

luxe, qui fut l'Alexandrie des temps archaïques. Dans les

dunes de Tell-el-Nebireh, les fouilleurs anglais ont reconnu l'enceinte de VHellénion et les ruines de plusieurs sanctuaires. Comme à Daphné — le nom que les Grecs donnèrent à Ta-phanhes, leur autre établissement du Delta, au-dessus du Péluse, porte de la Syrie — on a recueilli en

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SAMOS ET LA DÉCADENCE DE l'ioNIE

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abondance ces vases et ces tessons ioniens aux motifs orientaux, aux vives couleurs, qui, sur tant de rivages méditerranéens, attestent le passage des Hellènes d'Asie.

Du viii^ au vi^ siècle Milet avait dominé et éclipsé toutes les autres cités ioniennes. Il ne faut pas cependant qu'elle nous les fasse entièrement oublier. Toute la côte comprise entre les bouches de THermos et ceJles du Méandre donnait à quelque degré le même spectacle de prospérité. Les Ioniens venus de l'Eubée, de l'Attique, des Cyclades, leur première étape vers l'Orient, avaient partout développé la vie. Sur une étendue de cinquante lieues, s'échelonnaient douze cités

florissantes, qui s'administraient librement mais que la conscience de leur commune origine unissait dans un pacte fédéral. C'étaient, après Milet, Myous, Prièno, Ephèse, Colophon, Lébédos, Téos, Glazomènes, Erythrées, Phocée, auxquelles se joignirent les îles de Chios et de Samos. Ces villes rivales, mais rarement ennemies, aflirmaient surtout par des manifestations religieuses leur entente et leur solidarité. Périodiquement des pèlerins et des représentants venus de toute la côte se rencontraient dans un sanctuaire fédéral, qui fut longtemps celui de Poséidon Héliconien, sur le promontoire de Mycale. Parmi les cités dépendantes de ce Panionion l, ce fut, après Milet, Ephèse et Phocée qui eurent la plus rapide fortune. Les Phocéens, dont il sera question dans le prochain chapitre, matelots aussi hardis que les Mi lésiens, firent de la Méditerranée occidentale leur domaine maritime. Ephèse, restée attachée au culte d'Artémis, rendue illustre par son sanctuaire, devint Tune des capitales

rehgieuses de l'hellénisme *. Tandis que Milet s'enrichissait du commerce maritime, Ephèse exploitait surtout Vhinterland de son golfe. Au-dessous d'elle enfin brillaient encore Clazomènes, dont les beaux sarcophages enluminés de fleurs

1. Sur le Panionion, voir Wilamowilz, Panto/iio/t (Académie d(? Berlin. 1906).

2. Sur Ephèse et son temple, voir Hogarth, Tlie archaic Arlemision (1908) et lonia and Ihe East (1909) et G. Radet, Ephesiaca (1908). Voir

les c.-r. de ces ouvrages, Hev. des et. grecques, 1910, p. 236 et 358 et Hev. Hist. des Religions, 1910, I, p. 17-27.

et de figures attestent à nos yeux l'essor artistique * ; Colophon, dont quelques vers du poète Xénophane ' évo-. quent la vision saisissante.

En face des villes de la côte, Samos brillait d'un éclat au moins égal. Il suffit de rappeler le nom de Polycrate : tandis qu'Eupahnos achevait le temple d'Héra et construisait im aqueduc non moins fameux et tandis qu'Anacréon chantait sa cour élégante et dissolue, le tyran, débarrassé de ses deux frères, se constituait une flotte de guerre de 100 navires et, alHé à Amasis d'Egypte, rêvait de délivrer à son profit rionie agitée par la mort de Cyrus. Mais, en véritable Ionien, il se fia trop à l'habileté, au défi de la morale. Trahissant Amasis au moment critique, il envoyait ses vaisseaux rejoindre la flotte de Cambyse; mais, plutôt que de se joindre aux Perses, ses ennemis politiques, avec qui il avait équipé ses galères pour s'en débarrasser, vinrent assiéger Polycrate avec l'aide de Sparte et de Corinthe, inquiètes de son ambition; il put sauver son pouvoir, mais pour perdre la vie deux ans après dans un guet-apens tendu par le satrape de Sardes,

las de ses intrigues. L'histoire célèbre de l'anneau de Polycrate pourrait servir de symbole à tout ce qu'eut de brillant, mais aussi de hâtif et de frêle, la grandeur des cités ioniennes du vi® siècle '^,

C'est par ses colonies que l'Ionie, subjuguée pour près de deux siècles, de Cyrus à Alexandre, a joué un rôle durable dans l'hellénisation. Pour donner une idée exacte de ce que fut cette émigration des temps archaïques, il faut ajouter qu'elle ne constitua rien de semblable à ce

1. Voir la bibliographie dans Dugas, Bull.de corr. hellénique, 1910, p. 469.

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