‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 61 sur 140 · LA CULTURE HELLÉNIQUE EN SICILE ET EN GRANDE GRÈCE · texte numérisé non relu

LA CULTURE HELLÉNIQUE EN SICILE ET EN GRANDE GRÈCE

l'a précédée ; c'est ensuite, malgré ces vastes proportions, la lourdeur — majestueuse sans doute mais écrasante — qui caractérise l'esprit dorien; c'est enfin — ce dont les recherches archéologiques ont permis de se rendre compte — la vive polychromie qui devait égayer ces temples en les rapprochant des vastes palazzi bariolés de Naples et de Palerme. Badigeonnés extérieurement de couleurs éclatantes, ils étaient garnis à l'intérieur de tapisseries à personnages ou de vastes peintures murales : on connaît le peplos qu'AIkisthénès de Sybaris donna vers 520 à Héra Lakmia et les peintures exécutées un siècle plus tard par Zeuxis pour le temple de Crotone. Bientôt remplis sous leurs portiques d'un peuple de statues — au début du v^ siècle Pythagoras de Rhégion y multipliait en bronze les dieux et les coureurs ou athlètes vainqueurs —, ces temples ainsi pares et peuplés, loin de présenter l'aspect auguste et désole d'aujourd'hui, devaient former comme un étîncelant passage entre la vie intense des villes qu'ils dominaient et 1 azur ardent et calme qui les surplombait.

Au terme de cet aperçu de ce que la Grèce d'Occident a ete dans l'hellénisation et pour l'hellénisme il nous faut rappeler l'attention sur ce que lui doit l'Occident barbare et la Gaule en particulier.

Immense bienfait pour la Grèce elle-même dont elle régénère l'activité, et, surtout, pour l'Occident qu'elle défend contre la barbarie sauvage des populations indigènes et contre la barbarie civilisée des peuples orientahses — Etrusques et Carthaginois, — pour y faire pénétrer l'idéal hellénique, ancêtre de l'idéal européen

Grand bienfait pour Rome et la civilisation latine que ce contact avec l'hellénisme affine et adoucit, préparant la civilisation gréco-latine qui est la nôtre.

Grand bienfait pour la Gaule ! Car le don de Marseille a ete précieux pour l'accession rapide de la Gaule celtique

à la civilisation. Marseille a rayonné sur la vallée du Rhône, pourvu nos rudes ancêtres d'armes et de monnaies, d'objets usuels et d'objets de luxe. Elle a agrandi leurs horizons, préparé leur culture en donnant aux Celtes l'alphabet grec. Educatrice de la Gaule celtique et romaine, foyer intellectuel du Midi, Marseille est une fleur de l'Ionie transplantée sur le sol gaulois ; elle y entretient encore de nos jours la richesse d'imagination et l'esprit entreprenant des navigateurs phocéens. Si Marseille est la reine de la Méditerranée, et, pour nous, par un juste retour du sort, la porte de l'Orient hellénique, africain et asiatique, elle le doit surtout aux bienfaits de son hérédité hellénique — Massalia Graecorum dit encore laiNotitia Dignitatum — elle est le trait d'union entre ces deux génies si apparentés, celui

de la France et celui de THellade. Si Marseille n'avait pas

été fondée par des Grecs, sans doute elle serait devenue, par la force des choses, une grande ville méditerranéenne, comme Gênes ou Barcelone. Mais nous n'aurions pas la joie d'entendre chanter sur la Cannebière les échos vivants du merveilleux roman d'aventure qui berça l'enfance de la vieille Phocée. Il manquerait à notre pays le sens d'un certain héroïsme, fait d'entrain communicatif et de faconde imperturbable, je veux dire l'héroïsme du héros génial de V Odyssée ^

Adolphe Reinach.

1. Cette dernière page reproduit presciue textuellement la fin de la conférence de M. G. Fougères que ce chapitre remplace.

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