‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 68 sur 140 · Voir P. Perdrizet, Scaplésylé dans Klio · texte numérisé non relu

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activité proprement financière, et, avec l'esprit d'ingénieuse initiative qui caractérise les Athéniens, des organisations d'un caractère tout moderne ; dès le milieu du v^ siècle, des maisons de banque s'y étaient constituées.

Forte de son armée et de sa marine, riche de son commerce et de ses mines, Athènes fut pendant un demisiècle l'arbitre des destinées de la Grèce, exerçant sur certains pays une véritable domination, possédant chez les autres une grande influence. On sait quel fut le principe original de TEmpire athénien. Pour être plus à l'abri d'un nouveau retour des Orientaux, les villes grecques de la mer Egée, de la côte asiatique, de la Thrace, de la Macédoine confièrent à Athènes le soin de leur défense : elles fournissaient l'argent ; Athènes, la flotte. Et, ici, l'on voit intervenir le second de ces grands hommes d'Etat qu'Athènes eut la fortune de posséder presque en même temps : ce fut Aristide qu'on chargea de déterminer le tribut de chacun des peuples alliés (478/7). Le trésor de la ligue, d'abord déposé à Délos, fut ensuite transporté à Athènes, dans le Parthénon ; la déesse Athéna devint la banquière d'une moitié du monde hellénique ; elle touchait pour la peine les intérêts, modestes en somme et bien légitimes, de 1 /60. Le tribut n'était pas excessif ; il s'élevait au début, nous dit Thucydide, à 460 talents, ce qui aurait permis l'armement et l'entretien d'une escadre de 66 trirèmes, chiffre très inférieur à celui qu'atteignait, au miheu du v^ siècle, la marine athénienne. On peut dire, en tout cas, sans risque de se tromper, qu'Athènes

contribuait plus que pour sa quote-part à l'entretien de cette flotte. Les alHés y trouvaient leur profit : pour prendre un exemple, Byzance payait un tribut de 18 talents, ce qui correspondait à l'entretien de trois trirèmes à peine : on conçoit que trois trirèmes eussent été insuffisantes pour protéger, depuis le Pont-Euxin jusqu'à l'Egypte, le commerce byzantin. Et cet empire s'exerçait sans trop de violences. Après la révolte de Samos (440), qui nécessita l'envoi d'une flotte de 180 vaisseaux (à Salamine, les Athéniens n'avaient pu en fournir que 127 I), les Athéniens

LE PREMIER EMPIRE ATHÉNIEN

n'imposèrent à leurs alliés infidèles que le démantèlement de la ville et la cession de la flotte, avec quelques otages '. A côté des alliés tributaires, dont l'obéissance et la fidélité étaient naturellement sujettes à caution, Périclès organisa les clérouquies. C'était là un système nouveau et original, très différent de l'ancienne colonisation. Autrefois, la colonie se développait par scissiparité, pourrait-on dire, et pouvait fort bien devenir indépendante de sa métropole, plus encore, sa rivale et son ennemie. On en vit une preuve curieuse au moment de la guerre du Péloponèse, où Epidamne se

révolta contre sa métropole Corcyre, et celle-ci contre sa propre métropole, Gorinthe. Le danger était beaucoup moindre avec la clérouquie. Les colons envoyés à Samos ou à Lemnos continuent à faire partie de la métropole, sont inscrits au registre des dèmes athéniens; on les appelle : la partie du peuple qui est à Imbros, à Samos (6 o^uo; 6 Ivïàaw) Aristophane, Platon, sont fils de clérouques établis à Egine. On voit l'avantage de ce système original, qui envoyait en différents points de l'Empire athénien des rameaux vivaces qui restaient attachés à la métropole : cette organisation robuste et centralisatrice fait penser, non plus à l'ancienne colonisation grecque, désormais inutile maintenant que l'hellénisme avait partout pénétré, mais bien à la colonisation romaine, où les colons restaient eux aussi en rapport avec la métropole et avec ses cadres.

A côté de cet empire purement athénien, les hommes d'Etat rêvaient, à Athènes, d'organisations plus vastes. Ils

ont été les premiers à vouloir réahser une sorte d'unité des cités grecques. « Périclès, dit Plutarque, voulant inciter le peuple à de plus grands projets et à une politique plus vaste, fit rédiger un décret pour inviter les Grecs étabhs en tous les points de l'Europe et de l'Asie, grandes et petites villes, à envoyer à Athènes des députés qui auraient à

1. On trouvera les textes et inscriptions concernant cette confédération athénienne dans l'ouvrage cité de Hill, Sources, etc., p. 14-24, et dans celui de h. Lavaignac, p. 10 et suiv.. 39 et suiv., 9i et suiv. Le môme auteur

dans sa thèse sur Le Trésor d'Athènes (1908). a retracé l'histoire financière de la confédération et de sa capitale au v« siècle.

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délibérer au sujet des sanctuaires incendiés par les barbares, des sacrifices promis aux dieux à qui la Grèce avait demandé son salut, enfin de la sécurité de la navigation et de la pacification de la mer. ' » Gomme on voit, c'étaient, en même temps que des questions d'ordre religieux, des problèmes de politique générale qui devaient être posés à ce congrès, qui d'ailleurs ne put se réunir.

Vers la même époque, une inscription d'Eleusis, si on veut la lire entre les lignes, fait pressentir le projet d'une grande communauté panhellénique qui aurait eu son centre religieux, et peut-être politique, à Eleusis -. Aucune de ces tentatives ne réussit. Sans doute la défiance de Sparte, sans parler de Corinthe et de Thèbes, entrava- t-elle toujours ces desseins. Au moins faut-il laisser à Athènes le mérite

d'avoir fait la première, en Grèce, le rêve d'une Hellade unie, organisée et libre, rêve qui, s'il avait pu se réaliser, aurait peut-être changé les destinées du monde ancien.

La pensée des hommes d'Etat athéniens dépassait même les limites de la Grèce. Ils ont estimé que la république athénienne pouvait intervenir dans toutes les questions de politique méditerranéenne. Thémistode, Gimon, Périclès, ont entretenu de véritables relations diplomatiques avec les villes de Grande Grèce et de Sicile, les roitelets de Macédoine et de Thrace, avec le Grand Roi lui-même. A vrai dire, c'était trop d'ambition, et l'échec de l'expédition d'Egypte le prouva (459-54). Inaros, un prince libyen, avait fait le rêve de conquérir T Egypte et de la soustraire ainsi à la domination perse. Les Athéniens estimèrent qu'ils ne pouvaient rester indifférents à une pareille tentative et envoyèrent 200 vaisseaux à Inaros. L'expédition se termina par un véritable désastre, et qui aurait pu avoir pour Athènes des conséquences aussi funestes que l'aventure sicilienne et la catastrophe de Syracuse, si les circonstances avaient été les mêmes en Grèce. Mais, sans s'arrêter à l'échec, il faut savoir gré aux Athéniens d'avoir songé à une politique

4. Plut., PéricL. 17. Cf. Cavaignac, op. cit., p. 82. 2. IG., I, n» 27\

EMPIRES d'aTHÈNES ET DE SYRACUSE

qui dépassait les frontières de l'Empire athénien et de la Grèce, et qu'on pourrait appeler une politique méditerranéenne.

Dans ce tableau que j'ai essayé de tracer de l'Empire athénien et de l'Empire syracusain, j'ai insisté sur le premier, peut-être aux dépens de la symétrie. Il y a à cela plusieurs raisons. D'abord, en fait, nous connaissons mieux l'histoire d'Athènes que celle de Syracuse, et nous avons pour la première des documents d'une valeur inestimable : Hérodote, Thucydide, les renseignements fournis par les inscriptions attiques. Pour Syracuse au contraire, c'est trop souvent Diodore, Plutarque, des auteurs et des récits douteux qui nous servent de guide.

Ensuite, il y a dans le triomphe d'Athènes, dans l'éclat de ses victoires, dans l'originale organisation de son empire — sans parler de sa suprématie littéraire et artistique, dont nous n'avons pas à parler ici — quelque chose de plus vigoureux, de plus définitif, de plus complètement réalisé que dans les succès siciliens. Après les victoires d'Athènes, la Perse n'exista plus comme empire méditerranéen^ sinon par les louches agissements et la corruption diplomatique qui sont la honte de la politique grecque du début du iv^ siècle ; au contraire, Carthage ne fut pas épouvée par la défaite d'Himère, mais seulement avertie, et elle conserva jusqu'aux guerres puniques son rang dans le bassin occidental de la Méditerranée. Et l'impérialisme athénien, les plans et jusqu'aux rêveries de Thémistode, ont quelque chose de plus grandiose que la prudente politique syra-

cusaine.

Enfin, on ne peut oublier ici les différences de constitution qui séparent les deux cités. Syracuse est une « tyrannie » — avec toute l'aménité et l'esprit civiHsateur qu'on peut reconnaître à la plus sympathique des dynasties de tyrannoi grecs ; Athènes, au contraire, faisait, au début des guerres médiques, l'apprentissage laborieux de la hberté. Le bien

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que les victoires d'Athènes firent aux principes démocratiques peut se mesurer à ce petit fait que, lorsque la ville de Phocée voulut se donner une constitution, elle copia jusqu'au nom des tribus athéniennes telles que les avait organisées Clisthène. Et c'est peut-être là la dernière raison qui nous inspire pour la jeune répubUque triomphante tant de sympathique admiration. En assurant le salut de l'hellénisme, la jeune répubUque était devenue du même coup l'éducatrice de la Grèce \

J. Hatzfeld,

Ar.RÉGé HE GRAMMAIRE. ANCIEN MEMBRE DE l'ÉCOLE d'aTHÈNES.

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1 Trç 'EXkaLOoa TrafSeuatv, Thuc, U. 41. Ainsi on a pu montrer que le code civil d'Athènes a été peu à peu adopté dans la plupart des cites confédérées, voir H. Weber, Attisches Prozessrecht und das atUsche >eebund (Paderbôm, 1UU8). De .néme, le système monétaire d'Alhènes s est i.u pose l la plupart de ses confédérées (P. Gardner. Journal hellemc Sludies, 1.M3).

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