V. — LOEUVRK D'ALEXANDRE : L'ORIENT OUVERT A L'HELLÉNISME
Ainsi mourut Alexandre. Il avait trente-deux ans et huit mois ; onze ans lui avaient suffi pour la plus prodigieuse conquête que le monde ait vue. On peut rêver à ce qu'il fût devenu s'il avait vécu l'âge ordinaire des hommes, au
lieu de mourir en pleine jeunesse, comme les héros et les fils de dieux. La moitié de l'univers connu était aux mains des Grecs ; peut-être l'autre moitié y eût-elle passé. Il y songeait certainement. Mais on peut douter qu'il y eût réussi quand on réfléchit à l'échec de ses deux successeurs en qui revit le plus de son esprit : l'échec d'Agathocle contre Carthage, l'échec de Pyrrhus contre Rome.
Quoi qu'il en soit, Alexandre avait, en ces onze ans, ac- ^compli une œuvre assez grande pour que la face du monde en fût transformée. Après avoir parcouru à sa suite les grandes étapes de la conquête, c'est sur son œuvre maintenant qu'il faut jeter un coup d'œil. A vrai dire, dans V œuvre d'Alexandre, c'est cette conquête elle-même — cette œuvre de force et de sang qu'on affecte aujourd'hui de mépriser — qui en forme la plus grande part.