‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 91 sur 140 · V. Le système des quatre Etats : par la dislocation de · texte numérisé non relu

V. Le système des quatre Etats : par la dislocation de

TEtat-tampon de Lysimachos et l'assassinat de Séleu-

kos quand il veut mettre la main sur la Macédoine, le système des trois Etats s'établit (301-280). Nous allons parcourir rapidement les cinq actes de ce drame dont est sorti le monde hellénistique du m® siècle \

I. Si Alexandre ne laissait pas d'héritier direct, il n'en laissait que plus de prétendants. Gomment allait se faire le choix ? Les dépositaires de la pensée du conquérant, Perdikkas qui occupait la première place depuis la mort d'Héphestion, Euménès, le secrétaire d'Etat, Lysimachos,

1. Sur cette période, nous avons quatre récits d'ensemble. Celui de Droysen (t. II de V Histoire de V Hellénisme) est plein de vie. mais aussi de combinaisons téméraires dont l'inutilité ou l'inexactitude est aujourd'hui prouvée : celui de B. Niese (t. II de la Geschichle der Makedonischen Staaten) est très prudent, n'avance presque pas d'hypothèses mais aussi presque pas d'idées ; celui de J. Beloch (t. lll de la Cwriechische Geschichle avec appendices au t. IV) se recommande autant par une critique serrée des faits que par l'originalité des points de vue ; mais il n'est exempt ni de lacunes, ni de parti pris; celui de J. Kaerst {Gesch. des hellenistischen Zeitalters, II, 1" moitié, 1909) ne va que jusqu'en 301 en 2 chapitres très insuffisants. Dans son Histoire des Lagides (t. I) et dans son Histoire des Séleucides (1913) Bouché-Leclercq a donné deux récits très vivants, mais nécessairement incomplets de cette période.

LE MORCELLEMENT DE l'eMPIRE d'aLEXANDRE

Ptolémée, Séleukos, Néarque, ses plus fidèles lieutenants,

voulaient qu'on attendit la naissance de l'héritier que

Roxane portait dans son sein ; mais l'infanterie macédonienne, conduite par un chef ambitieux, Méléagros, jalouse de la cavalerie qui soutenait les grands chefs, ne pouvait se faire à l'idée d'avoir pour roile petit- fils de Darios; elle proclama le demi-frère à moitié imbécile d'Alexandre, Arrhidée, sous le nom de PhiHppe. Après la naissance du fils de Roxane (septembre 323), Alexandre II, on en vint à un compromis : l'enfant fut associé à son oncle ; Kratéros fut chargé de la régence en Macédoine, de concert avec le vieil

Antipatros, et Perdikkas, secondé par Méléagros, le chef de l'infanterie, fut régent en Orient. Un premier partage des satrapies contenta bientôt les plus ambitieux : Ptolémée reçut l'Egypte, Lysimachos la Thrace, Peithon la Médie, Laomédon la Syrie, Euménès la Cappadoce, Antigonos la Grande Phrygie, Léonnatos la Phrygie hellespontique.

Des mariages consohdèrent cet accord, notamment ceux

de Perdikkas, Kratéros et Ptolémée avec les trois filles d'Antipatros, qui disposait des réserves d'hommes de la

Macédoine.

Des intrigues de femmes allaient ajouter leur poids aux jalousies trop naturelles entre ces généraux ambitieux pour bouleverser cette apparence d'ordre. Olympias, la mère d'Alexandre, et la vieille ennemie d'Antipatros; Kléopatra, sa fille, dont elle promit la main à Perdikkas pour le gagner contre son nouveau beau-père ; Eurydiké, sa nièce, qu'elle fit épouser à Phihppe Arrhidée, telles furent les protagonistes féminins du drame. Le premier acte fut bientôt joué: Perdikkas avait formé le projet de ramener le corps d'Alexandre à Aigai, la vieille cité royale des Macédoniens, et, devenant par Kléopatra le beau-frère d'Alexandre, de s'imposer comme régent unique à l'Empire.

Mais l'escorte du char qui portait les restes d'Alexandre

était déjà parvenue en Syrie sur le chemin de l'oasis

d'Amon, où le roi avait demandé qu'on déposât ses

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cendres ; Perdikkas ne put l'empêcher d'y être rejointe par l'armée de Ptolémée qui conduisit triomphalement la dépouille du grand roi à Memphis d'où, son mausolée achevé, elle devait être transférée à Alexandrie. Ptolémée venait de réunir Cyrène à l'Egypte et, s'alliant avec Antipatros, Kratéros et Antigonos, se posait en prince indépendant visà-vis du régent. Perdikkas eût perdu toute autorité s'il n'eût pas cherché à le réduire. Marchant contre le satrape d'Egypte, il fut arrêté à Péluse ; trahi par Séleukos et par Peithon, il fut tué dans une révolte soudoyée des siens ; la victoire, remportée en même temps par son lieutenant Euménès en Phrygie sur Kratéros qui y succomba \ ne put sauver la cause de la légitimité (mai-juin 321).

II. Sans doute, la Régence ne disparut pas avec Perdikkas. Antipatros, que venait d'illustrer l'écrasement de la révolte d'Athènes (322), fut porté à cette régence unique que Perdikkas avait ambitionnée pour sa perte, et, avec elle, se maintint le fiction de l'Empire unitaire. Mais, accablé d'années, Antipatros n'était plus de force à faire de la Régence une réalité ; si ses collègues n'en avaient pas été assurés ils ne la lui auraient pas confiée. Pour prendre mieux encore leurs sûretés, ils exigèrent, en gages, un nouveau partage des satrapies qui donna aux principaux d'entre eux de véritables royaumes : Séleukos reçut la Babylonie bientôt augmentée de la Susiane ; Antigonos, chargé de poursuivre en Anatolie Euménès et les amis de Perdikkas, ajouta la Lydie et la Cappadoce à la Phrygie. Ce partage, qui eut lieu à Triparadisos dans le nord de la Syrie où Antipatros était venu à la rencontre de l'armée venant d'Egypte, marqua une nouvelle étape dans le démembrement de l'Empire. Des satrapes comme ceux de Médie et de Babylonie, Peithon et Séleukos, se considéraient de fait comme indépendants ; Antigonos, laissé en Asie pour réduire Euménès et Alkétas, les derniers partisans de Perdikkas, y opérait pour son propre compte. Sans doute, quand il eut tué Alkétas

1. Euménès a fait l'objet d'une bonne monographie, Ë. Vezin. Eumenes von hardia (1907) .

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dans Termessos de Pisidie et bloqué Euménès dans Nora de Lycaonie (printemps 319), on put croire la paix et l'unité rétablies dans l'Empire ; mais Antipatros mourut sur ceS entrefaites et le deuxième acte allait finir dans les affres d'une nouvelle convulsion, plus terrible que la précédente.

Revenu en Macédoine avec la veuve et le fils d'Alexandre, Antipatros avait, en effet, désigné comme successeur un de ses plus solides officiers, Polyperchon, ne donnant à son fils Kassandros que la chiliarchie. L'orgueil de celui-ci ne put se contenter de la deuxième place dans l'Empire alors qu'il espérait la première ; il s'allia avec Antigonos qui lui fournit les forces nécessaires pour disputer Athènes à Alexandros filS de Polyperchon, qui y avait rétabli la démocratie (printemps 318). Bientôt, Lysimachos, Séleukos et Ptolémée entrèrent dans l'alliance; Euménès, rallié au régent Polyperchon, fut impuissant à reprendre l'Asie Mineure à Antigonos, et Klitos, son amiral, ne put empêcher Kassandros de passer le Bosphore et de reparaître en vainqueur, d'abord à Athènes, puis en Macédoine où il fut nommé régent par Eurydiké à la place de Polyperchon (été 317). Celui-ci s'entendit alors avec Olympias réfugiée en Epire : victorieuse, la mère d'Alexandre fit impitoyablement exécuter Arrhidée et Eurydiké (aut. 317)-

Les représailles ne se firent pas attendre ; Kassandros accourut du Péloponèse et assiégea Olympias dans Pydna. Au printemps 316, la place, affamée, dut se rendre et la mère d'Alexandre tut mise à mort, tandis que son fils était envoyé. sous bonne garde à Amphipolis. Sans en prendre encore le titre, Kassandros, gendre de Philippe, agissait en roi de Macédoine. Le pouvoir royal n'était plus qu'une ombre et la question n'était plus de savoir qui serait régent de l'Empire mais qui en serait le maître. Si l'unité ne devait pas être maintenue au profit de la dynastie d'Alexandre, elle n'en restait pas moins l'idéal de ses généraux. Le troisième acte du drame va bientôt mettre en présence cinq Etats entre lesquels se divisera presque tout l'Empire ; mais ce n'est pas là un système stable; c'est un équihbre factice

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