‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 92 sur 140 · SI · texte numérisé non relu

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résultant de la seule opposition des intérêts des cinq généraux qui restent les plus forts. Chacun d'entre eux aspire

à rétablir Tunité à son profit; le plus puissant d'entre eux, Antigonos le Borgne, succombera, pour l'avoir tenté, sous les coups de ses collègues que son ambition unira contre lui. III. Ce troisième acte est en deux tableaux. Le premier s'ouvre sur le duel entre Kassandros, maître en Europe, et Antigonos, devenu en même temps maître de l'Asie. Antigonos, en effet, soutenu par Séleukos et Peithon, avait fini par battre Euménès, qui n'était plus à la tête que des contingents disparates des autres hautes satrapies, en Parétacène, dans la région d'Ispahan (fin 317). Non content de mettre Euménès à mort, il avait aussi fait exécuter Peithon de Médie, qui se posait comme son rival, ainsi que les satrapes de l'Inde et de la Susiane ; Séleukos, menacé, s'enfuit auprès de Ptolémée. Tous deux eurent bientôt fait de s'entendre avec Kassandros et Lysimachos ; ils résolurent de disputer l'Asie à Antigonos, tandis que celui-ci, aidé de son fils Démétrios et de son neveu Polémaios, cherchait

à prendre pied en Grèce où il renouvelait les promesses de liberté. Au bout de trois ans de luttes continuelles, la victoire de Ptolémée sur Démétrios à Gaza (printemps 312), tandis qu' Antigonos était arrêté sur l'Hellespont, permit à Ptolémée de remettre la main sur la Phénicie et à Séleukos de retourner à Babylone ; il soumettait les hautes satrapies malgré Démétrios, tandis qu' Antigonos reprenait la Phénicie à Ptolémée et que Polémaios tenait tête à Kassandros en Grèce. L'impossibilité de remporter de part ou d'autre un succès décisif amena les belligérants à signer la paix sur la base de Vuti possidetis : Kassandros devait être stratège en Europe, Lysimachos en Thrace, Ptolémée en Egypte, Antigonos dans les basses satrapies, Séleukos dans les hautes satrapies d'Asie. Les actes étaient toujours datés et les monnaies frappées au nom du jeune Alexandre ; mais, de régence, il n'était plus question (fin 312).

Ainsi, l'effort d' Antigonos pour saisir l'hégémonie s'est trouvé une première fois brisé par l'union de ses collègues.

LE MORCELLEMENT DE l'eMPIRE d'aLEXANDRE

Dans le deuxième tableau de cet acte, le vieux Borgne va se recueillir pour une nouvelle tentative. En apparence, la

fiction de l'Empire uni a fait place à cinq Etats. Mais ceux qui président à leurs destinées n'y voient qu'un équilibre provisoire ; chacun épie les défaillances de l'autre.

Le deuxième tableau s'ouvre par un suprême effort fait pour la légitimité ou, du moins, en prétextant les droits de la descendance mâle d'Alexandre. Kassandros ayant fait disparaître (hiver 310-09) le jeune Alexandre et sa mère Rhoxane, Antigonos et Polyperchon soutinrent contre lui Héraklès, le fils, alors âgé de vingt ans, et élevé à Pergame, qu'Alexandre avait eu de Barsine, fille d'Artabazos, satrape de Phrygie ; mais Héraklès fut assassiné à son tour pour prix de l'entente entre Kassandros et Polyperchon. En dehors de Thessaloniké, la femme de Kassandros, il ne restait de la famille d'Alexandre que son autre sœur Kléopatra ; comme Ptolémée, devenu maître de Chypre, intriguait avec elle, Antigonos la fit exécuter secrètement à Sardes. De son côté, Ptolémée faisait mettre à mort Polémaios, le neveu révolté d'Antigonos (hiver 309-8); en vertu de l'alliance conclue à la suite de ce double meurtre, Ptolémée, au printemps 308, passa en Grèce pour y reprendre contre Kassandros le rôle de Hbérateur ; comme les affaires de Cyrène le rappelèrent bientôt en Egypte, Antigonos put envoyer en Grèce, au printemps suivant, son fils Démétrios. Quand le Poliorcète eut été reçu en hbérateur à Athènes où des honneurs divins et le titre royal lui furent conférés ainsi qu'à son père (printemps 307), ces deux magnifiques ambitieux è étoffe de grands rois qu'étaient Antigonos et son fils furent repris du rêve de la monarchie universelle. Tandis qu'ils retenaient Kassandros par une invasion illyrienne qui rétablissait le jeune Pyrrhos sur le trône d'Epire, ils pressaient de formidables armements pour s'assurer la domination de la mer entre l'Asie et l'Europe. La flotte de Ptolémée fut anéantie à Salamine de Chypre (306), le triomphe qu'éternise sans doute la

Victoire de Samothrace et qui permit aux vainqueurs

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d'assumer ofTiciellement le titre de rois (automne 306).

IV. Ce fut l'apogée de leur puissance, apogée aussi brillante que brève. Le quatrième acte du drame est Thistoire de son déclin. Dès qu'elle eut laissé apercevoir son but de domination universelle, une même inquiétude allia de nouveau étroitement entre eux les quatre autres Diadoques. Pour ne pas paraître inférieurs à Antigonos et à Démétrios, ils commencèrent par adopter à leur tour le titre royal ; puis ils leur préparèrent partout des échecs. Rhodes retint toute une année les forces du Poliorcète et il dut lever le siège quand Kassandros menaça Athènes (printemps 304) ; à peine était-il de retour en Grèce, et à peine, épousant Déidamia, la sœur de Pyrrhos, entreprenait-il de partager la Macédoine avec le jeune roi d'Epire, que Lysimachos,

passant l'Hellespont, envahit la Phrygie (printemps 302) ; à l'automne, Antigonos, impuissant à le repousser, fut obUgé de rappeler Démétrios qui venait d'être acclamé à Gorinthe général en chef des forces helléniques contre Kassandros ; celui-ci reprenait aussitôt l'avantage en Grèce et Pyrrhos, abandonné de son peuple au profit de son cousin Néoptolémos, dut suivre en Asie Démétrios. A peine le PoHorcète avait-il affermi l'autorité de son père en lonie que Séleukos rejoignit Lysimachos avec une superbe armée accompagnée de 480 éléphants qu'il ramenait de la conquête de l'Inde tandis que Ptolémée envahissait la Syrie (hiver 302-1). La bataille décisive eut lieu à Ipsos, au cœur de la Phrygie : près de 75.000 hommes s'entrechoquèrent de part et d'autre ; Démétrios fut vainqueur avec sa cavalerie, mais Antigonos, ne le voyant pas revenir au secours de l'infanterie enveloppée, se donna la mort (été

301). En disparaissant, le grand Diadoque qui, depuis

vingt ans, s'efforçait d'établir sa suprématie, ne disparaissait pas seul : l'idée d'une monarchie universelle qu'il avait héritée d'Alexandre succomba avec lui sur le champ de bataille d'ipsos. Les quatre vainqueurs, étant de force égale, ne songèrent qu'à se partager leur conquête.

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