‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 94 sur 140 · LA GRÈCE ET LES ÉTATS MACÉDONIENS · texte numérisé non relu

LA GRÈCE ET LES ÉTATS MACÉDONIENS

des Cyclades sur lesquelles, de Chalcis, sa base d'opération il s était assuré une sorte de primauté. Mais, ni Polémaios' m Polyperchon, qui s'y essaya de nouveau en 309, ne purent s'affirmer, en face de Kassandros et de ses .Macédoniens comme défenseurs de la liberté grecque; Ptolémée n'y réussit pas davantage dans cette expédition navale de 308 où il mit la main temporairement sur Chalcis, Corinthe et Sicyone, restées sans défense par la mort de Polémaios et d Alexandros Ce n'est qu'en juin 307, quand Démétrios Poliorcète débarqua au Pirée, que les démocraties revinrent partout au pouvoir à l'exemple de ce qui se passait à Athènes. La, Demetrios de Phalère était obligé de se réfu gier à Thèbes, puis à Alexandrie, tandis que les affaires publiques revenaient aux mains de politiciens en qui revivait J esprit des grands orateurs qui avaient combattu Philippe et Alexandre : Démocharès, neveu de Démosthène Habron, fils de Lycurgue, Stratoklès, ami d'Hypénde Les démocraties novatrices, conformément à leurs tendances démagogiques, étaient mieux disposées que les oligarchies jalouses et traditionalistes, à combler d'honneurs les nouveaux maîtres du monde. Antigonos et Démétrios reçurent d'Athènes des honneurs divins : culte comme « dieux sauveurs », statues sur l'Agora à côté de celles des tyrannicides, leurs noms donnés à deux nouvelles tribus enfin le titre royal. Décernés à Athènes qui était encore la capitale morale du monde grec, ces honneurs ne furent pas que des mots : ils eurent un immense retentissement et une émulation de flatteries s'empara des autres cités' Dans ce mouvement, il ne faut pas voir que servilité envers les puissants du jour ; c'est aussi la vieille Grèce républicame qui accepte le régime nouveau des rovautés orientahsees entre lesquelles se divise maintenant le monde hellénique. C'est en Grèce comme dans le reste de l'univers hellénise, l'idealde la cité libre qui recule devant celui delà monarchie universelle.

Désormais, malgré quelques illusions que donneront encore a Athènes des orateurs comme Mikion ou Athénion,

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à Sparte des capitaines comme Agis, Cléomène ou Machanidas, aux villes achéennes des chefs comme Aratos et Philopoimen, les cités de la Grèce savent que, comme puissances, elles ont passé au second plan de l'hellénisme ; elles le savent et elles l'acceptent pourvu que les rois, nouveaux maîtres du monde grec, leur témoignent des égards et, en cas de besoin, les secondent de leurs richesses. Elles acceptent ces égards et ces présents, mais elles les considèrent comme dus et n'y voient pas une raison de s'attacher à leurs auteurs. Pour celui des souverains hellénistiques qui est leur voisin, pour le roi de Macédoine, la défiance qu'elles n'ont pas cessé de lui témoigner va, trop souvent, jusqu'à l'hostilité. Les grands princes qu'a eus la Macédoine

du me siècle auraient eu facilement raison de cette hostilité, et cela d'autant plus que, quand les ohgarchies se liguaient contre eux, les démocraties les appelaient et i^iceçersa; mais l'entrée en ligne des populations riveraines de l'Adriatique vint trop souvent retenir, rappeler et affaiblir les rois de Macédoine. Quel que fût heur degré d'hellénisation, presque complète comme chez les Etohens, à moitié accompHe comme chez les Epirotes, à peine commencée comme chez les Illyriens, ces peuples n'ont pas cessé d'être pour la Macédoine une menace qui Ta empêchée d'unifier la Grèce sous son empire.

On semble généralement admettre que cette unification eût été un danger pour le génie hellénique. On ne saurait prouver ni l'exactitude, ni l'inexactitude de cette opinion ; mais on peut faire observer que l'unification peut aisément se combiner avec l'autonomie municipale et qu'on ne voit pas que ce régime, qui a été celui des villes grecques d'Asie

sous les Séleucides, ait empêché leur développement intellectuel ou leur expansion économique. En tout cas, ce qui paraît certain, c'est qu'en s'absorbant dans ses luttes intestines, en causant par là son affaiblissement puis, finalement, sa ruine avec celle de la Macédoine, la Grèce a nui à la grande œuvre de l'hellénisation.

Sans doute, on ne peut qu'admirer le patriotisme sincère

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