‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 95 sur 140 · LA GRÈCE ET LES ÉTATS MACÉDONIENS · texte numérisé non relu

LA GRÈCE ET LES ÉTATS MACÉDONIENS

qui anime l'éloquence d'un Démosthène ; mais l'enthousiasme dont son nom a été entouré dès sa mort a suscité dans toutes les répubhques grecques des Démosthène au petit pied, à qui le patriotisme local a fait trop oubher les intérêts vitaux de l'hellénisme. Si l'on peut excuser les plus anciens d'entre eux, dominés qu'ils étaient par la vieille tradition de la cité-état, de n'avoir pas su discerner ces intérêts panhelléniques, il n'en est plus de même des contemporains de ce Polybe qui les comprend si bien — mais trop tard. L'histoire ne saurait dissimuler que toute l'éloquence de ces émules de Démosthène était dirigée en sens contraire des besoins et des destinées de l'hellénisme. S'ils avaient consacré leurs talents à unir les Grecs autour du grand capitaine macédonien et de ses successeurs, pour la cause nationale, au lieu de les détourner d'eux, Alexandre et les Epigones auraient eu derrière eux l'hellénisme tout entier. Sans doute, la conquête macédonienne ne pouvait être plus prodigieuse qu'elle ne l'a été ; mais elle pouvait être plus sohde. A peine dissipé le nuage doré de gloire qu'elle a soulevé autour d'elle, sa fragilité apparaît de toutes parts. Ce grand essor de l'hellénisme, ce qu'on peut appeler «rHellénisme triomphant » qui, en dix ans, a mis l'Orient entier aux mains des Grecs, n'a pu être poussé jusqu'au point où il eût fait, selon le rêve d'Alexandre, du monde d'alors, un empire grec. Dès la génération suivante, c'est par l'insuffisance de leurs forces mihtaires — et cette insuffisance tient surtout à ce que la Grèce, jalouse et divisée, se refuse à les suivre — que l'Hellénisme échoue de toutes parts dans l'effort des grands Macédoniens à achever l'entreprise du plus grand

d'entre eux : Antiochos voit le Nord et l'Iran lui échapper pour passer aux Parthes qui seront les plus redoutables adversaires de l'expansion gréco-romaine; Lysimachos, vaincu en Scythie, doit laisser les populations celtiques et gétiques s'établir en maîtresses du Danube à l'Hèbre ; Agathocle échoue dans son magnifique effort contre Gartha^e ; Pyrrhos, faute de soldats, ne peut sauver l'Itahe grecque de l'étreinte de Rome : il n'a fait que réveiller la louve qui,

en moins d'un siècle, aura jeté ses griffes sur tout l'empire d'Alexandre. Si le génie d'Hannibal ne l'avait retenue sur la défensive jusqu'à la fin du III« siècle, Rcme aurait peut être, un siècle plus tôt, soumis le monde hellénique arrêtédans son essor.

C'est sur l'histoire de l'expansion dernière, puis de l'arrêt et du recul de l'hellénisme dans cette période, qu'il nous faut jeter un coup d'œil.

ir. — EXPANSION ET RECUL DE LHELLÉNISATION JUSQU'AU MILIEU DU II- SIÈCLE. — LES FRONTIÈRES DU MONDE HELLÉNIS- TIQUE EN ASIE, EN AFRIQUE, EN EUROPE.

On a vu par quelles vicissitudes l'empire d'Alexandre a fini par se diviser en trois grands Etats, un sur chacun des continents qu'embrassait la conquête macédonienne : Antigonides en Europe, Séleucides en Asie, Lagides en Afrique. Cette division n'a pas mis fin aux confhts dont les ambitions rivales ont été la cause et certaines frontières contestées — côtes de la Syrie et bords de l'Hellespont — le prétexte; conflits déplorables, qui ont amené ces trois empires à s'affaiblir et à se ruiner mutuellement, jusqu'à ce que, à Magnésie, Pydna et Actium, ils deviennent la proie de Rome. Mais ces guerres intestines nous intéressent moins ici que l'affermissement et le développement que, malgré elles, l'œuvre d'Alexandre a subis pendant les quarante années des guerres des Diadoques et pendant le reste du iii^ siècle. Ce sont les progrès de l'hellénisation de l'Orient que nous chercherons à retracer ici. Nous commencerons par l'extension territoriale aux frontières pour revenir ensuite, de ces marches de l'hellénisme, jeter un coup d'œil sur ses nouvelles capitales.

Alexandre avait promené ses armes victorieuses des déserts de la Libye aux steppes de la Scythie, du Taurus à l'Himalaya ; mais il n'avait pas eu le temps, non seulement de réduire à une soumission réelle toutes les populations de cet immense empire, mais même de les obliger à lui rendre hommage. Les frontières de ce qui devait être le

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monde hellénistique étaient partout atteintes ; restait à compléter la conquête et à y rendre l'autorité macédonienne,

de nominale, effective.

Si nous jetons, à ce point de vue, un coup d'œil sur l'Empire à la mort d'Alexandre, nous y verrons que la plupart des régions que leurs montagnes rendaient difficilement accessibles étaient restées indépendantes, les unes de l'aveu

d'Alexandre et en reconnaissant sa suzeraineté — telles la Carie avec sa vieille reine Ada, les Pisidiens dont il avait enlevé les plus fortes places —, les autres sans avoir fait envers lui aucun acte d'hommage — telles la Cappadoce sous Ariarathe, la Paphlagonie Pontique sous Mithridate, la Bithynie soiis Bas, l'Arménie sous Orontès, tous chefs nationaux reconnus par les Perses; aux extrémités de l'Empire, d'une part, Cyrène qu'Alexandre n'avait pu atteindre, d'autre part la Thrace danubienne et le littoral du golfe Persique qu'il n'avait pu que traverser, restaient également indépendants de fait.

Comment les successeurs d'Alexandre, malgré les forces précieuses perdues dans le demi-siècle de guerres intestines, ont-ils pu continuer son œuvre ? Sur quels points ont-ils dû reculer ? sur quels autres ont-ils avancé ? où l'hellénisme n'at-il été que de surface et où a-t-il pris des racines sohdes ?

C'est ce que nous allons examiner en parcourant les grandes

divisions naturelles de l'immense empire telles qu'elles se présentaient vers le milieu du iii^ siècle.

Asie Mineure. — De toutes les parties de l'Empire d'Alexandre, l'Asie Mineure i semblait, une fois soumise, la plus facile à helléniser -. Ce n'est pas seulement

l.^J'emploie ce terme consacré bien qu'il ait été inconnu des écrivains de 1 époque. Ils distinguent l'Asie en Asie au delà et Asie e?i deçà du Taurus (cette chaîne se prolongeait suivant eux par le Masios jusqu'en Arménie) ou en hautes et basses satrapies.

2 Les éléments du tableau que nous allons tracer pour les trois parties de 1 Asie grecque se trouvent répartis dans The house of Seleucus de R. Bevan (1902) et V Histoire des Séleucides de A. Bouché-Leclercq (Paris,

1 "1 Oj .

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qu'elle fût la plus proche de la Grèce et que tout le ruban de ses côtes était occupé depuis des siècles, de la Cilicie à la Colchide, par des colonies grecques ; c'est aussi que la plusimportante de ses populations était apparentée, de langue, de mœurs et de religion, aux Grecs. Entre la vieille population autochthone qui avait formé l'empire hétéen du XV® siècle et la noblesse iranienne disséminée par les conquêtes de Cyrus et de Darios, la masse des peuples anatoliens était formée de ces bandes indo-européennes qu'on a vu passer en Asie en flots successifs, le premier au xv®,

le second au xii® siècle, un troisième peut-être au ix^ siècle.

Si les peuples des vallées lydiennes et mysiennes et des plateaux phrygiens et cappadociens avaient été soumis par les rois de Perse, comme ils l'avaient été déjà par les rois de Phrygie et de Lydie, s'ils avaient pu se développer dans une paix relative en formant les deux satrapies de Phrygie, celle de Lydie et celle de Cappadoce, il n'en était pas de même sur tout le pourtour montagneux. Au Sud, Cariens, Lyciens, Pamphyliens, Pisidiens, Ciliciens, au Nord, Bithyniens, Paphlagoniens, Tibarènes, Mosques et Colques, enfin Arméniens, tous étaient plus ou moins indépendants. Pour masquer cette indépendance à leurs propres yeux, les Grands Rois affectaient de considérer les chefs indigènes de ces peuples comme des satrapes. C'est comme tels que régnaient, dès la fin du v® s., en Paphlagonie, la maison de Korylas, en Bithynie, celle de Doidalsas, maisons qui s'y maintinrent à l'époque hellénistique ; dans le Pont et dans les montagnes de la Cappadoce, les dynasties régnantes s'étaient laissé pénétrer par la culture iranienne comme l'attestent les noms que continueront à porter leurs descendants hellénisés, les Ariarathès et les Ariobarzanès de Cappadoce, les Mithradatès et les Pharnakès du PonV. Chez les peuplades

indépendantes du Sud, sauf en Carie où régnaient les descendants hellénisés de Mausole, aucune royauté n'avait réussi à s'imposer ; même, malgré un vague lien religieux, c'est

1. VoirGutschmid, Geschichte des Iran (1888) et W. Geiger. Ostiranische KuUurim Altertum (t^rlangeo, 1882).

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la guerre de tribu à tribu, de vallée à vallée qui était le régime ordinaire en Pisidie ou en Lycie.

Alexandre n'avait pu imposer tribut que là où il était passé ; en Carie, où, après la mort d'Ada à qui il avait rendu le pouvoir, son satrape Asandros étabht une autorité dont la rapide hellénisation du pays facihta le développement ; en Pisidie et en CiUcie où il avait mis les montagnards à la raison en 334. Mais il avait dû se contenter de vagues promesses des Bithyniens et des Paphlagoniens, et Ariarathès de Cappadoce ne lui avait même pas fait hommage. Ses satrapes ne furent pas plus heureux : celui de Phrygie helles-

pontique, Kalas, fut battu par Bas de Bithynie ; celui de Cilicie, Balakros, périt en essayant de prendre I saura et Laranda. Ce n'est que sous Perdikkas qu'Alkétas, son frère, sut gagner les Pisidiens— encore obligèrent-ils Achaios et Antiochos III à les combattre — tandis qu'Euménès soumettait la Cappadoce avec les parties voisines d'Arménie et de Cihcie et que Perdikkas lui-même mettait en croix le vieil Ariarathès I«^ (329-19). Mais un de ses fils, Ariarathès II, se maintint en Cataonie où, allié avec Artavasdès de Petite Arménie, il battait, tour à tour, les généraux d'Antigonos (v. 310) et de Séleukos (301); un Mithradatès de Kios, par une suite d'habiles trahisons, réussit' à se tailler un royaume le long du Pont, de l'Olgassys jusqu'audelà de l'Iris, et prit le titre de roi après Ipsos; en Bithynie, Lysimachos, puis Séleukos furent impuissants contre l'habile Zipoitès et son fils Nikomédès qui proclamaient en 297

leur autonomie ; le désir d'indépendance des Mysiens

ne laissa pas sans doute de faciliter à Philétairos de Tios la fondation de l'état pergaménien. Quand son successeur, Euménès \^\ eut pris le titre de roi — que Nikomédès et Mithradatès avaient assumé dès 280 — par la victoire éclatante où périt Antiochos I^r, en 263-2, les quatre Etats qui devaient se diviser l'Asie étaient constitués : Pergame, Bithynie, Pont, Cappadoce. Le cinquième, celui des Galates qui avaient passé en Asie en 278-7, s'était établi, — grâce à des cessions de terres faites par Nikomédès de Bithynie et

par Antiochos I^r — dans la future Galatie où les victoires d'Attalos 1er devaient circonscrire les Gaulois après un demi-siècle de dévastations en Asie (v. 230).

Si ces cinq Etats vivaces constituaient pour les Séleucides un danger que compliquait l'occupation ptolémaïque de plusieurs ports des côtes du sud de l'Asie Mineure, ce n'était pas un péril pour l'hellénisme. Pergame se piqua même,

dès l'origine, d'un hellénisme plus pur que celui des Séleucides et digne en quelque sorte des vieilles traditions grecques localisées en Afysie et en Troade ; bientôt, ses victoires sur les Calâtes lui donnèrent une auréole incomparable aux yeux des Grecs d'Asie. En Bithynie et au Pont, l'hellénisme, introduit par les ports grecs, se développait rapidement par la volonté de souverains civilisateurs. Déjà, les Mithridate du ive siècle avaient mérité d'être nommés citoyens

d'Athènes et l'un d'eux passe pour avoir élevé une statue de Platon; Nikomédès 1er construit, en face de la Nicée de Lysimachos, Nicomédie, une des futures capitales du monde; Ariamnès de Gappadoce grave les légendes en grec, au heu d'araméen, sur les premières monnaies où il prend le titre de roi, et son fils, Ariarathès III, épouse Stratoniké, fille d' Antiochos II, tandis que sa sœur Laodiké est donnée à Mithradatès II ; celui-ci infligeait à Ancyre une grave défaite à Séleukos II (v. 240) pour le compte de son beau-frère Antiochos Hiérax, qui épousait la fille de Ziaélas de Bithynie ; son adversaire, Attalos ler^ était le fils d'une Antiochis' cousine d'Antiochos II ; enfin Achaios, neveu d'Antiochis^ et Antiochos III, épousaient deux filles de Mithridatès II (v. 220). Les Séleucides sont ainsi, par leurs divisions, amenés à reconnaître comme rois les fils de ceux en qui ils ne voyaient, cinquante ans plus tôt, que des satrapes infidèles ou des chefs rebelles.

D'ailleurs, le reste de l'Anatolie leur restait fidèle. L'épigraphie a fourni de nombreux documents qui montrent que, jusqu'à la fin du me siècle, les villes éoliennes groupées autour du temple d'Ihon, et les villes ioniennes confédérées autour de celui de Didymes, restèrent attachées aux Séleu-

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cides qui surent ménager leurs libertés tout en favorisant leurs embellissements. La meilleure preuve de cette popularité des Séleucides est le peu d'appui qu'Achaios rencontra en Asie quand il essaya de s'y tailler une royauté aux dépens de son cousin Antiochos III.

L'hostilité entre les rois grecs de l'Asie avait indirectement servi l'hellénisme. Pour contenir leurs rivaux, les Séleucides avaient dû installer des colonies militaires à tous les points stratégiques : ainsi Magnésie du Sipyle et Thyateira en Lydie colonisées par Séleukos ler^ Apamée du Méandre par Antiochos 1er, Laodicée du Lykos par lui ou par Antiochos II. Dans la seule Carie Antiochos 1er passait pour avoir fondé, en dehors d'Apamée et de Laodicée, une Stratonikeia et une Nysa, d'après le nom de ses

femmes, et une Antiocheia en son propre honneur. Comme

les rois de Pergame en firent autant sur leurs frontières quand ils entrèrent en conflit avec les rois de Syrie et de Bithvnie et avec les Galates — d'où tant d'Euméneia et d'Attaleia — ; comme des ministres ou généraux des souverains imitèrent leur exemple — de là Thémisonion, Lysias, Philomélion; ainsi, au cours du me siècle, une cinquantaine de places purement grecques vinrent diffuser l'hellénisme à travers l'Anatolie. Les inscriptions attestent le rapide progrès que le grec y fit aux dépens des dialectes indigènes; si ceux-ci restèrent parlés par le peuple des campagnes jusqu'en plein empire romain, dès le ne siècle av. J.-C, toutes les cités d'Asie Mineure n'employaient que le grec dans leurs actes officiels et étaient administrées par des municipalités de type grec. Même les Galates furent pénétrés par la culture hellénique : moins d'un siècle après leur passage en Asie, ils avaient été assez gagnés par la civilisation ambiante, pour que les Romains ne vissent plus en eux que des Gallo-Grecs (188).*

1. Pour l'hellénisation dans le Pont et la Bithynie, voir Th. Reinach, Mithridate Eupalor (1890) et (avec Babelon) Monnaies d' Asie Mineure (l-ll) ; pour P'Tgame, G. Cardinali, // regno di Pergamo (1906) et A. Heinach, Les colonies militaires de Pergame {Rev. arcA., 1908-9 ; sera continué dans la Rev. épigraphique) .

Haute Asie. — Dans les « hautes satrapies » que l'Anti- Taurus et TEuphrate séparaient de l'Asie Mineure, la pénétration hellénique fut moins aisée, mais non moins féconde. C'est qu'elle se voyait ici aux prises, non avec des populations arriérées, mais avec des civilisations millénaires. Babylone et Suse étaient des capitales du monde deux mille ans avant Homère. Aussi bien, tandis que l'hellénisme ne trouvait en Anatolie presque rien à recevoir en retour de tout ce qu'il y apportait, en Mésopotamie il put s'enrichir des trésors de science accumulés par les Chaldéens. Le merveilleux développement scientifique de Tépoque alexandrine

doit autant à Babylone qu'à Memphis i.

Dans ces hautes satrapies, il faut distinguer comme un fruit robuste — Mésopotamie et Iran — avec un noyau fécond — Chaldée — et une écorce rude — tout le pourtour montagneux qui l'enveloppait du Caucase à l'Himalaya. Le sort de l'hellénisme fut différent dans chacune de ces parties du monde oriental.

Babylonie et Susiane. — Pour la Babylonie, Séleukos, son satrape dès 321, y fut reçu comme roi en 317 après qu'il y eut annexé la Susiane, l'autre grand centre de culture du haut Orient. Les Séleucides devaient y régner cent soixante-quinze ans, renouant aux yeux des indigènes la tradition interrompue depuis Nabuchodonosor, relevant ou construisant des temples, écrivant en cunéiforme leurs actes publics. Mais Séleukos ne se sentait pas à l'aise au milieu de la vieille capitale chaldéenne : il transporta sa résidence à Séleucie du Tigre, reliée par un canal à l'Euphrate, à 65 kilomètres au nord de Babylone. Jusqu'à ce qu'elle fût remplacée par la Ctésiphon des Arsacides, de l'autre côté du Tigre, puis par la Bagdad musulmane (à 50 milles au nord), Séleucie devait être la capitale du haut Orient hellénisé ; au temps de Phne, malgré deux siècles de domination parthe, c'était encore une grande

I. Voir sur ce point Franz Cuinont dans !«« Neue Jahrbilcher de 4911.

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ville grecque. Trois autres Séleucie, une Antioche, deux Apamée, une Apollonie attestent que l'activité colonisatrice des premiers Séleucides ne s'est pas bornée en Chaldée

à leur capitale de Séleucie du Tigre. Et la fusion des deux cultures s'y poursuit rapidement : c'est sous Antiochos I*^^ que Bérose, prêtre de Bel, mit l'histoire de l'Orient à la portée des Grecs, et nous l'a préservée ainsi ; sous Antiochos II, Diogène de Séleucie dit « le Babylonien » devient le chef de l'école stoïcienne ; si Séleukos, son compatriote, fut, avec Aristarque de Samos, un précurseur de Copernic, il le doit sans doute aux antiques observatoires de Babylone. *

Perse et Médie. — Le cœur de l'Iran était formé par la Médie avec Ecbatane, et la Perse, avec Pasagardes et PersépoHs. Ces deux citadelles montagneuses qui s'étendent au nord-est de la Susiane et de la Babylonie avaient comme contreforts : au nord, l'Hyrkanie et la Parthie ; à l'est, l'Arie, la Drangiane et la Carmanie — soit presque

toute la Perse moderne. Des plateaux fertiles s'y opposaient

à de rudes pays alpestres. Dans ces massifs tourmentés, les Séleucides ne réussirent pas plus qu'Alexandre à établir une domination incontestée ; ils laissèrent à la Médie du nord — celle des Kurdes du Zagros dont le chef-lieu, Gazaka, était une des villes sacrées du Mazdéisme — une indépendance relative sous la dynastie d'Atropatès, beaupère de Perdikkas (d'où Atropatène, Azerbeidjan) ; ils la laissèrent de même à la Perside où les indomptables Mardes entouraient la cité nationale de Pasagardes. Mais, sur les hauts plateaux, leur autorité fut reconnue d'autant plus aisément que leur dynastie pouvait y être considérée comme nationale^ Séleukos ayant épousé aux fêtes de Suse, Apama, fille de Spitaménès, satrape d'Hyrkanie, l'un des plus grands noms de la noblesse iranienne. Nobles Iraniens et nobles Macédoniens, grands chasseurs et grands

1. Voir Sir Thomas Heath, Aristarchos of Samos, the ancient Copernicus (Oxford, 1913).

sabreurs, étaient faits pour s'entendre; dès le temps d'Aîexandre, le satrape de Perse, Peukestas, avait donné Texemple en apprenant l'iranien; les Séleucides trouvèrent beaucoup d'excellents officiers dans leur noblesse iranienne. Il n'est cependant pas douteux qu'elle appuya la révolte de Molon, satrape de Médie et de Perse, qui, entré à Séleucie du Tigre en 222, y prit le titre de roi ; mais la promptitude avec laquelle elle se rallia au souverain légitime quand Antiochos III parut et la paix qu'Artabazanès de Médie s'empressa de lui demander attestent la sincérité de leur respect pour le nouveau « roi des rois ».

Au temps du Polybe, la Grande Médie était couverte de villes hellénisées dont les principales étaient Rhagai, devenue Eurôpos en souvenir du lieu de naissance de Séleukos, et.Apaméa Rhagiana. Autour de la Médie, il y eut moins

hellénisation que colonisation militaire grecque : Antioche de Perside, Hékatompyle de Parthie, Alexandrie d'Arie, sont surtout de grandes places de guerre et de commerce. Au nord du Zagros, sur tous les contreforts méridionaux du Caucase, dominés par l'Ararat, l'Arménie formait comme le bastion où se soudaient Gappadoce et Médie. Les Assyriens avaient déjà épuisé leurs forces à la soumettre quand les Arméniens, pointe avancée de l'invasion phrygienne, s'y étaient superposés à la vieille population alaro- ' dienne (Ourartou, Ararat) ; le satrape perse s'y était rendu à peu près indépendant, et Alexandre, puis Euménès, furent impuissants à en chasser le vieil Orontès. Dès 300 environ, son fils Artaontès, alHé d'Ariarathès II de Gappadoce, s'y était déclaré indépendant. Ses descendants s'y maintinrent — l'un d'eux fut l'allié d' Antiochos- Hiérax — malgré les efforts d'Antiochos III, qui ressaisit pourtant la Sophène en 212. Après la défaite par les Romains de

ce dernier des « grands rois » séleucides, l'Arménie se divisa en ces deux royaumes, la Petite et la Grande Arménie, qui servirent d'Etats-tampons entre les Romains et lesParthes. Ce n'est guère qu'à cette époque, à partir de Tigrane, l'allié

de Mithridate, que l'Arménie entra dans l'aire de la culture

expansion et recul de l^hellénisation 239

gréco-romaine. Mais celle-ci y sera toujours combattue par a culture scytho-iranienne des Parthes : c'est ce peuple gue nous allons voir grandir de l'autre côté de la Caspienne qm devait être le plus redoutable péril pour l'hellénisme en Asie. Que ses monarques s'appellent Arsace, Sapor ou Ghosroes, c est eux qui prendront en Orient la succession

des Danos et des Xerxès que les Séleucides n'ont pas su garder et que les empereurs romains n'ont pas su reprendre au profit de la civilisation gréco-latine.

Les Parthes, la Bactriane et l'Inde. - Au delà de 1 Elbourz et de l'Hindo-Koush (Paropanisos), on quitte llran proprement dit pour les satrapies irano- ou ihdoscythiques, Margiane, Bactriane, Sodgiane au Nord • Arachosie et Gédrosie au Sud - Turkestan, Kaboul, Afghamstan et Bélouchistan d'aujourd'hui. Il y avait là des races mixtes scytho^iraniennes, comme les Sagartiens. les Saces et les Dahes (Daces), indo-iraniennes comme les Orites de Gedrosie et les Paktyes d'Arachosie, les Pakhtân, ainsi que' se nomment les Afghans actuels. Gomme toutes les races mixtes, elles étaient plus aptes à se laisser gagner par une culture nouvelle. De plus, Alexandre avait, au moins en Bactriane et dans les Paropanisades, cherché à installer

une veritab e colonisation hellénique : c'était, en effet, la clef de l'Inde et de l'Asie antérieure

G'était aussi le centre primitif du Zoroasthsme. G'est un des rois de la dynastie bactrienne des Kavyanides, Vishtaspa (Hystaspe), qui paraît dans l'Avesta comme le soutien de Zoroastre ; sous ces princes, les Bactriens avaient repousse les rois d'Assyrie et ils paraissent n'avoir reconnu la suprématie des rois de Perse qu'à condition d'avoir un pnnce royal pour vice-roi ; ce prince perse était appuyé d ailleurs, sur Kyroupohs et six autres places fortes On a vu leur résistance acharnée contre Alexandre sous leur satrape, l'Achéménide Bessos. En même temps qu'il

trf^d'Z"' ''^''^^'' ^'' P'^^^^ ^^'•^^ qui, sous le non. de Balkh, Merv, Hérat, Kaboul, Samarkand, Khodjend

-fiL.

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sont restées les capitales de ces régions, le conquérant prenait des mesures contre certaines conséquences des doctrines mazdéistes qui devaient paraître autant d'abominations aux Grecs : telle la coutume de faire dévorer les cadavres par les chiens et les vautours. C'est pourquoi, Alexandre qui, en Perse, est devenu une sorte de héros national, passe-t-il, chez les Parsis, pour une incarnation de l'esprit du mal qui aurait fait brûler les 21 livres originaux de TAvesta.

Aussi n'y a-t-il rien de surprenant à voir les Bactriens se

détacher de l'empire séleucide dès le milieu du m® siècle sous la direction de leur habile stratège Diodotos qui se déclara roi vers 250. Que ce n'était pas révolte d'un général ambitieux mais réveil national, c'est ce que montre la suite de l'histoire de la Bactriane étroitement liée à celle de ses deux voisines, Parthie au sud-ouest, Inde au nord-est. '

Dès 300, les Parni, tribu du grand peuple scythique des Dahes, quittant le nomadisme, s'étaient fixés en Astabène sur les frontières de la Parthyène ou Parthie où Séleukos I^r avait fondé quatre villes dont Tune, Achaia, paraît devoir son nom à Achaios, stratège d'Antiochos I^^ Le satrape de Parthie de cette époque, Andragoras, semble avoir d'abord conquis son indépendance avec l'aide d'Arsakès, chef des Parues ; puis, celui-ci le renversa et, sur ses monnaies, s'assit, l'arc à la main, sur l'omphalos de l'Apollon séleucide (248 -.début de l'ère des Arsacides). Son frère et successeur

Tiridatès, quand il eut repoussé une attaque de Séleukos II mollement secondé par Diodotos II (vers 240), fut le véritable fondateur de la dynastie des Arsacides; pour se rendre populaire auprès des Iraniens de Parthie, il se rattacha aux Achéménides par une fihation complaisante, comme le faisaient de leur côté les Mithridate du Pont.

Depuis un demi-siècle, l'Inde était soustraite à l'empire macédonien ; mais le nom des Y ananas ou Yonakas y restait redouté. Quand le satrape Peithon établi par Alexandre,

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