‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 98 sur 140 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ÉTATS HELLÉNISTIQUES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ÉTATS HELLÉNISTIQUES

III. - CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ÉTATS HELLÉNISTIQUES ILS PRÉPARENT LA VOIE A L'EMPIRE ROMAIN

Si les successeurs d'Alexandre ont échoué dans son rêve d'unir tous les peuples connus en un vaste empire grec, s'ils n'ont même pas pu se maintenir dans les frontières

qu'il leur avait léguées, laissant les Parthes étabhr leur hégémonie au delà de l'Euphrate et Rome absorber la Grèce d'Italie et de Sicile, ils n'en ont pas moins donné à l'hellénisme une impulsion inouïe. On peut même dire que, ^ i l'hellénisme est resté dans le monde une force essentielle qui, à. travers l'Empire romain, domine encore le monde moderne, c'est grâce aux formes nouvelles qu'il a pris sous l'action des monarchies macédoniennes. Si l'Empire romain a réahsé le rêve de monarchie universelle conçu par Alexandre, c'est en adoptant la plupart des formes et des formules mises en œuvre par ses successeurs. Sans doute, pour qui ne pense qu'aux lettres et aux arts dans toute leur pureté classique, c'est l'Athènes de Périclès que le mot d'hellénisme évoquera toujours; mais, pour celui qui s'attache aux éléments profonds de la civilisation gréco-latine, c'est à Thessalonique, à Pergame et à Ephèse, c'est à Antioche de l'Oronte, à Séleucie du Tigre

et à Alexandrie d'Egypte, qu'il en trouvera la source au temps des successeurs d'Alexandre.

Ce que cet hellénisme alexandrin a été au point de vue des lettres et des arts, des idées et des mœurs, on l'exposera plus loin. Nous voudrions seulement esquisser comment son idéal politique et son idéal religieux — ces deux faces inséparables de la pensée antique — se sont renouvelés parle contre-coup de cette conquête qui, durant un temps, a fait régner l'hellénisme sur la meilleure partie du monde connu.

1. Dans le t. II de sa Geschichte des kellenislischen Zeilalters, J. Kaerst a consacré 5 cliap. à Die hellenisfische Kultur et 4 chap. à Der hellenistische Slaat, mais ils n'ont rien ni de la précision ni de la vigueur de la partie correspondante de l'ouvrage cité de Beloch. L'ouvrage de Maliady, The progressofhellenism in Alexanders Empire (Londres, lî»05) est un essai brillant, mais très inâul'ilsant.

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Jusqu'ici, on le sait, cet idéal était celui de la cité; elle avait ses lois et ses dieux ; elle avait sa fin en elle-même et, à tous les

points de vue, n'aspirait qu'à se développer pour elle-même. Maintenant il va falloir que lois et dieux puissent s'adapter à des centaines de villes, pour des millions d'êtres, à travers des milliers de lieues. De là, les deux tendances profondes de l'hellénisme qui passe de l'idéal de la polis à celui de V oikoiiméné, tendances associées qui résultent de cette extension même : tout s'agrandit aux limites du cadre nouveau, tout s'ordonne autour d'un principe dominant à l'instar de l'état monarchique.

Malgré les différences que leur imposait leur passé même et leur constitution, les grands Etats hellénistiques se ressemblent dans les traits essentiels. Dans chacun d'eux, trois éléments vivent côte à côte : I. Une caste militaire fournie par la nation conquérante; II. Des villes helléniques privilégiées ; III. Les peuples conquis conservant autant que possible leurs coutumes propres.

L — La caste conquérante ne comprend pas seulement les

Macédoniens de race; beaucoup de Grecs, même des membres de la noblesse indigène, peuvent s'y agréger ; le nom de Makèdôn.qw'on a toujoursétéfierdeporterdansles royaumes hellénistiques, n'impHque pas nécessairement qu'on descende des compagnons d'Alexandre, mais seulement qu'on a été assimilé à la situation privilégiée qu'on a faite à ceux-ci. Cette situation privilégiée est, en gros, celle du système féodal : dans les immenses terres de la couronne héritée de rois détrônés et accrues par la conquête, chaque Macédonien a pu recevoir un fief ; en échange, il doit, à l'origine, le service militaire personnel ; bientôt, cette charge est plus spécialement imposée aux colonies militaires. Dans ce système il ne s'agit plus de vétérans choisis — Macédoniens, Grecs ou assimilés — qui reçoivent dans les campagnes un fief personnel et isolé ; une petite place forte est fondée — ou refondée — en un point d'importance stratégique pour recevoir toute une colonie ; chaque vétéran y est doté

d'un petit domaine qu'il peut léguer à son héritier, à condi-

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