‹ L'Hellénisation du monde antique [microform]; leçons faites à l'École des hautes études socialesChapitre 97 sur 140 · II · texte numérisé non relu

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eurent beau vaincre, les lUyro-Celtes heurtaient, de plus en

plus fort, aux frontières de Macédoine et d'Epire, cernant les grandes villes grecques de la côte, Apollonie et Epidamne. Sans l'intervention des légions romaines au début du II© siècle, il y a lieu de croire qu'une nouvelle invasion nordique eût submergé la Grèce.

Si les successeurs d'Alexandre ont ainsi échoué au Nord, ils ont subi un échec plus grave encore à l'Ouest.

Sicile et Italie. — Au moment où Alexandre passait en

Asie, l'hellénisme d'Italie se trouvait dans une position critique. Rome, repoussant les Samnites de Campanie et leur enlevant Naples et Cumes, les rejetait vers le Sud; talonnés par les bandes sabelliennes, Bruttiens, Lucaniens, Messapiens et Apuliens se jetaient sur les riches cités grecques de la côte. Malgré la tentative qu'Alexandros d'Epire, l'oncle d'Alexandre, fit pour les dégager, sa mort sous les coups des Lucaniens, en 330, ne laissa bientôt indépendante que Tarente avec Métaponte et Héraclée, Thourioi avec Grotone, et Rhégium avec la pointe duBruttium, de Gaulonie à Térina.

Ces dernières cités grecques d'Italie ne pouvaient attendre de secours de Sicile. A Syracuse où, après dix ans de guerres civiles, Agathocle avait fini par établir son autorité appuyée sur ses mercenaires (316), ce grand capitaine réussit à grand'peine à arrêter les progrès des Carthaginois sollicités par

les villes qui avaient refusé d'entrer dans la confédération

syracusaine, Agrigente, Gela, Messine. Pour obliger les Carthaginois à lever le siège qu'ils mirent en 310 devant Syracuse, Agathocle, par une hardiesse qui annonçait Scipion, alla menacer Garthage en Afrique. Allié avec Ophélas, le général de Ptolémée qui s'était rendu maître de Cyrène, il eût pu faire triompher l'hellénisme en Afrique sans les éternelles jalousies des chefs grecs : en Afrique, Agathocle dut faire assassiner Ophélas qui conspirait contre lui et fut repoussé surtout par les mercenaires grecs de Garthage (309) ; de retour en Sicile et vainqueur des Carthaginois qu'il

rejeta dans Lilybée et dans Panorme, il était arrêté dans

ses succès par les bannis de Syracuse ; en définitive, tandis que la révolte de ses mercenaires lui fit perdre l'Afrique, il dut rétrocéder à Carthage la moitié de la Sicile (306). En même temps, Tarente, serrée de près par ses ennemis, prenait à sa solde le Spartiate Kléonymos ; mais il perdit un temps précieux à intriguer contre Agathocle et à s'emparer de Corcyre, qu' Agathocle finit par lui enlever, et il périt misérablement dans une razzia aux bouches du Pô. Agathocle semble avoir conçu alors un plan qui, exécuté à temps, eût

pu sauver l'hellénisme italien : marié lui-même à une fille de Ptolémée I®^, devenu maître de Cyrène, il donna sa fille Lanassa à Pyrrhos d'Epire avec Corçyre pour dot (295) : ensemble, les trois princes auraient attaqué, en Afrique, en Sicile et en Italie, les ennemis de l'hellénisme i.

Sans attendre ses alliés, Agathocle commença des opérations contre les Lucaniens ; mais ni Ptolémée ni Pyrrhos, absorbés par les querelles de la succession d'Alexandre, n'étaient disposés à le soutenir. Quand, en 291, Démétrios reparut en Grèce, Agathocle pensa qu'il pourrait trouver dans le génial aventurier l'appui qu'il cherchait. Démétrios, veuf de la veuve d'Ophélas, avait épousé Lanassa, rép^idiée par Pyrrhos ; il avait mis garnison dans Corfou et avait reçu fastueusement à Athènes le fils d'Agathocle quand, rappelé en Asie, il dut abandonner pour la dernière fois la Grèce. La même année, Agathocle disparaissait, laissant

Syracuse en proie aux factions (289).

La jalousie des autres villes grecques de Sicile facilita si bien les progrès des Carthaginois que, dix ans après la mort

d'Agathocle, ils mettaient le siège devant Syracuse. En même temps, par haine de Tarente, les dernières cités indépendantes de Grande Grèce, Thourioi, Locres et Rhégion, cernées par les Lucaniens, réclamaient l'aide de Rome : Tarente, menacée, s'adressa à Pyrrhos. Mais, au lendemain

1. Sur Agathocle, cf. Schubert, Leben des Agathokles (1887); Tillyard, Agathocles (1908). On a récemment pu prouver par les monnaies qu'Agathocle avait soumis vers 295 à son protectorat Métaponte, Hipponion, Térina et Vélia, cf. Seltnian, y umismalic Chronicle, 1912.

de son arrivée et dès sa première victoire sur les Romains, à Hérakleia (280), le dissentiment éclata : Tarente ne voulait voir en Pyrrhos qu'un condottiere pris temporairement à son service; le roi rêvait d'une entente avec les populations italiotes lui permettant de conquérir la Sicile et de se tailler un royaume sur les deux rives de l'Adriatique. Sa deuxième victoire, à Ausculum (279), ayant ouvert à Pyrrhos le chemin de Rome, celle-ci s'empressa de s'alher contre lui à Garthage qui mit le siège devant Syracuse. Ne pouvant laisser succomber la métropole de l'hellénisme en Occident, Pyrrhos débarqua à Gatane et débloqua Syracuse. Son fils Alexandros, petit-fils d'Agathocle, devait de là gouverner la Sicile quand son père en aurait chassé les Garthaginois. Le roi d'Epire les assiégeait à leur tour dans Lilybée et méditait de passer en Afrique quand la désaffection des Sicéhotes et l'avancée d'une armée romaine contre Tarente l'obligèrent à repasser en Italie ; il fut surpris et battu à Bénévent, et, les demandes de secours qu'il avait adressées aux autres rois macédoniens étant restées sans réponse, il dut repasser en Epire (275). Deux ans plus tard, les Romains s'emparaient de Tarente (273). G'est peut-être là que,— signe des temps — ils recevaient de Ptolémée II une ambassade grecque et envoyaient des députés le complimenter à leur tour ; dix ans après, ils commençaient la conquête de la Sicile l

G'en était fini de l'Occident hellénique ; à peu près à la même époque la poussée des Parthes enlevait aux Séleucides le Haut-Iran. Mais, si l'extension politique des Grecs n'a pu se maintenir telle que l'avait rêvée Alexandre, elle avait eu assez d'éclat pour permettre à la culture hellénique de devenir celle du monde civihsé.

1. Sur Pyrrhos, on n'a jusqu'ici quune médiocre Geschic/Ue îles Pyrrhos de Schubert. Je prépare sur ses entropiises un ouvrage qui permettra de donner un tableau d ensemble de l'histoire méditerranéenne dans le premier tiers du iii« siècle.

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