IK. — L'HELLÉNISME APRES ALEXANDRE EN ASIE MINEURE
C'est surtout l'Asie Mineure qui fut le théâtre des rivalités gréco-orientales, et c'est là principalement qu'on souhaiterait de pouvoir les suivre. Par malheur, nos documents sont très insuffisants. On voit néanmoins de façon assez franche qu'il se fit de bonne heure une sorte de partage du pays : l'élément grec s'empara des zones côtières ; il put subir une hégémonie politique ; il garda son entité culturelle. Par contre, le centre et l'est de l'Anatolie furent colonisés par les Perses. Ce plateau se rapprochait, par ses ressources et son climat, de celui de l'Iran, et se prêtait notamment à l'élève des chevaux ; le sol y apportenait à une aristocratie iranienne, militaire et féodale, qui subsista jusqu'en pleine époque romaine. En outre, un clergé perse s'était établi dans la péninsule; il y desservait, jusqu'en Lydie, des temples célèbres consacrés aux dieux mazdéens.- Mais ces prêtres, dits magusiens, y étaient venus de Mésopotamie ; aussi n'est-ce point l'idiome aryen qu'ils avaient apporté avec eux, mais un dialecte sémitique, l'araméen ; un des effets de la conquête macédonienne fut d'y substituer, vers le iii"^ siècle, enCappadoce et en Arménie, le grec comme langue Httéraire et liturgique. C'est dans ces
d. Gruppo, p. lol2: von Prott, Alhenische Milt/ieilinif/en. XXVII (1902) p. 178 ; G. Ganlinali, El re(pio di Perr/amo (l'JUO).
2, Cuiuonl, Les religions orientales, p. 1213 sq.
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contrées que se forma le mithriacisme ', mais nous n'avons aucun monument de cette période de son histoire. On constate toutefois, en particulier grâce aux indications de l'onomastique, que (( la religion mithriaque fut formée essentiellement d'une combinaison des croyances iraniennes avec la théologie sémitique, et accessoirement avec certains éléments empruntés aux cultes indigènes de l'Asie Mineure ». Du moins les Grecs furent hostiles à ce dieu de l'ennemi héréditaire ; « Mithra passa directement de l'Asie dans le monde latin ».'
Parmi les divinités proprement anatoliennes, on peut citer Cybèle comme ayant pénétré de très bonne heure en Grèce, notamment dans le Péljponèse ; au v^ siècle, elle s'installe à Thèbes. Mais notons bien qu'Attis, son compagnon, le dieu mutilé, fut toujours tenu en mépris par les Grecs ; chassé du culte public, il trouva un refuge dans les orgéons qui, au Pirée et ailleurs, célébraient des cérémonies secrètes '\ Quant au dieu Mên, les documents épigraphiques qui le concernent proviennent à peu près tous d'Asie Mineure, et surtout de Phrygie. De là, il émigra à Délos, port cosmopolite, et en Attique, amené par les ouvriers, esclaves et affranchis qui débarquaient au Pirée. Son culte est attesté par des reliefs dédicatoires des iv*?-ii^ siècles ; mais, vu leur style et l'origine des dévots, on doit reconnaître que, dans ce nouveau milieu, Mên demeura un dieu étranger '. Sabazios % lui, était d'origine thrace ; mais il passa en Asie Mineure, où fut son vrai domaine, particulièrement en Phrygie. En Grèce, il trouve des adorateurs au v^ siècle, mais on ne voit généralement en lui qu'un barbare, raillé des poètes comiques, et dont les bruyants mystères n'ob-' tiennent guère à Athènes que le mépris. En Asie Mineure,
1. La fré([uonC(' est remarquable du nom de Mitliradate dans les dynaslies anatoliennes (Gumont, op. cil., p. :!li).