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I. Slrabon. XVII, J,3a

•2. Hérodote, II, 168.

LKS PROCÉDÉS DE L HELLKNISATION EN EGYPTE 327

dans quelques villages isolés ; on les répandait dans tout le nome ; mais au besoin, ils pouvaient être aisément mobilisés. L'Etat trouvait dans cette politique plusieurs avantages ; les terres incultes du domaine devinrent fertiles et c'est ainsi que fut livrée à la culture la plus grande partie de l'ancien nome du Lac, que Philadelphe avait conquis sur les eaux du Mœris antique' : le recrutement de l'armée était aussi assuré, car au soldat-colon succédait l'un de ses fils, qui recevait la terre avec ses charges agricoles et fiscales, et l'obligation de servir n'en était pas séparée ; enfin, dans ce pays d'Egypte essentiellement rural, ces colonies étaient destinées à avoir le rôle civilisateur, qui, dans les autres régions de l'empire hellénique, plus préparées à la vie urbaine et municipale, fut attribué aux cités. Il nous est impossible de décrire ici en détail ces institutions coloniales et militaires : qu'il nous suffise de dire qu'on y observerait des emprunts frappants au droit public athénien qui se combine avec les traditions pharaoniques et surtout de marquer qu'à l'étudier sous ce nouvel aspect, on constaterait dans l'histoire de l'armée et de la société ptolémaïque, le même trait que nous avons déjà noté au début de ce chapitre : au iii'^ siècle, la prépondérance est certaine de l'élément grec et elle se révèle dans l'importance des tenures de l'armée régulière, — 100, 70, 30, 25 aroures, — comparée à la médiocrité des tenures de l'armée indigène, — 7 et 5 aroures. Au second siècle, cette prépondérance reste très sensible ; néanmoins les différences s'atténuent. En outre l'armée régulière voit de jour en jour se resserrer le lien qui l'attache à la terre d'Egypte. Le lot de chaque soldat appartient toujours au domaine, mais il prend de plus en plus figure de propriété familiale. A la

1. On sait que le Fayoum lire son nom du copU' Phioin « lo lac ». Ce lac est une vaste excavation naturelle dans le plateau lihy(|ue employée comme réservoir pour réjj;ulariser la crue du Nil par les pharaons de la xu» dyn. qui y construisirent le labyrintlie. Les travaux faits par ordre de Ttolémi-e [[ réduisirent ce lac Moeris et établirent sur son ijourtour un riche ruban de colonies grecques. Kn l'honneur de sa femme. Arsinoe IMiiladclphe, l'tolémée II donna les noms d"Arsinoé et de IMiiladelphie aux deux villes principales du fertile oasis qui devint le 7iome Arsinoile.

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moi't (lii détenteur, il faisait d'ahord retour au fisc, pour être concédé ?'il y avait, lieu à un nouveau clérouque ou an fils du clérouque décédé ; à partir du règne de Philopator, il passe régulièrement et naturellement aux enfants mâles après la simple formalité d'une mise sous séquestre et d'une inscription dans un délai fixé ; plus tard même, à défaut du fils, il sera hérité par les consanguins mâles, et, pourvu qu'il vienne aux mains de mâles qualifiés pour servir, on ira jusqu'à tolérer la liberté de tester. Et si maintenant nous voulions la preuve évidente du caractère essentiellement grec de ces soldats-colons et de leurs descendants, c'est à l'époque impériale que nous Tirions chercher : nous y verrions la terre clérouchique garder ce caractère hellénique et le transmettre à ses nouveaux possesseurs, si bien que pour s'assurer le statut privilégié du Grec, il semble qu'il ait suffi alors de posséder un de ces anciens lots autrefois détenus par les Hellènes de l'armée régulière. Mais ce serait sortir du cadre qui nous est tracé, et mieux vaudrait ici tenter une topographie de ces colonies militaires : la pénurie de documents rend cette tâche difficile ; il faut nous contenter de deviner cette population militaire plus pressée dans certains districts ; le Pathyrite en Thébaïde, l'Hérakléopolite, l'Arsinoïte nous apparaissent comme des régions plus helléni.sées, et ce n'est pas sans surprise que notre siècle a pu constater les effets de cette colonisation conquérante quand il vit sortir du sol égyptien ime multitude de papyrus grecs : non seulement on retrouvait les débris des archives publiques et privées et l'on voyait au cours des siècles le domaine de la langue égyptienne se réduire au profit du Grec, mais encore la littérature classique, à laquelle r Egypte n'avait guère à opposer que les productions un peu puériles d'une imagination épuisée, dans le goût qui fut toujours celui de l'Orient — poésie populaire, chronique saiift critique, contes souvent ressassés — la littérature classique a conquis jusqu'au désert : des morceaux inédits d'Euripide sont sortis des sables de Gourob ; les orateurs, les historiens, les comiques, les lyriques étaient lus en plein

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pays indigène et des fragments de leurs livres, qu'un long usage avait mis hors d'usage, ont parfois servi à faL-^riquer le carton dont on faisait les sarcophages des momies.

ni. — ALEXANDRIE, CENTRE DE DIFFUSION DE L'HELLÉNISME ÉGYPTIEN

A ce grand fleuve débordant de l'hellénisme il faut trouver une source en Egypte même, et l'on ne peut songer à la chercher ailleurs que dans les cités toutes gre:;ques de constitution et de mœurs qu'Alexandre et Sôter avaient fondées, surtout dans la capitale où, pour remplir notre programme, je dois maintenant mener le lecteur. Ce n'est pas que je puisse me proposer de dessiner même une simple esquisse d'une ville dont le nom seul éveille tant de brillantes images : je m'efforcerai seulement de montrer comment les forces de l'hellénisme y furent organisées, puisque c'est cette organisation qui nous en fera mieux saisir les caractères, que, pour une grande part, elle a déterminés*.

Ici, en effet, comme dans le reste du pays, l'hellénisme se trouvait en rivalité avec des civilisations étrangères. Sans doute, Alexandrie est avant tout une ville grecque; comment aurait-elle pu jouer autrement le rôle historique qui fut le sien ? mais l'hellénisme est bien loin d'y être isolé et comme immobilisé dans la victoire ; il doit au contraire lutter contre les autres cultures du monde antique auxquelles cette capitale cosmopolite, si heureusement située au croisement des grandes routes commerciales, est nécessairement hospitalière. Alexandrie, en outre, est restée une ville égyptienne ; on le croirait à peine à lire les descriptions (lu Broucheion, de la voie Canopique, des palais royaux ; mais elle a pourtant absorbé une bourgade indigène, Rhakotis, qui est devenue un de ses quartiers, et dans la ville entière les indigènes affluaient ; ce mouvement ne s'arrêta jamais, puisque plus tard Tantorilé romaine y

1. Cf. Joui^uol, La vie nutnii-ipule dniis l'Eç/iipIc lountiiii'. \\^\'l.

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verra un danger et tentera de le ralentir. Aussi, autant et plus que dans le reste du pays, les races et les idées se mêlaient dans la capitale et il suffit aujourd'hui de traverser le silence de ces rives dévastées où furent les cimetières alexandrins pour sentir, dans le peu qui demeure de ces nécropoles, l'infmie diversité de chacune de générations qui, tour à tour, y sont venues dormir leur dernier sommeil. Il y a quelques années le hasard a fait découvrir, non loin de la colline où fut le Sérapéum, une catacombe funèbre dont la décoration scupltée, dans sa complexe laideur, manifeste clairement ce mélange de deux civilisations presque adverses, et, si par elle nous ne devons pas juger de la valeur esthétique des grandes créations de l'art et du luxe alexandrins, une visite à Kôm-el-Chougâfa n'en est pas moins très propre à nous inspirer une idée juste du cosmopolitisme bigarré de la grande cité levantine ^

Pas plus ici que dans le reste du royaume, l'hellénisme ne semble avoir tiré ses forces vives des institutions municipales. La ville ne forme pas une commune simple administrée selon les règles en usage dans les cités : elle est plutôt constituée par trois communes difîérentes : comme dans les métropoles des nomes, les indigènes ne sont qu'une masse confuse directement obéissante au pouvoir central et le gouverneur, le stratège d'Alexandrie, a sur elle une autorité sans limite. Les Juifs vivent comme une nation à part sous l'autorité de leur ethnarque et de leur sanhédrin : ce privilège leur est assuré par des lettres royales : un quartier leur est réservé où ils peuvent se consacrer à l'observation de leur Loi. Quant aux Hellènes, ils constituent une bourgeoisie divisée comme dans les autres villes grecques en tribus et en dèmes, et ce corps de citoyens est nécessairement l'élément prépondérant .de la capitale. Nous savons mal com-

1 . Description coiiipléte et reproductions dans Schreiber, Die Se/iropote von Kum-el-Schiifjafa (1910). Les autres publications de la mission Sieglin (3 vols in folio parus) sont très propres à donner une idrc de la civilisation gréco-égyptienne telle qu'elle s'est développée si originalement à Alexandrie. Voir aussi le Bulletin de la Société archéologique (F Alexandrie publié par E. Brcccia, directeur du Musée d'Alexandrie.

l'hKI.LKNISME É(tYPTIEN 331

ment il est administré; on peut croire, en interprétant un témoignage de Strabon, que cette municipalité a un directeur, l'exégète ; mais quelles sont exactement ses fonctions ? Quels liens rattachaient à la commune grecque ces Grecs qui, au moins à la fin de la période ptolémaïque, se rencontrent en grand nombre à Alexandrie, sans avoir le statut de citoyen ? Quels rapports entre cette commune grecque, les Juifs, et les indigènes ? Ce sont des questions mal élucidées. L'histoire intérieure d'Alexandrie est remplie par la rivalité entre ces trois communes : les querelles des Grecs et des Juifs notamment ont souvent ensanglanté les rues et se sont plus d'une fois tragiquement dénouées au tribunal des rois ou des empereurs. L'hostilité ne fermait pas, pourtant, ces sociétés différentes les unes aux autres. Qu'on se rappelle combien l'horizon de l'hellénisme s'est élargi depuis le iv^ siècle et sur quel monde d'idées nouvelles la langue grecque a comme étendu son empire. 11 ne faut pas oublier que c'est au contact des Grecs et des Juifs que sont nés quelques-uns de ces livres qui allaient transformer la pensée antique ^ ; ce que nous devons aux idées égyptiennes, quoique moins facilement saisissable et surtout moins aisé à cataloguer, ne laisse pas d'être important.

Plus d'une des institutions administratives de l'Empire romain en ont subi l'influence et le Christianisme s'en est largement inspiré.

De tels échanges eussent-ils été possibles et féconds sans ime force supérieure qui maintenait l'unité ? Cette force, qui n'était certes pas dans les institutions de la cité, elle vient d'un pouvoir plus haut et plus ferme, le pouvoir monar- "hique. C'est lui aussi qui assura l'hégémonie de l'hellénisme. Sans doute dans la capitale, comme dans le reste du pays, le centre de la culture grecque c'est le gymnase et Strabon en admirait la splendeur : on ignore quel était exactement le caractère de cette institution. Etait-ce le cœur d'une association privée, ou bien comme à l'époque

1. Il sutlit de rappeler la Iraduclioii des Septanlo ot rtBUvre do IMiilun.

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romaine était-elle le centre même de la commune hellénique ? Faut-il y voir au contraire une dépendance de la cour ? En tout cas les rois devaient l'honorer de leur faveur, et Antoine ne faisait que suivre la tradition quand il accepta de revêtir les insignes du gymnasiarque. Mais Alexandrie possédait d'autres instituts, célèbres dans le monde entier, bien faits pour assurer la précellence du génie grec, et qui se rattachaient à la cour des Lagides. Telle est la fameuse Bibliothèque dont les rois choisissaient le conservateur, tel est le Musée, sorte d'Académie et d'Université dont il désignait les pensionnaires aussi bien que le prêtre et recteur. C'est là que l'hellénisme alexandrin a pris ses traits les plus originaux, ceux qui l'opposent le mieux à la civilisation des libres cités de la Grèce ; et c'est par eux qu'ont pu naître et se développer cette poésie de cour et cette littérature érudite et scientifique, la plus glorieuse création du génie grec dans les trois derniers siècles avant notre ère.

Ainsi, si Alexandrie est parfois considérée comme un monde séparé du reste de l'Egypte, si nos textes même l'opposent à la chôra, ce serait une aussi grave erreur d'exagérer que de nier ce contraste. La vallée, surtout la haute vallée au delà de Memphis, reste bien le pays indigène, tandis que les cités et Alexandrie la première sont proprement le pays grec, mais d'abord l'hellénisme, nous venons de voir comment, a envahi le pays égyptien tout entier et il nous y apparaît à peu près avec les mêmes couleurs que dans la capitale elle-même : ici et là, il adopte les mêmes tactiques, s'appuie sur des institutions analogues, qui sont bien plus les créations de l'esprit d'association naturel à la race et du pouvoir royal, que les conséquences de la vie politique à la mode des villes de Grèce ou d'Asie Mineure. Les cités ont de la peine à se développer en Egypte. Dans ce pays essentiellement agricole, la colonisation a dû être rurale plutôt qu'urbaine; dans ce pays essentiellement monarchique, c'est en identifiant ses intérêts avec ceux de la Couronne que la

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