‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 143 sur 157 · M. Rostuwzcw, op. laud · texte numérisé non relu

M. Rostuwzcw, op. laud

LES PROCKDKS DE L HELLÉNISATION EN É(;YPTE 325

lage propre : le bail qui lie ce fermier est des plus assujettissant; en dehors des obligations que ce contrat lui impose, il peut être forcé de prendre en location d'autres terres abandonnées, et si, au cours du bail, il cesse d'en remplir les charges, s'il plait seulement à l'Etat de les augmenter, il est évincé de sa ferme. Nous ne trouvons donc généralement sur le domaine que les classes de populations les plus basses, celles que l'hellénisme a le moins touchées.

Mais la politique des Lagides a voulu former aussi une aristocratie et une bourgeoisie rurales. Les prêtres égyptiens en font peut-être partie, qui détiennent, moyennant fermage, la terre concédée par le Roi aux dieux de l'Egypte. Les textes nous montrent cette terre sacrée louée par les fonctionnaires sans qu'on puisse voir au juste quelle est la part des prêtres, quelle est celle des dieux. D'ailleurs peu importe ici ; de ce côté encore l'hellénisme ne pouvait pas faire beaucoup de conquêtes.

Nous devons porter plus d'attention à ces grands domaines laissés à titre gratuit à de hauts personnages et qui pouvaient comprendre des bourgs entiers. Ceux que nous connaissons furent concédés à des Grecs, qui les louaient par parcelles à des fermiers grecs ou indigènes. Les bénéficiaires en étaient bien les possesseurs, ils n'en n'étaient pas les seigneurs ; leurs fermiers dépendent des fonctionnaires et sont justiciables des tribunaux royaux. Il n'en est pas moins vrai que ces dons de terre ont dû attacher de riches et puissants Hellènes au pays égyptien.

Mais il importait moins de créer ainsi de grands domaines aux mains de quelques favoris que de répandre dans le pays de nombreux possesseurs grecs ; les rois Lagides y sont parvenus, en imitant, mais en faveur des Grecs, la politique des Pharaons. Déjà sous les dynasties nationales des propriétés avaient été détachées du domaine et louées pour une durée indéterminée ou héréditairement ; c'étaient soit des maisons, soit des vergers, soit même des terres à céréales. Les Ptoléinées profitèrent de cette coutume pour établir (liiiis le |);iys iirif iiiiissc de colons gr'ccs. Les tci'r'cs à cèrèiiles

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étaient probablement affermées pour un loyer en nature ; les vignes et jardins pour une redevance en argent ; il s'en trouvait, sans doute à peu près partout dans la vallée; il y en avait beaucoup dans le Delta, surtout dans la région du Maréotis et dans ce district suburbain d'Alexandrie qui formait un nome à part et où les Grecs semblent s'être établis en grand nombre ; on voit même qu'ils y avaient importé leurs cultures nationales : alors commence la vogue du vin du Maréotis et les olivettes d'Alexandrie avaient frappé, au temps d'Auguste, le géographe Strabon qui note que, dans toute la province, les jardins de la capitale et le terroir de l'Arsinoïte sont seuls à connaître ce fruit essentiellement hellénique \ Nous aurions dans ces concessions l'origine d'une possession privée qui put devenir, au moins à l'époque impériale, une véritable propriété privée, si on prend ce terme non au sens du dominium romain, mais au sens également romain de propriété provinciale. Les étapes de ce progrès nous échappent ; bien rares aussi sont les indices qui permettraient une conjecture sur la répartition de ces terres dans le pays ; on doit se borner à deviner dans le développement de cette nouvelle classe de possesseurs une des forces les plus actives de l'hellénisme en Egypte.

On est mieux renseigné sur la colonisation militaire qui fut un des plus puissants moyens de pacifique conquête. Déjà les Pharaons établissaient leurs guerriers sur le domaine royal ; à chacun on donnait, selon Hérodote % un lot de douze aroures, c'est-à-dire un peu plus de trois hectares : fixée au sol cette milice, toujours disponible, constituait une classe à tendances héréditaires. Les Lagides ont conservé cette institution pour leur armée indigène, ils l'ont surtout appliquée à leur armée hellénique. Chaque soldat devint un colon, ou, comme on dit, un clérouqiic ; non seulement il eut ses champs sur le terroir du nome, mais encore un logement pris à l'habitant dans une ville ou dans un bourg : il est probable qu'on ne groupait pas ces colons

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