‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 148 sur 157 · LA COLONISATION HELLENIQUK EN SYR[E · texte numérisé non relu

LA COLONISATION HELLENIQUK EN SYR[E

Pendant vingt ans après la mort du conquérant, des maîtres éphémères se succèdent rapidement dans la satrapie syrienne. A partir de 301, le conflit des ambitions rivales aboutit à un partage de fait — le nord à Séleukos, le sud ou« Coelé-Syrie » à Ptolémée — et cet état de choses, à travers bien des fluctuations, subsiste en gros jusqu'en 198, où la journée de Fanion établit la domination séleucide sur la totalité de la Syrie. Mais, si divisés qu'ils fussent, si longues, si acharnées qu'aient été leurs querelles, il est un point sur lequel s'entendaient tous les chefs macédoniens : l'impérieuse nécessité de consolider leur souveraineté en propageant, en fortifiant l'hellénisme parmi leurs nouveaux sujets. Et, pour atteindre ce but, un moyen s'imposait : amener en nombre, de la mère patrie, des colons grecs et macédoniens, acclimater le régime citadin par la fondation de villes présentant le type, la langue et la constitution helléniques.

Telle fut en effet l'œuvre à laquelle s'appliquèrent les seigneurs successifs ou simultanés, passagers ou durables de la Syrie. Déjà Alexandre avait montré la voie en repeuplant de colons grecs les deux grandes villes dévastées par la conquête, Tyr et Gaza. Perdiccas installa une colonie militaire à Samarie. Antigonos fonda sur l'Oronte, pour son immense empire, une capitale appelée de son nom et que

1. En dfihors dos ouvragos cités «lo Droyscn, Nieso cl Kaorst, do VHisloire des Lafjidea (l'.)0:i et, suiv ) ot rie VUisloire des Séleucides (l'.)l3 : cl. Railet, Journal des Savants, juillet IDIH), voir E. Renan. jMission de /'/tcHR-ie (1874) ; K. O. Mullor, Anliquilales Aniiochenae (183!)): V. Ghapol. Séleiicie de Piérie (1907).

HKLLKNISATION. 2:2

338 \. iiklli:nisati(»n nu mondi: antiouk

devait remplacer, à quelques années et à quelques lieues de là, la capitale des Séleucides, Antioche. Les deux dynasties qui se partagèrent les dépouilles d'Antigonos s'inspirèrent également de son exemple.

On a fo^t exagéré l'indifférence des Ptolémées envers l'expansion de l'hellénisme dans leur lot syrien. Un historien judéophobe va jusqu'à les rendre responsables du retour offensif du « Sémitisme » en Palestine, qui se traduira par le soulèvement des Macchabées. Rien de plus inexact. En réalité, si les Ptolémées firent peu de bruit — ou plutôt si l'écho ne nous en est pas parvenu — ils firent de très utile besogne. Quatre colonies peuvent leur être attribuées avec certitude dans la partie de la Coelé-Syrie la plus rebelle à la pénétration h(^llénique : Philadelphie, l'ancienne Rabbath-Ammon ; Philotéria, à l'ouest du lac de Génésareth ; Arsinoé, dans la dépression entre Liban et Antiliban ; Béréniké, plus tard Pella, à l'est du Jourdain. Tout porte à croire que, parmi les dix villes grecques de la vallée du Jourdain et de la Pérée, qui se grouperont au temps de Pompée sous le nom de Décapole, créations nouvelles ou bourgades remaniées, la plupart doivent à la dynastie lagide leur fondation ou leur hellénisation. Ces avantpostes de la culture hellénique montent la garde et font la police jusqu'au seuil du désert ; ils contribueront à retarder pendant des siècles l'infdtration ou l'invasion arabe. Si l'hellénisme a poussé à Damas de si profondes racines que même le maître nabatéen devra un jour s'y intituler « philhellène », c'est à la longue occupation ptoléniaïque qu'il le doit.

Sur la côte philistine et phénicienne le régime citadin n'était pas à créer. Mais des centres nouveaux, purement grecs, s'y élèvent (Antarados, Tripohs), et, dans les centres anciens, la langue et la civilisation helléniques se superposent, puis graduellement se substituent à la vieille culture indigène. Comment croire que l'influence ptolémaïque ait été étrangère à cette transformation, lorsqu'on voit déjà sons le premier Ptolémée son amiral Philoklès régner

Page 1