‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 149 sur 157 · LA COLONISATION HELLÉNIQUE EN SYRIE 3:VJ · texte numérisé non relu

LA COLONISATION HELLÉNIQUE EN SYRIE 3:VJ

comme roi grec à Sidon ; sous le second, l'antique Aké, devenue Ptolémaïs, prendre un magnifique essor commercial ? Le tombeau d'Antipater d'Ascalon révèle, dès le iii^ siècle, les progrès de l'hellénisme dans cette vieille cité philistine. A Gaza, à Joppé, dans la plupart des villes phéniciennes on peut les suivre, génération par génération, sur les types monétaires, sur les légendes, d'abord sémitiques, puis bilingues, enfin purement grecques. Sur toute cette côte, les Séleucides, puis Hérode, n'auront qu'à achever l'œuvre si bien commencée ; même livrées à ellesmêmes, la séduction de la culture grecque s'exercera irrésistible sur l'esprit vif et ouvert de ces populations commerçantes.

La Syrie septentrionale, apanage des Séleucides, n'était qu'une partie excentrique et restreinte de leur vaste empire ; mais elle en était la plus précieuse. Elle représentait le trait d'union nécessaire entre leurs possessions si belles, mais si précaires, de l'Anatolie et l'immensité des « satrapies supérieures ». Elle représentait aussi le plus court chemin commercial et militaire, le « pont » entre la Méditerranée, par où arrivait l'Europe, et l'Euphrate, par où l'on pénétrait en Asie. Nœud vital de la monarchie, cette province privilégiée le devint plus encore lorsque,' après la défaite d'Antiochos le Grand par les Romains, les Séleucides furent rejetés au-delà du Taurus, et que la Syrie, prolongée par la Gilicie, fut désormais, pour parler comme M. Radet, la seule « lucarne » par où la lumière grecque pût s'introduire dans leur (( hypogée ».

La colonisation gréco-macédonienne de la Syrie du Nord avait un triple objet : ouvrir au commerce de nouvelles voies de pénétration vers l'Orient, fournir de solides points d'appui à la domination séleucide, multiplier les foyers de civilisation hellénique. On y distingue deux poussées principales : l'une, au iii^ siècle, sous Sélcukos Nikator et son lils

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Aiitiochos Soter, l'autre, au ii^ sous Antiochos le Grand et son fils Epiphane.

Cette colonisation massive est un phénomène unique dans l'histoire de l'hellénisme. C'est bien à tort que certains historiens modernes n'ont voulu y voir qu'un « revêtement superficiel », aboutissant à la création éphémère de « petites aristocraties locales » de langue et de tradition grecques. Là, comme dans la Mésopotamie voisine, le flot de l'immigration fut, au contraire, intense et il se creusa un lit profond. Toute la riante vallée irriguée par l'Oronte, toute la plaine mamelonnée entre Amanus et Euphrate — en grande partie aujourd'hui reconquise par le désert — se couvrit d'un réseau de villes populeuses et opulentes : la capitale Antioche, Sélêucie de Piérie, avec son port taillé dans le rocher, Apamée, la grande place d'armes, Laodicée-sur-mer, voisine et émule des cités phéniciennes, Séleucie-Zeugma, gardienne du passage de l'Euphrate, Epiphanie, Béroé, Chalcis, dix autres cités dont on cherche l'emplacement. Dotées des institutions libres de la polis grecque, que tempérait toutefois la tutelle du pouvoir central, pourvues d'une large et fertile banlieue, ces villes se partageaient, en fait, presque tout le territoire. Les districts, les montagnes, les fleuves y prirent, comme plusieurs des villes elles-mêmes, des noms empruntés à la patrie lointaine : Axios, Piérie, Cyrrhestique, de sorte que le colon fraîchement débarqué, loin de ressentir le mal du pays, pouvait se croire transporté par magie dans une nouvelle Macédoine, au sol plus fertile, au ciel plus clément '.

J'ai dit Nouvelle Macédoine : c'est en eiïet l'élément macédonien qui domine dans la population de ces cités nouvelles ou rajeunies; c'est le vétéran, ou plus exactement le réserviste, pourvu d'une maison et d'un domaine rural, à charge de service militaire à la première alerte. A côté de lui, îl faut faire une large place aux Grecs de toute provenance et de toute profession, attirés par l'exemption de

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