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a appelée avec tant de raison celle des Peuples de la mer, intéresse le plus la Grèce : l'invasion indo-européenne a introduit, en Anatolie et sur tout le pourtour de la mer Egée, des populations, sinon de même sang, du moins similaires de croyances et de coutumes. Elle les aurait lancées au delà de l'Egée, jusqu'à la mer Tyrrhénienne, si Ton voit dans les Sicules de Sicile, dans les Sardes et les I liens de Sardaigne, enfm et surtout dans les Tyrsènes d'Etrurie les dernières bandes des Shagalasha, Shardana, Iliona et Toursha, qui auraient atteint vers le xi^ siècle leur siège définitif. Quoiqu'il en soit de cette extension possible, à TOuest de la Grèce, de populations qui ont pu être en contact avec les Achéo-Phrygiens, pour nous borner à la mer qui baigne la Grèce à l'Est, il suffira que telle partie de son bassin devienne maintenant le théâtre d'une civilisation plus brillante pour qu'elle trouve aussitôt, tout autour d'elle, un terrain d'expansion tout préparé. L'hellénisation de l'Asie Mineure est dès lors en germe comme celle même de l'Occident qui donnera la civilisation gréco-romaine.
Ainsi, dans cette phase décisive de l'histoire de la formation du monde grec, on voit se confirmer ce qui s'est ébauché lors de l'expansion minoenne. Que le centre de difîusion soit au Sud ou qu'il soit au Nord de la mer Egée, il agit également sur ses deux rives ; des populations apparentées s'y établissent, des civilisations semblables s'y développent. La mer, ici, ne sépare pas : elle unit. Dès le début, elle paraît bien ce qu'elle demeurera à travers l'hisloire, un lac grec. Le fond de la population anatolienne, noyau de l'Islam ottoman, est resté formé parles descendants de ces peuplades indo-ouropéennes qui ont envahi l'Anatolie du xvi^ au xii*^ siècle, superposées ou juxtaposées à des, peuples caucasiens. De part et d'autre, le fond ethnique est le même et rien ne ressemble plus à un Kurde (ju'un Albanais, à un paysan des vallées fluviales d'Anatolie qu'im riverain des grands cours d'eau macédoniens; d'ailleurs, la nature semble» avoir coiuuic à regret séparé le plateau bali<aui(ju(' (In pliilcjiii ;iiiali>li(Mi. Non sculcmctit
elle n'a mis entre eux que ces deux faibles coupures, Bosphore, qui devrait son nom à ce que les bœufs le traversaient comme un simple cours d'eau, et Hellespont, dont le bélier d'Hellé dans la légende, les amours d'Héro et de Léandre dans la poésie, ont immortalisé le facile passage; mais, là où les deux continents s'écartaient, elle les a reliés par un essaim d'îles, l'Archipel.
Ce caractère unique, — est-il besoin de le redire ? — la mer Egée le doit à ce réseau d'îles jeté, comme un filet à mailles souples, d'Europe en Asie. C'est d'île en île que les marins crétois ont dû porter leurs produits ; les Aehéens vont reprendre le même chemin en une direction différente.
Peuple continental de charriers et de lanciers, il a dû commencer par se méfier de la mer, l'élément trompeur si longtemps inconnu. Il s'est d'abord affermi en Thessalie, divisant entre ses tribus les riches plaines que circonscrivent le Pinde, l'Olympe et l'Othrys. Leur hégémonie ne s'est établie que peu à peu sur le restant de la Grèce ; au delà des Thermopyles, ils ont poussé les Abantes en Eubée, les Locriens et les Phocidiens contre les Dryopes, les Minyens et les Kadméens ; évitant l'Attique, ils ont envahi l'Argolide. En même temps que par l'Est, ils abordaient le Péloponèse par l'Ouest : par les Kourètes, maîtres de l'Achélôos, ils passaient dans la future Achaïe et, contournant l'Arcadie, allaient rejoindre en Laconie les bandes venues d'Argolide. Parvenus à la pointe méridionale de la Grèce, il était naturel que les Aehéens passassent en cette grande île voisine de Crète dont le renom de richesse fabuleuse devait les attirer plus que tout. Il y a lieu de croire qu'ils s'en étaient rendus maîtres dès le milieu du xiii*^ siècle ; c'est à eux qu'on attribue la destruction suivie de reconstruction partielle qu'on constate alors dans la plupart des palais crétois et, pour coopérer vers 1220 avec les Libyens contre l'Egypte, il faut qu'ils aient pu partir de la Crète dont les marins connaissaient de longue date les côtes
LES ACHEO-EOLIENS i5
de Libye. Un siècle plus tard on trouve des Achéens et des Teukriens établis à Chypre \
A la même époque, vers 1100, le mouvement naturel qui portait les Achéens vers la mer allait être accentué : une nouvelle migration, qui s'opérait celle-ci chez les populations illyriennes le long de l'Adriatique, en même temps qu'elle amenait dans l'ouest Epirotes et Molosses, Acarniens et Etoliens à leurs places historiques, jetait les Thessaliens au delà du Pinde. Sous leur pression, les Achéens se concentrèrent bientôt sur la mer entre le golfe Pagasétique et le golfe Maliaque, en Phthiotide ; une partie de la population de ce district, les Béotiens d'Arné, alla donner son nom à la Béotie. Comme les Achéens de l'Elide chassés par une des peuplades étohennes, les Epéens, passèrent l'Adriatique, de même les Achéens de Phthiotide, talonnés par les Thessaliens, se lancèrent à travers les îles vers les côtes de Mysie (v. 1100). Mais, de part et d'autre, vers l'Italie comme vers l'Asie, ce n'est plus tant une migration confuse qu'une colonisation délibérée qui, si elle est encore hâtive et, surtout, plus guerrière que commerciale, n'en est pas moins la première colonisation hellénique '.
C'est entre 1100 et 900 que se développe le dernier mou-
I . Malgré la lumière jolée par les l'ouilles citées à la note de la p. 'J, la iiuosliun (lu peuplement de la Grècecst encore des plus obscures. Toutes les traditions antiipios sont recuillies dans les grandes histoires de la Grèce deGrole (trad. fr.. 18.'iO) et de Curtius (trad. ('r.,188;>). Les résultats des découvertes archéolosiiiues et philologiques sont mis en œuvre dans la Criecliische Geschicide de Busolt(I, 2» éd.. 1883) et dans celle de Beloch (I, 2» éd., 1912), plus encore dans les ouvrages illustrés de Hall. Olileal civiUmtion in Greece (19U1) et de Ridgeway, Earli/ ar/e of Greece i\W\]. Sur la question de la race, les anthropologues sont loin d'être d'accord : sui' les vues de Kicssling {Zf. /'. E/hnologie. 190.")) et de Penka {Beitraef/e zi/r Rassenlainde. 1910 , voir A. II. Revue d'e/hnor/r. e' de social. , 1913, p. 293. Pour la queslirtn des Pélasges, voir ii/em, 1909, p. 311, {Uisloire de la question pélasgiqve de Myres, Pélasgika de Thûniopoulos). — Un des faits les mieux mis en lumière est celui de l'importance de la Thessalie et do la Béotie dans la Grèce achéenne. Beaucoup des vues émises par K. 0. Muller, Oi'cbomenos und die Minyer (ISi'O) se ti'ouvent confirmées par les travauv ri'cents : cf. T. \V. Allen, Classical fieview, XX, p. 197 et Class. Quurlerhj. III, p 81 : 0. Kern, Seue Jalirbucher, 1904 et D. Fimnien, ibid., 1912.
Il) I, HKLLKNlSATIOiN DU iMONDE ANTIQUE
vement de peuples qui devait donner à la carte de PHellade son apparence classique et infuser dans l'Hellénisme le troisième des éléments qui le constituent essentiellement, l'élément dorien.
Jusqu'ici, nous avons vu deux éléments ethniques se fondre harmonieusement. D'abord, les indigènes — Pé- - lasges, Lélèges, Dry opes, Arcadiens des anciens — probablement établis sur le sol grec depuis le début de l'âge de la pierre polie, et qui, pénétrés à partir du début du 11^ millénaire par la civilisation qui a son foyer en Crète, l'ont reflétée, non sans originalité, dans les capitales de la Grèce mycénienne : Mycènes et Tirynthe, Amyclées et Pylos dans le Péloponèse, Thèbes, Orchomène, Pagases ou lolkos dans la Grèce du Nord. Puis, les envahisseurs indo-européens, divisés en nombreuses tribus où dominent les Achéens, et où figurent les Hellènes, ils occupent la Thessahe à partir du miheu du IP millénaire. Au xii^ siècle, ces premiers Hellènes paraissent avoir été répandus dans toute la Grèce, submergeant la population indigène qui ne se maintient à peu près intacte que dans les îlots montagneux, surtout l'Arcadie au Sud, et, au Nord, le massif tourmenté qui s'enchevêtre du Parnasse à l'Oeta, les deux clefs de voûte de la Grèce septentrionale.
C'est alors, on l'a vu, que les Achéens vont être chassés, ou soumis à leur tour, par de nouveaux envahisseurs. Au lieu d'arriver comme eux de la Thrace, ces nouveaux venus descendent de l'Olyrie comme en descendront, au Moyen âge, les Albanais. Ils ont commencé par enlever aux Achéens l'Epire et l'Etohe : là, les populations conquises ont disparu de l'histoire; la prise de Kalydon par les sauvages Kourètes est sans doute un de ces faits qui ont poussé les Hellènes vers l'Est, les amenant à assiéger Thèbes, puis Troie.
Déjà, dans VIliadeJe Zeus de Dodone parait appartenir aux temps héroïques ; il s'est avancé vers l'Orient et séjourne désormais sur les Olympe de Thessalie et de Mysie, les Ida de Crète et de Troade ; 1<> lemps où la civilisation lipllé-