‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 16 sur 157 · ILLYRIENS ET DORIENS · texte numérisé non relu

ILLYRIENS ET DORIENS

nique dominait de Dodone à Kalydon n'est plus, pour Thucydide, qu'un passé légendaire. Les Acarnaniens sont à peine hellénisés ; les Etoliens, les Epirotes, les Macédoniens, presque aussi barbares que le reste des Illyriens. On touche là à un fait essentiel à l'histoire de l'hellénisation : ce n'est qu'au cours du iv^ siècle que la Macédoine s'est hellénisée, et, jusqu'en plein iii^ siècle, la nation hellénique n'a pu, ni par conquête, ni par assimilation, faire sienne toute cette bande occidentale de la péninsule que, du Skardos au Korax, une chaîne continue sépare de la Macédoine, de la Thessalie et de la Phocide. C'est un domaine illyrien qui, pour les contemporains de Thucydide, est, au point de vue grec, au même titre que les côtes de Scythie ou de Ligurie, un pays étranger et sauvage. C'est un pays à exploiter par colonies et factoreries, un pays dont, par suite, la côte s'hellénisera à tous les débouchés de vallées importantes, un pays qui, par là, contribuera à la richesse de l'hellénisme, mais qui ne contribuera ni à sa force ni à sa grandeur. Jusqu'à Pyrrhus et jusqu'à la Ligue étohenne, la côte de l'Adriatique restera plus ou moins fermée aux Grecs et, au nord d'Epidamme (Durazzo), les Romains leurs enlèveront le littoral istro-dalmate. avant qu'ils aient eu le temps de l'helléniser. On voit aussitôt la conséquence de cette illyrisation de la côte de l'Adriatique, étendue des bouches de Cattaro jusqu'à l'entrée du golfe de Corinthe : la côte opposite s'est vue en même temps occupée, de la Vénétie à l'Apulie, par des populations belhqueuses du même groupe que les Illyriens ; elle restera fermée, elle aussi, à l'hellénisme. Si la Grande Grèce n'a pas dépassé à l'est la presqu'île de Tarente, s'il n'y a pas eu, sur la côte italienne, de Brindes à Adria, une Grèce d'Italie correspondant à la Grèce d'Asie, c'est parce que cette venue des Illyriens en a fait le domaine de populations aussi hostiles aux Grecs et aussi aptes à résister à leur pénétration que le peuvent être les Albanais d'aujourd'hui ; et la question albanaise, écueil de l'hellénisme moderne, plonge ses racines dans cette invasion illyrienne du xii'^ siècle avant notre ère.

HELLÉNISATION. '2

IS l'hellénisation du monde antique

Si les Albanais non assimilés sont restés parmi les plus redoutables adversaires de l'hellénisme, les Albanais assimilés — et ils forment, on le sait, presque un qurt de la population grecque — en sont devenus une des forces intégrantes. Il on fut de même dans l'antiquité : il suffit, pour qu'on s'en rende compte, de rappeler que ceux qui correspondent aux Albanais assimilés d'aujourd'hui sont les Doriens. Dans le reste de la Grèce, en effet, cette nouvelle invasion n'a pas entraîné, comme sur la côte de l'Adriatique, la ruine de l'hellénisme; l'invasion dorienne a marqué à peine im léger recul, suivi d'un nouvel essor. Les conquérants, divisés en petites bandes, n'ont pas tardé à être d'abord canalisés, puis assimilés. Ce n'est plus le torrent dévastateur qui arrache l'humus jusqu'au roc; ce sont autant de ruisselels aux eaux vives qui fécondent les terres où ils se sont épandus \

Nous pouvons maintenant résumer les trois phases sous lesquelles se présente successivement cette histoire des débuts de l'hellénisme en Orient :

1. Au temps de la civilisation minoenne,on a vu la mer Egée devenue le creuset, avec la Crète pour foyer, d'une culture qui a rayonné delà Gappadoce à l'Ibérie et de la Scythie à la Haute-Egypte, ouvrant les voies que le commerce, l'industrie et l'art de la Grèce reprendront tant de fois.

2. Avec la migration thraco-phrygienne, des populations étroitement apparentées ont occupé tout le pourtour de la

1. On trouvera plus loin les renseignements indispensables sur l'invasion dorienne. Il suffît de signaler ici qu'un des résultais les plus importants des recherches récentes est d'avoir montré l'étroite parenté que présentent les Albanais d'une part, et. de l'autre, les Tsakoniens ou Maïnotes dr Laconie, et les Sphakiotes de la Crète occidentale : ce sont tous de grands brachycépbales blonds. Gomme il est certain que Sphakiotes et Tsakoniens descendent des Doriens, cette similitude ne s'explique que si l'on admet que les Albanais sont les représentants des Ulyriens, le peuple dont les Doriens né seraient qu'une branche : conclusion que confirment de nombreux indices onomasiiques et linguistiques. Voir d'une part les l'echerchcs sur les Albanais de E. Fischer. Zeilschrifl fui' Ethnologie, l'JH et 1913 (f. Nopsca, ^n^/iro/jos, l'J13), d'autre part, sur les Sphakiotes et Tsakoniens, celles de F. von Luschan, ibid., 1912, et de Ch. H. Hawes. Annual of Ihe hrilinh School.XW, p. 258 ; pour les Macédoniens et les EpirotQS. G. Kazarow, Heotœ des éludes grecques. 1910, p. 253.

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