Curlius, Histoire r/recque, I, p. oll
72 l'hELLÉNISATION DU MONDE ANTigUE
maintenant, de toutes les côtes où leurs colonies deviennent le siège d'un nouvel essor, l'hellénisation se répand chez les barbares du continent.
Sur les bords du Pont, s'ils ont rencontré une résistance acharnée chez quelques peuplades, Bébryces de Bithynie, Colques du Caucase, Taures de Crimée, — peuplades à qui leurs écrivains ont fait, en représailles, une réputation de barbares sanguinaires, — dans la masse de la population, scythique ou gétique, leur culture se répandit sans peine. Nulle hostilité ethnique ne s'y opposait ; aucune peuplade ni slavonienne ni mongoloïde n'était sans doute descendue encore jusqu'à la mer : les Scythes, Scolotes ou Saces paraissent avoir été apparentés aux Iraniens ; les Gètes, Sarmates et Daces aux Thraces. Leurs coutumes et leurs croyances étaient celles mêmes que les ancêtres des Hellènes avaient sans doute connues quand ils erraient dans les Balkans. Leurs langues n'étaient pas sans analogie avec celle des Grecs ; leur existence agricole encore à demi nomade, loin de les mettre en concurrence avec les villes grecques, les plaçait sous leur dépendance économique : contre les produits manufacturés de toute espèce des fabriques ioniennes, ils échangeaient les produits bruts do leurs pâturages et de leurs emblavures ; jouant le rôle de l'alcool dans la colonisation moderne, le vin grec, une fois que les indigènes y eurent goûté, les asservit à ceux qui leur fournissaient ses déhces : la Russie du sud est restée le grand marché des vins capiteux de l'Archipel.
Si l'on veut saisir toute la différence entre les deux méthodes des Phéniciens et des Grecs — et entre leurs résultats inévitables — qu'on regarde les colonies d'exploitation des Portugais et des Espagnols aux xv*^ et xvi^ siècles, destinées à disparaître pour n'avoir ni su, ni voulu instruire les indigènes, et qu'on les compare avec les colonies des Anglais ou des Français, colonies dont l'intérêt commercial est sans doute, la base, mais qu'ennoblit un désir sincère de « civihser « les indigènes.
Pour que la comparaison soit plus exacte, il faudrait se