MILHT ET LA COLONISATION IONIENNE
Mais revenons au vii^ siècle, au temps des grandes courses maritimes, pour parcourir rapidement l'empire colonial que cette seule colonie ionienne par ses propres forces venait de fonder. Le long des môles où se pressait le peuple des marins, où la foule des oisifs se promenait, comme à Colophon, chargée de parures, en longues robes lydiennes, on trouvait des vaisseaux en partance pour le Pont-Euxin ou les bouches du Nil. Deux grandes lignes de navigation avaient là leur tête, l'une desservant les comptoirs du nord, l'autre la Méditerranée orientale. Au nord, sur l'Hellespont, on rencontrait d'abord, peuplées maintenant de Milésiens, les anciennes stations phéniciennes, telles qu'Abydos, l'escale forcée de tous les bâtiments voguant vers le Pont. Sur la Propontide, dans une situation admirable, les marins de Milet avaient fondé Cyzique qui elle-même essaima autour d'elle, établit des comptoirs à Cardia et à Parion. De bonne heure on avait pénétré jusqu'au Bosphore, mais l'aspect sombre de la mer Noire, ses fréquentes tempêtes, inspiraient quelque effroi aux marins de la Méditerranée. On s'enhardit à pousser au delà du détroit pour poursuivre les bancs du thons qui parfois s'engageaient jusque dans les eaux du Bosphore, mais plus souvent restaient au large, ou longeaient les côtes de l'est et du sud. La pêche quasi miraculeuse du thon fut longtemps pour les Milésiens la principale raison de ces voyages vers le nord '. Plusieurs colonies de cette région, comme Cyzique et Byzance, prirent le thon pour emblème de leurs monnaies. Mais on soupçonna vite d'autres richesses. Sur le rivage, pendant les escales des flottilles, les indigènes apportaient aux pêcheurs des cuirs, de la poix, du blé, enfin des bijoux d'or. Après les voyages d'exploration commença In colo-
I . Voie Bi'Sniei', Salsamenlinn dans le Uid.. de.-; Ait/i(/iii/e.'i.
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nisation véritable. Elle eut pour centre sur le Pont-Euxin, Sinope, tête de route des caravanes venant de la Mésopotamie. Vite enrichie par la traite des esclaves et le commerce des métaux, Sinope, comme Milet, comme Cyzique, à son tour essaima. Dès le milieu du vin*^ siècle, elle avait une brillante rivale dans sa propre colonie Trapézonte. A l'ouest du Pont, la côte de Thrace et de Scythie fournissait surtout des blés aux armateurs milésiens. Ils établirent pour les charger les comptoirs d'Istros, d'Odessos, d'Olbia. Un peu plus tard, au vi^ siècle, deux villes neuves se fondaient en Crimée, Théodosie et Panticapée, clefs du Bosphore cimmérien. Les sauvages incursions des cavaliers scythes, ancêtres des cosaques du Don, empêchèrent longtemps la fondation de postes permanents sur la mer d'Azof, mais la pêche attirait cependant les plus hardis des marins grecs au fond des lagunes brumeuses. Sur les côtes orientales du Pont, on embarquait à Dioscurias les chargements apportés par les caravanes du fond de l'Arménie. En général et horsmis quelques épisodes tragiques qui ne décourageaiejit point leurs efforts, les Hellènes savaient se faire accepter pacifiquement et se rendre utiles aux indigènes. Les Scythes eux-mêmes, les plus farouches de peuples qu'ils rencontraient sur les rivages du Pont-Euxin, se civilisèrent rapidement au contact des colons. C'est ce qu'atteste la tradition vraie ou fausse suivant laquelle un prince scythe, Anacharsis, aurait été l'ami et le disciple de Solon. On fit même quelquefois à ce barbare hellénisé l'honneur de le compter au nombre des Sept sages.
La fondation de comptoirs nouveaux et toujours plus lointains était pour les colonies plus anciennes une cause de richesse, car c'est par elles que parvenaient aux colons éloignés les produits du midi nécessaires à la vie des Hellènes, comme l'huile et le vin.
Sinope surtout s'enrichit de la sorte, comme centre d'approvisionnement des autres cités du Pont. Elle paya sa fortune d'une catastrophe totale, quand s'abattirent sur elle les hordes des Cimmériens (v. 700), mais elle fut